Cette peinture à l’huile représentant Gustavia au début du XIXe siècle est visible au Sjöhistoriska Museet de Stockholm.

La Suède sommée de s’excuser pour son passé esclavagiste à Saint-Barthélemy

Saint-Barthélemy était la seule colonie suédoise, de 1784 à 1878, et cette possession a permis à la Suède de prendre part au commerce d’esclaves. Aujourd’hui Verene Shepherd, universitaire jamaïcaine et partisane des réparations pour l’esclavage, demande à l’occasion d’un long article publié dans L’Expressen des excuses officielles de la part de la famille royale.

 

Saint-Barthélemy est une curiosité en Suède, qui n’a pas le passé colonialiste de nations comme la France ou le Royaume-Uni. La petite île de 21 km2 fut la seule possession suédoise, entre 1784 et 1878. A la fin du XVIIIe siècle Gustavia et ses 6.000 habitants était la cinquième ville de Suède. Le port franc lui a été fort utile, idéalement situé en Caraïbe pour le florissant commerce d’esclaves qui avait cours au XIXe siècle.
L’esclavage a été aboli par la Suède le 9 octobre 1847. Chaque année Saint-Barthélemy commémore cette date.

Alors que le racisme, avec les événements aux Etats-Unis, et la question de la mémoire de l’esclavage font l’actualité depuis des mois, le quotidien suédois L’Expressen a consacré le 15 août un long article au passé esclavagiste de la Suède. Et particulièrement à l’éventualité pour la famille royale de présenter des excuses officielles pour sa participation à la traite négrière, si limitée soit-elle en comparaison avec d’autres nations.

« La Suède et la famille royale suédoise ont profité de l’esclavage »
Universitaire jamaïcaine, membre du Comité des Nations Unies pour l’élimination de la discrimination raciale, Verene Shepherd est une farouche militante de l’indemnisation des Etats de la Caraïbes par les anciens pays colonisateurs. « La Suède et la famille royale suédoise ont profité de l’esclavage. Nous exigeons des excuses du gouvernement suédois et de la famille royale auprès du peuple des Caraïbes », dit-elle à L’Expressen. « En tant que nation fière de ses efforts en faveur des droits de l’homme et de l’égalité, la Suède ne peut pas se sentir à l’aise avec cette histoire. Elle devrait faire ce qu’il faut et présenter des excuses, même si elle n’y est pas formellement obligée. » Le quotidien souligne qu’en dehors de sa participation active, bien que minime, à la traite négrière, la Suède a joui de l’esclavage en produisant et vendant des quantités astronomiques de fer, servant pour la fabrication de chaînes et d’armes. Le Caricom (Communauté Caribéenne, organisation qui regroupe une quinzaine d’Etats de la Caraïbe, dont Saint-Barth ne fait pas partie) a créé il y a quelques années, sous l’impulsion de Verene Shepherd entre autres, une commission d’indemnisation pour les atrocités commises durant l’esclavage. Cette commission compte bien s’inscrire dans l’actualité pour obtenir gain de cause, y compris auprès de la Suède.

Le gouvernement suédois a pris acte mais n’a pas répondu à la sollicitation, selon L’Expressen. L’éventualité d’excuses officielles, et l’instauration d’une journée de commémoration le 9 octobre, a plusieurs fois fait l’objet de débats politiques au cours des dernières années en Suède. En 2019 paraissait le roman “1794”, signé par Niklas Natt Och Dag, écrivain suédois. Un événement puisqu’il avait écoulé 200.000 exemplaires du premier tome “1793”, dans un pays qui compte 10,2 millions d’habitants. Dans la suite de ce “thriller historique” il décrit d’atroces scènes dans le port de Gustavia ; un nouveau pavé dans la mare au royaume scandinave, où beaucoup demandent qu’au moins de véritables recherches sur ce passé trouble soient entreprises.

Si la question peut mettre mal à l’aise en Suède, ce sera probablement le cas également à Saint-Barthélemy. La période esclavagiste y est mal connue, et les habitants ne revendiquent pas cet héritage au même titre que leurs voisins antillais, n’étant pas pour la plupart les descendants directs des victimes de la traite négrière. D’ailleurs dans la plupart des documents de présentation de l’île, aujourd’hui encore il est tout simplement stipulé qu’elle n’a jamais connu l’esclavage. Interrogé lui aussi par L’Expressen, Nils Dufau, président de l’ASBAS*, arrondit les angles : « L’esclavage fait partie de notre histoire. Il y a eu des troubles et des manifestations dans d’autres grandes îles françaises, mais pas chez nous. Ici, nous vivons sur la même longueur d’onde quelle que soit la race, la nationalité, la religion ou la culture dont nous sommes issus. »

* Association Saint-Barth des Amis de la Suède

Journal de Saint-Barth N°1387 du 02/09/2020

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