Les élus demandent l’ouverture totale et immédiate de l’île

Sur une proposition de Maxime Desouches, le conseil territorial s’est réuni vendredi 29 mai pour formuler une demande officielle à l’Etat : il demande la réouverture des frontières de Saint-Barth, sans délai, aux Français comme aux étrangers.

Réuni en urgence, le conseil territorial de vendredi soir a acté le vœu de rouvrir les frontières de l’île sans délai, aux Français comme aux étrangers, au terme de deux heures de débat. Les élus veulent pouvoir accueillir de nouveau des touristes, au plus vite, pour relancer l’économie. Au départ, le conseil territorial avait avancé la date du 15 juin ; mais c’était contraire au caractère d’urgence qui a réuni l’assemblée, a souligné Maxime Desouches. C’est donc une réouverture de l’île immédiate et sans restriction de nationalité qui est demandée. « Si le gouvernement accepte, c’est lui qui fixera les conditions de réouverture, ce n’est pas nous qui allons dicter le protocole », prévient Bruno Magras. «Nous sommes en mesure d’effectuer des tests de dépistage, et de confiner si un test se révélait positif. » En effet, depuis quelques semaines, le drive de dépistage construit par la Collectivité au pied du laboratoire fait le plein. Près de 220 tests PCR ont été réalisés depuis le 20 avril –tous négatifs-, et plus de 120 tests sérologiques également. «Aujourd’hui aucun territoire français n’est plus fiable que le nôtre, avec soixante jours sans nouveau cas positif », poursuit le Président de la Collectivité. Il insiste sur le fait que même si le gouvernement accédait à la demande du conseil territorial, Saint-Barth est dépendante des aéroports alentours pour la reprise de l’activité. Le protocole sanitaire à l’entrée, défini par le gouvernement, sera lui aussi décisif, et notamment la fameuse quatorzaine, qu’elle soit de cinq ou de sept jours. «Aucun touriste ne viendra à Saint-Barth pour se confiner sept jours dans un hôtel ou une villa. »


Maxime Desouches, élu d’opposition à l’origine de ce projet de vœu, profite de la réunion pour condamner vertement la gestion de la crise par le gouvernement. « Nous avons affaire à une administration qui ne bouge pas. L’Etat n’a rien fait », explique-t-il, soulignant que ce n’était pas à la Collectivité d’investir dans des machines de tests, puisqu’elle n’est pas compétente dans le domaine de la santé. « La démarche de ce vœu consiste à dire : maintenant, nous voulons des réponses, et nous voulons avancer, le plus rapidement possible. » Bruno Magras est sur la même longueur d’ondes que le conseiller territorial Saint-Barth Autrement, même s’il reste sceptique quand à l’efficacité de ce vœu : « Ma position, vous la connaissez : je suis pour une ouverture totale de l’île. Ce que nous proposons aujourd’hui, nous l’avons déjà proposé par écrit, et oralement directement au Président de la République », rappelle-t-il. « Ça fait soixante jours que les choses se passent bien ; les restaurants ont rouvert, ça se passe bien sauf qu’ils font pas beaucoup de chiffre d’affaires ; le gouvernement vient de décider d’ouvrir à l’Europe. Je ne vois pas pourquoi un Hollandais ou un Grec pourrait venir à Paris, et un Américain ne pourrait pas venir à Saint-Barthélemy. Il faut que le gouvernement comprenne qu’il y a une situation qui est au-delà de la fièvre et du nez qui coule, qui est la situation économique du pays ! »


Pour Bettina Cointre (Tous pour Saint-Barth), afin d’étayer la demande formulée à l’Etat, il faut donner des gages à ce dernier : « Montrer qu’on fait des tests à l’arrivée, mais aussi que le port du masque est respecté dans les magasins et les lieux clos. » «Le protocole nous sera imposé, de toutes façons », note Bruno Magras. Maxime Desouches : « Au bout d’un certain temps le gouvernement devrait faire attention, parce qu’à force de ne rien faire et que chacun se renvoie la balle, les gens vont finir par prendre les choses directement en main. L’économie est trop importante pour être confiée aux fonctionnaires. La population qui travaille ne peut pas comprendre qu’elle n’a pas de réponses ! » Il a décidément une dent contre l’exécutif national, en atteste l’un des amendements à la délibération qu’il a rédigés. Il propose au conseil territorial de demander au gouvernement une évaluation de sa propre action, de ses conséquences et de son efficacité, «afin d’éviter que les dysfonctionnements et incohérences ne se reproduisent à l’avenir.» « Personnellement je ne vois pas l’intérêt », balaie le Président. « Si on veut que notre vœu ait une chance d’être analysé, c’est pas le moment d’emmerder l’Etat ; ils ont d’autres chats à fouetter. Ce n’est pas la Collectivité qui contrôle le travail de l’Etat, c’est le Parlement. » Micheline Jacques, vice-présidente : « Déjà, on parle d’incompétence… Il y a des termes qui m’ont choquée au cours de cette discussion. On ne peut pas d’un côté demander à l’Etat de nous autoriser à ouvrir, et parallèlement lui dire qu’il est incompétent. » L’amendement est rejeté, Maxime Desouches devait s’y attendre, il ne dit rien. Le vœu est adopté.


Maintenant, reste à savoir s’il sera pris en compte par l’Etat, et surtout dans quels délais.

 

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Francius Matignon attaque Hélène Bernier

Elu de la majorité, Francius Matignon a souhaité revenir publiquement sur le conseil territorial de la semaine précédente, qui s’était conclu par un lavage de linge sale en public (JSB 1377). Il s’en prend à Hélène Bernier (Saint-Barth Autrement), dont le travail consiste selon lui « uniquement à maintenir un climat conflictuel » au sein des élus. Il fustige le fait qu’elle ait organisé une manifestation à Grand Fond en pleine situation de pandémie, et alors qu’une commission générale des élus était prévue le même jour au sujet du Covid-19. « Madame Bernier passe son temps à nous envoyer des e-mails, mais nous n’avions reçu aucune information sur cette manifestation, les habitants de l’île ont été eux-mêmes très surpris de cette démarche », poursuit Francius Matignon, en l’absence de l’intéressée qui est sortie de la salle avant sa prise de parole. Il raconte ensuite une anecdote qu’il veut révélatrice : « J’ai été livré du matériel dans le cadre de mon travail chez une personne qui possède de nombreux biens sur l’île. Cette personne m’explique qu’elle attend une réponse pour un permis de construire. Ensuite il me dit “il va falloir que le Président Bruno Magras arrête cette politique de construction, car nous sommes allés trop loin”. Je lui réponds : “Donc, après l’acceptation de votre permis ?” Un blanc. « Je vous remercie », conclut-il en se levant. Revenue en cours de route dans la salle, Hélène Bernier, surprise d’entendre que l’on parlait d’elle, n’a pas répondu. Mais elle s’est immédiatement fendue d’un e-mail conclut d’un ironique “Bisous”...

 

JSB 1378

Journal de Saint-Barth N°1378 du 03/06/2020

Energy Observer
Murets de Grand Fond
Tests, quatorzaine, ouverture de l'île