©Sammana Belmond

Saint-Martin se sent stigmatisée

Les Saint-Martinois doivent désormais montrer patte blanche et test PCR pour se rendre en Guadeloupe, au contraire des voyageurs en provenance de Saint-Barth. Daniel Gibbs dénonce une stigmatisation de l’île, dont l’avenir économique est inquiétant.

 

Saint-Martin injustement stigmatisée ? C’est ce qu’affirme Daniel Gibbs, président de la Collectivité. Vendredi lors d’un conseil territorial, il a dénoncé les « postures » des représentants de l’Etat et de l’ARS. Ainsi, le préfet de Guadeloupe Alexandre Rochatte, sur demande de la directrice de l’ARS Valérie Denux, a instauré les motifs impérieux et un test à J-3 ou J-2 (s’il est antigénique) pour toute personne souhaitant se rendre de Grand-Case à Pointe-à-Pitre. « On impose désormais aux  Saint-Martinois souhaitant se déplacer en Guadeloupe, la production d’un test de moins de 48 heures (contre moins de 72 heures pour les voyageurs allant de la Métropole vers l’outre-mer).  Pas de réciprocité de traitement… Saint-Martin serait-elle donc LA terre, source de tous les dangers ? » s’interroge Daniel Gibbs. Valérie Denux a indiqué que cette mesure était due à l’ouverture de la frontière entre les parties française et hollandaise, cette dernière accueillant des Américains, qui -jusqu’au 7 novembre- n’étaient pas autorisés à venir en France. Or pour se rendre de Saint-Barth à Pointe-à-Pitre, pas besoin de motif impérieux ni de test, bien que notre île reçoivent actuellement tout autant de ressortissants américains. « Cette mesure, une fois encore, relève de la stigmatisation de Saint-Martin et des Saint-Martinois,  et les déclarations cette semaine encore de la Directrice de l’ARS, infantilisantes, stigmatisantes et infondées, m’ont profondément choqué. » Daniel Gibbs fait allusion au fait que Valérie Denux a rappelé, en conférence de presse, que l’épidémie de Covid était repartie en Guadeloupe à la suite d’un cluster né dans des établissements festifs de Sint-Maarten, où des Guadeloupéens étaient allés se divertir. Depuis mi-septembre, la circulation du virus est à peu près stable à Saint-Martin, malgré la réouverture des frontières.

L’urgence d’un accord entre les deux parties
L’île n’a pas obtenu la dérogation demandée pour pouvoir accueillir des ressortissants étatsuniens, interdits de séjour dans l’UE. Cependant, depuis le samedi 7 novembre, un décret du gouvernement (2020-1310) autorise les Américains à entrer sur le territoire français s’ils sont munis d’un test PCR à moins de 72 heures. Un peu tard ? «Les hébergeurs, tour-opérateurs, partenaires et autorités étrangères ont besoin d’une réponse claire pour faire vivre notre destination », notait Daniel Gibbs le 6 novembre.
Le problème vient de la frontière grande ouverte entre les deux parties, française et hollandaise. Car pour atterrir à Juliana depuis les Etats-Unis, il faut un test PCR négatif à J-5. Et en France, à J-3.
La préfecture l’a rappelé dans un communiqué, lundi : « La procédure d’arrivée des voyageurs via la partie hollandaise ne répond pas à la réglementation nationale dont l’objet vise à assurer une sécurisation sanitaire maximum. Le travail mené par l’Agence Régionale de Santé auprès des autorités de Sint-Maarten se poursuit pour aboutir à un protocole sanitaire commun permettant d’envisager l’accueil des voyageurs étrangers en partie française de l’île dans le respect des mesures sanitaires. »
 
Daniel Gibbs dénonce « une situation des plus ubuesques : les touristes américains débarquant à Juliana peuvent entrer sur notre territoire, déjeuner dans nos restaurants, fréquenter nos rues et nos plages, en l’absence de contrôle… Mais l’Etat refuserait donc aux seuls hébergeurs de Saint-Martin de les accueillir ! »

Chômage record
à Saint-Martin

La situation économique à Saint-Martin est inquiétante. Le chômage a atteint un record au troisième trimestre (5.390 demandeurs d’emploi au 30 septembre, pour 35.000 habitants). Et les perspectives sont bouchées. « L’espoir d’une reprise touristique est reporté à fin 2021 », a lâché le président du Club du Tourisme de Saint-Martin, Patrice Seguin.
Le Belmond Sammana, seul 5 étoiles de l’île, restera fermé cette saison, faute de visibilité notamment sur l’accueil des étrangers. L’hôtel Secrets à l’Anse Marcel, importante manne d’emplois locaux, fait face à d’importantes difficultés financières. L’agence immobilière Carimo, qui vendait et louait les villas haut de gamme de Saint-Martin, a mis la clé sous la porte. Patrice Seguin, tout comme Daniel Gibbs, le président du conseil territorial, regrettent l’absence d’une stratégie sanitaire et touristique commune entre les parties hollandaise et française. L’ARS travaille toujours avec Sint-Maarten pour y parvenir.
« Lamentable », a résumé le président Gibbs. Il souligne que Saint-Barth « bénéficie d’une bienveillance à laquelle Saint-Martin n’a pas droit ». Interrogée sur cette tolérance à Saint-Barthélemy (pour rappel, des Américains sont venus s’isoler sur l’île en plein confinement, des Brésiliens également au plus fort de l’épidémie dans leur pays...), la préfecture reste droite dans ses bottes. « La préfecture et la Collectivité ont préparé un plan de déconfinement adapté localement, avec l'objectif de pouvoir accueillir des touristes étrangers dès le mois de juin. Ce sont également les garanties apportées par la Collectivité qui ont été mises en avant : protocole de test, contrôles des arrivées et suivi réalisé sur place avec le soutien des socioprofessionnels. » Elle réfute toute idée de « dérogation ou de passe-droit» et renvoie au « seul baromètre,  le nombre de cas. »

Journal de Saint-Barth N°1397 du 12/11/2020

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