Saint-Barth -

Découverte de la plus ancienne occupation amérindienne à Saint-Jean

Dans la salle de Capitainerie à Gustavia, une trentaine de personnes se sont rassemblées vendredi dernier pour découvrir les résultats des fouilles archéologiques préventives réalisées sur deux parcelles contiguës à Saint-Jean. Responsable du chantier, l’archéologue de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP) Nathalie Sellier-Ségard a répondu aux nombreuses questions du public, tout en dévoilant les vestiges de la plus ancienne occupation amérindienne de l’île. 

 

1 500 ans d’occupation

 

« Ils se sont installés sur la plage et ont fait un barbecue », schématise l’archéologue, qui fait sourire l’assemblée. Sur le cordon sableux situé entre la plage et l’étang de Saint-Jean, les Amérindiens venaient régulièrement profiter des ressources marines tout en étant à l’abri des houles cycloniques. « Il s’agit de fréquentations ponctuelles mais récurrentes », explique Nathalie Sellier-Ségard. L’île ne disposant pas de ressource pour une occupation pérenne. Grâce au carbone 14, les experts retracent 1 500 ans d’occupation, qui débuteraient dès le IIe millénaire avant J-C. « Ce sont les plus anciennes traces qu’on a trouvé sur Saint-Barth, appuie l’archéologue qui reste tout de même prudente. L’étude va nous permettre d’avoir des dates plus précises. »

 

3 mois de fouilles

 

En septembre dernier, une équipe de l’INRAP a investi le site du restaurant de la Guérite Plage à Saint-Jean pour établir un diagnostic. Pendant une semaine, les archéologues ont creusé des tranchées à des endroits stratégiques « pour avoir une vision globale d’où sont tous les vestiges », précise Nathalie Sellier-Ségard. Un rapport est alors envoyé à l’Etat qui décide ou non de lancer des fouilles. C’est un feu vert pour ces deux parcelles de 2 000 m². « C’était un bonheur pour nous d’intervenir sur des grandes surfaces comme celle-ci », sourit l’archéologue. Pendant ces 12 semaines de fouilles, le chantier était donc mis à l’arrêt, aux frais de l’aménageur. « Lorsqu’il s’agit de particuliers, les frais peuvent être assurés par l’État », rassure Nathalie Sellier-Ségard.

 

2,40 m de profondeur

 

À l’aide de pelleteuse, les archéologues ont creusé jusqu’à 2,40 mètres de profondeur. Un « mille-feuille » de dépôt, comme aime l’appeler l’archéologue, qui permet de déceler différentes périodes d’occupation des lieux. « Dans les premiers niveaux, on distingue une occupation coloniale, notamment avec la structure de trous de poteaux et du mobilier. » Les niveaux plus profonds laissent apparaître les vestiges des périodes plus anciennes comme le Néoindien ( 500 av J-C) et le Mésoindien (3 400 av J-C) . Un dépôt de lames de lambi a notamment attiré l’attention des experts : « Il s’agit peut-être d’un stock, ou alors de beaux objets qu’ils gardaient précieusement, mais on n’en sait pas plus. »

 

Une tonne de vestiges

 

Coquilles de lambis, de burgos, petits mammifères ou charbon de bois, c’est le trésor déniché par les archéologues sur la baie de Saint-Jean. Un trésor qui pèse plus d’une tonne. Exposés sur une table de la Capitainerie, ces vestiges d’une autre civilisation attirent les curieux à la fin de la conférence. « Le lambi va être cassé pour être consommé, mais il va aussi servir d’outil, explique Nathalie Sellier-Ségard en prenant les coquillages dans ses mains. Ils n’avaient pas d’outils donc il fallait qu’ils les créent. » Une fois brisé pour mettre en valeur son côté tranchant, le lambi devient une « herminette ». Les roches et les coraux étaient aussi exploités pour servir d’outils. Après le départ des auditeurs, Nathalie Sellier range soigneusement chaque coquillage dans des boites en plastique. Leur prochaine destination ? Saint-Martin où ils seront étudiés pour délivrer leurs derniers secrets.

 

 

Journal de Saint-Barth N°1525 du 22/06/2023

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