Les Îles du Nord réclament une préfecture de plein exercice

Quelles relations avec l’Etat dans des collectivités éloignées du pouvoir central et dotées d’un certain nombre de compétences ? Dans le rapport publié par le sénateur Michel Magras, les élus des Îles du Nord pointent les difficultés, et Daniel Gibbs étrille au passage l’actuelle préfète de Saint-Martin et Saint-Barthélemy, Sylvie Feucher.

Aujourd’hui, si un préfet est nommé spécifiquement pour représenter l’Etat dans les Îles du Nord (avec un représentant à Saint-Barth), nos territoires sont administrés par une préfecture déléguée, qui dépend de la préfecture de Guadeloupe. Saint-Barthélemy comme Saint-Martin, par les voix des présidents Magras et Gibbs, demandent une préfecture pleine et entière. « Le statut institutionnel des deux îles mérite la création d’un poste de préfet de plein exercice », écrit Bruno Magras. « Les liens avec la Guadeloupe ne sont pas suffisamment marqués pour justifier un rattachement des Iles du Nord au préfet de la Guadeloupe. » Daniel Gibbs s’étend sur le sujet : « L’État a maintenu pour l’essentiel le déploiement de ses services à partir de la Guadeloupe. Ce déploiement est parfois un problème au quotidien », explique-t-il. « Compte tenu de ce que sont les moeurs administratives, dans les faits, c’est presque toujours le préfet de Guadeloupe qui décide. Or, on fait la politique de sa géographie, et Saint-Martin est à 260 kilomètres et 50 minutes de vol de la Guadeloupe. On fait aussi la politique de sa démographie et notre population représente 8,4 % de celle de l’ensemble administré de la préfecture de Basse-Terre. En d’autres termes, Saint-Martin constitue, hélas, trop souvent une variable d’ajustement. (…) Dans le contexte actuel, la préfecture de Saint-Martin doit cesser d’être perçue comme une préfecture déléguée, avec les missions, les moyens, fonctionnalités, voire la “mentalité”, d’une sous-préfecture. Saint-Martin doit disposer d’un préfet de plein exercice, à l’horizon 2021. C’est une demande récurrente de la Com. Il existe une discordance entre la loi organique qui nous accorde un préfet de plein exercice et le fait que le préfet de Saint-Martin soit un préfet délégué. Nous souhaitons que soit nommée une administration complète dévouée à Saint-Martin. Ce devrait également être le cas à Saint-Barthélemy et Saint-Pierre-et-Miquelon. »

« La personnalité
du préfet… »

Les élus ne se gênent pas pour étriller la gestion de l’Etat dans les territoires, et sans la nommer, particulièrement la préfète Sylvie Feucher, en place depuis juin 2018. Les dissensions entre cette dernière et Daniel Gibbs sont connues. Le président Saint-Martinois évoque la crise du PPRN, notamment. « La personnalité du préfet semble faire la différence dans ce genre de situation. La préfecture doit faire preuve de pédagogie, être un ajusteur et un facilitateur. Elle ne doit pas être, seulement, un censeur. » Et même le sénateur Michel Magras y va de sa pique, au sujet de la gestion de la crise sanitaire par l’Etat sur nos territoires : « A Saint-Barthélemy nous avons le sentiment que la crise sanitaire a exacerbé une certaine conception du rôle du préfet par rapport aux élus. Il s’agit d’une vraie question de choix politique national, sur laquelle chacun aura à se pencher. Je ne cache pas, qu’à titre personnel, elle m’inquiète, car je ne conçois pas ainsi le rôle des préfets. »
Daniel Gibbs : « La préfète Anne Laubies (en poste avant Sylvie Feucher, ndlr) avait une parfaite connaissance des problématiques de la collectivité et a, pour autant, adopté une approche orientée vers l’accompagnement et la prévention des problématiques. Elle n’a pas fait preuve d’un harcèlement constant. On ressent cette reprise du pouvoir de l’État. Plutôt qu’une volonté de travailler ensemble, il existe une volonté de reprendre l’outil et de le faire fonctionner lui-même, faisant des élus des instruments de validation plutôt que des institutions ayant la possibilité de gérer. » « Nous sommes d’accord », abonde Michel Magras. Conclusion pleine de sous-entendus de Daniel Gibbs : « Mes propos ne sont pas d’ordre personnel même si j’ai beaucoup de choses sur le cœur. » Décidément, le torchon brûle...

Journal de Saint-Barth N°1391 du 30/09/2020

Micheline Jacques sénatrice
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