Saint-Barth -

[Européennes ] L’Europe influe jusqu’à Saint-Barth

> “Arrêtez le massacre de Saint-Barthélemy”, une inscription découverte dimanche matin sur les panneaux devant accueillir les affiches électorales. L’auteur a signé sur ceux qui bordent l’aéroport : “L’Amiral du C.l.a.s.h”, autrement dit Richard Lédée, ex-candidat aux élections législatives en 17


Abstention à prévoir pour cette élection européenne, le week-end du 25 et 26 mai. Un désintérêt des citoyens qui s’explique par un rejet de la politique en général, mais aussi par une méconnaissance de l’institution et ses prérogatives. Qui plus est dans un PTOM comme Saint-Barthélemy.

 

Urbanisme, cabris, tourisme, déchets : les débats qui agitent Saint-Barthélemy sont loin des préoccupations de Bruxelles. Pourtant, même PTOM depuis 2012, les décisions européennes peuvent influer jusqu’à notre île sur des sujets tout à fait sérieux. Et Saint-Barth bénéficie de soutiens concrets de l’UE. 

 

Nos iguanes et requins étudiés grâce à l’UE

En tant que Pays et Territoire d’Outre-mer, notre île est un territoire associé à l’Union européenne. Elle n’en est pas complètement exclue. D’ailleurs, Saint-Barth dispose à ce titre d’un droit à des aides financières non négligeables, via le Fed (Fonds européen de développement). Le président Bruno Magras en a justement fait la demande cette année, pour soutenir les investissements de la Collectivité dans le numérique et l’environnement. Ainsi, entre 2014 et 2020, près de 230 millions d’euros ont été (sont) dispatchés dans les vingt-six PTOM que compte l’UE.

Le Fed n’est pas la seule enveloppe dont peut bénéficier Saint-Barth. Elle a déjà obtenu plusieurs financements Best (Biodiversité et Services écosystémiques dans les Territoires d’Outre-mer), via l’Agence territoriale de l’environnement. L’un d’eux servait à financer une vaste analyse sur le poisson lion, pour déterminer si l’espèce était comestible ; mais Irma a détruit tous les échantillons prélevés et mis fin au projet. L’étude sur les requins et raies de Saint-Barthélemy a été financée par un projet Best, tout comme le projet de préservation de l’iguane local. D’autres enveloppes thématiques peuvent être utilisées par Saint-Barthélemy, comme le voyage jeunesse avec Erasmus, ou encore Europe Creative pour la culture et l’audiovisuel.

L’Europe finance des projets de coopération régionale, comme l’alliance Caribsky qui doit bientôt faciliter les voyages en avion entre les îles caribéennes. Une aide d’urgence existe également, bien utile sous nos latitudes cycloniques et sismiques.


Le Parlement européen prend des décisions qui ensuite sont inscrites dans les lois de chaque pays. Donc de la France, et potentiellement de Saint-Barthélemy. Des règlementations importantes et dont l’impact sur notre île est direct, notamment en matière de santé, d’environnement et de sécurité.

 

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Brexit, des gagnants et des perdants

L’Europe a accordé un nouveau délai au Royaume Uni pour sa sortie de l’Union, qui sera effective en octobre. Les Britanniques éliront donc des eurodéputés pour cette période. L’incertitude plane toujours sur la procédure et ses conséquences.
En tout cas, le Brexit est considéré comme une aubaine pour les outre-mer français, et notamment les PTOM. Une fois que les douze outre-mer britanniques, dont Anguille, auront quitté l’UE, la France sera la voix majoritaire de l’outre-mer européen. « Une opportunité », selon la ministre des Outre-Mer Annick Girardin. En effet, l’espace maritime couvert par l’UE sera français pour plus des deux tiers. De quoi peser dans les décisions de Bruxelles. « Mais il y aura sûrement des accords à la marge car ces territoires sont importants pour l'Union Européenne. Prenons l'exemple des Îles Féroé qui ont refusé d'entrer dans l'UE avec le Danemark en 1973. L'Union Européenne avait négocié des accords directs. Pourquoi l'Europe ne développerait-elle pas ce genre d'accords avec les Îles Malouines, par exemple ? » s’interroge Mikaa Mered, professeur de géopolitique des Pôles et des Outre-mer à l'Ileri, interviewé par La 1re. « Il y aura des gagnants et des perdants ! Est-ce que l'UE voudrait négocier avec les Îles Vierges britanniques ou les Îles Caïman qui sont des paradis fiscaux, alors qu'elle doit lutter contre la corruption et la fraude fiscale ? »

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Les ultramarins peu représentés

Nouveauté pour cette élection : terminé les circonscriptions, les listes sont les mêmes pour tous les Français. La question de la représentativité des outre-mer se pose.
Aucun ultramarin sur la liste de Glucksmann (PS-Place publique), un seul chez Dupont-Aignan (DLF) et Philippot (LP), à la 55e place. Du côté des Républicains, le premier ultramarin est en 20e position, donc avec quasiment aucune chance d’être élu. Même chose chez Jadot pour EELV et Hamon pour Génération.s. Finalement, les partis qui ont les meilleurs sondages sont ceux qui ont le plus de chances d’envoyer un ultramarin à Bruxelles. Le Réunionnais Stéphane Bijoux est 10e sur la liste LREM de Nathalie Loiseau, qui compte quatre ultramarins. La Guadeloupéenne Maxette Pirbakas est 12e sur la liste du Rassemblement national de Bardella, là aussi parmi quatre autres noms d’outre-mer. Enfin, la France Insoumise a placé en quatrième position un eurodéputé sortant, le réunionnais Younous Omarjee.

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Mode d’emploi

A Saint-Barthélemy, les habitants sont appelés à voter samedi 25 mai, les bureaux de vote seront ouverts de 8 heures à 18 heures. Les cartes d’électeurs ont dû être envoyées en début de semaine pour ceux qui en ont fait la demande récemment.
Fini les circonscriptions : les Français ont le choix entre des listes présentées au niveau national. Chacune comporte 79 candidats, la parité hommes femmes est obligatoire.
Les listes qui obtiendront moins de 5% n’obtiendront aucun siège. Les autres seront représentées selon la proportion des suffrages obtenus. Elles doivent obtenir au moins 3% des suffrages pour que leurs frais de campagne soient remboursés.
Au Parlement européen, le nombre de sièges occupés par chaque pays est proportionnel au nombre d’habitants. C’est donc l’Allemagne qui en détient le plus, et la France est deuxième avec 79 eurodéputés. Au total, ils seront 751 à siéger jusqu’en 2024. Exception faite des Britanniques qui participent à l’élection, mais doivent quitter l’UE en octobre prochain.

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L’abstention redoutée
Les élections européennes sont celles qui détiennent les plus forts taux d’abstention. L’échéance de 2019 ne devrait pas échapper à cette tendance, qui profite en général au Rassemblement national dont les électeurs sont fidèles aux isoloirs.
En 2014 à Saint-Barth, 727 personnes avaient voté sur 4.874 habitants inscrits sur les listes électorales. Soit une participation de moins de 15%.


JSB 1328











Journal de Saint-Barth N°1328 du 16/05/2019

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