Saint-Barth -

Bruno Magras : vrai ou faux départ ?

L’annonce est on ne peut plus officielle. Dans une courte tribune (lire ci-dessous), Bruno Magras s’adresse aux habitants de Saint-Barthélemy et déclare son intention de mettre un point final à son « parcours politique ». Après quarante années dédiées à la vie publique, dont vingt-sept en qualité de maire puis de président, l’éternelle figure de proue de Saint-Barth tire sa révérence. Une décision qui intervient, à n’en pas douter, après une longue réflexion. Car, même si Bruno Magras n’a eu de cesse de répéter à qui voulait l’entendre depuis des semaines, voire des mois, qu’il n’entendait pas briguer un nouveau mandat de président, peu nombreux étaient ceux qui imaginaient qu’il passerait à l’acte. C’est chose faite. A moins qu’il ne s’agisse d’une énième ruse de campagne de la part d’un habitué des « coups » de dernière minute. Comme il y a dix ans.

En 2012, le manège et la confusion
Le 11 janvier 2012, Bruno Magras annonce publiquement qu’il n’a pas l’intention de postuler à sa propre succession. Une déclaration qui sème une pagaille invraisemblable dans le petit monde politique de Saint-Barth. En effet, au moment de l’annonce du président sortant, pas moins de trois prétendants sont déjà officiellement candidats. Dans le groupe majoritaire « Saint-Barth d’abord », c’est la confusion. Premier vice-président de la Collectivité, Yves Gréaux affiche ses intentions de prendre la succession de Bruno Magras mais c’est Michel Magras qui semble remporter l’adhésion des autres membres de la formation politique. Un vrai foutoir.
Dans le même temps, une pétition circule sur l’île afin de réclamer le retour de Bruno Magras aux affaires. Comme s’il s’était déjà envolé. Un « appel solennel de la population de Saint-Barthélemy » qui ajoute encore à la confusion générale. Si cela s’avère possible. Michel Magras finit par décliner les sollicitations de ceux qui aimeraient le voir prendre les rênes de la campagne. Conséquence : à « Saint-Barth d’abord », on ne sait plus vers qui se tourner. Quant aux candidats déjà déclarés qui entendent mener campagne avec des listes opposantes, ils se font des plus discrets (JSB 960).
En réalité, seul Benoît Chauvin (« Tous pour Saint-Barth », MoDem) et Maxime Desouches (« Saint-Barth en mouvement », divers droite) parviennent à se maintenir à flot et tiennent la distance. Parallèlement, Bruno Magras boit du petit lait. Enfin, il savoure un bon cigare en observant « sa » majorité se perdre en d’innombrables atermoiements. Toutefois, il insiste pour que son frère Michel s’engage dans la campagne. « Bruno Magras fait une nouvelle fois pression sur Michel pour qu’il se présente », écrit même le Journal de Saint-Barth dans son numéro 961. Rien n’y fera.
De guerre lasse, faute de se trouver un digne successeur, Bruno Magras se fend d’une nouvelle tribune dans le JSB du 23 février (numéro 963) pour annoncer aux citoyens de Saint-Barth qu’il a changé d’avis. « Je n’imaginais pas l’impact que ma décision aurait au sein de la population ni l’inquiétude qu’elle aurait suscitée et les conséquences qu’elle aurait générée au sein de notre groupe », écrit-il alors avant de poursuivre : « J’ai donc décidé de revenir sur ma décision et de conduire la liste Saint-Barth d’abord aux élections territoriales (...) Je compte sur votre lucidité et votre soutien. » Difficile de croire, quelques années plus tard, que le président sortant n’avait pas finement élaboré ce faux départ. Quoi qu’il en soit, sans surprise, il va être réélu au premier tour en recueillant 73,78% des voix.

Un successeur adoubé
La configuration semble toutefois différente en cette année électorale 2022. D’abord, même s’il a fait le choix d’attendre la déclaration de candidature de Romaric Magras pour lui manifester publiquement son soutien, il a cette fois pris la décision d’adouber un successeur. Revenir sur cette transmission de témoin contribuerait à décrédibiliser définitivement le « bientôt candidat déclaré » Romaric Magras sur la scène politique locale. De plus, rien n’indique qu’un tel revirement serait accueilli avec le même enthousiasme qu’en 2012. D’autant plus que la manœuvre se ferait aux dépends d’un homme et d’un élu apprécié et dont l’annonce de la candidature ne devrait pas - a priori - surprendre la population. Elle pourrait même s’avérer rassurante pour de nombreux fidèles de Bruno Magras qui, à n’en pas douter, vont y voir la continuité d’une implication dans les affaires de la Collectivité du président sortant. En qualité de conseiller privilégié, par exemple.
Quoi qu’il en soit, c’est avec son autorité habituelle que Bruno Magras met un terme à son parcours politique. Reste désormais à savoir s’il ne fera pas preuve de la même autorité pour revenir dans la course avant la fin du mois de février, lorsque la date du dépôt des listes sera arrivée. Affaire à suivre.
 

Tribune de Bruno Magras

« Habitants de Saint-Barthélemy,
Mes Chers concitoyens,
Le 20 mars prochain, vous aurez à choisir celles et ceux à qui vous confierez pendant cinq ans, le destin de notre île.
Apres quarante années de vie d’élu dont vingt-sept ans à la direction des affaires, j’ai décidé quant à moi, de mettre un terme à mon parcours politique.
Elu maire le 18 juin 1995, j’ai trouvé une commune du département de la Guadeloupe avec une dette de 17 millions de francs (environ 2.600.000 euros) et un patrimoine d’environ 35 millions d’euros. Une commune qui n’avait ni réserve foncière, ni trésorerie et qui était en passe de voir appliquer sur son territoire toutes les règles du droit commun.
Je quitte une collectivité d’outre-mer respectée, dotée d’une large autonomie et de nombreuses compétences. Une collectivité qui n’a pas de dettes, qui possède une réserve foncière de plus de 45 hectares, un patrimoine d’environ 350 millions d’euros et une trésorerie disponible de 61 millions d’euros en fin d’exercice 2021.
De nombreux et beaux projets ont été réalisés. D’autres sont en cours de réalisation. La grande majorité des équipements publics ont été remis à niveau, mais de nombreux défis restent à relever : le vieillissement de la population, l’amélioration de l’offre de soins à laquelle nous avons légitimement droit, la protection de notre environnement, le maintien de l’équilibre économique et social qui conditionne la sécurité des personnes et des biens, l’éducation et la formation de notre jeunesse... Autant de projets passionnants pour celles et ceux qui veulent s’engager au service de leur île.
Pour ma part, j’arrive au crépuscule d’une vie bien remplie. C’est avec le sentiment du devoir accompli que je quitte la scène politique. A celles et ceux qui pendant ces longues années m’ont fait confiance, aux élus qui m’ont accompagné et soutenu, à mes proches collaborateurs et aux agents de la collectivité qui m’ont permis de réussir ce parcours, j’adresse mes plus sincères. Pour celles et ceux qui prendront la relève, je forme des vœux de courage et de réussite.
Saint-Barthélemy, le 10 février 2022 »
Bruno Magras

Journal de Saint-Barth N°1459 du 10/02/2022

Bruno Magras quitte la scène politique

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