[Saison cyclonique] Sommes-nous au point en cas d’ouragan ?

Abris sûrs, télécommunications, électricité, alerte, carburant, eau… Revue de détail de la préparation des autorités à la nouvelle saison cyclonique, avec le directeur de cabinet du Président, Thierry Aron, et le chef de la sécurité civile Clemenceau Magras.

De nouveaux abris sûrs

« L’an dernier pour Irma, jamais on aurait imaginé ce besoin supplémentaire de lits, lorsque la préfecture a ordonné au dernier moment l’évacuation des habitations sur les rivages », se souvient Clemenceau Magras.

En 2018, les abris sûrs seront : l’école primaire de Gustavia, deux salles au rez-de-chaussée du collège, l’école de Lorient, et le local ALC à Corossol, « qui accueille peu mais permet d’éclater les sites. Les personnes grabataires seront accueillies à l’église évangélique, mais on a aussi réclamé la grande salle du presbytère. » L’an dernier, une bonne dizaine de personnes fragiles étaient à l’étroit dans l’église. « Et on avait eu de grosses difficultés pour trouver le personnel pour accompagner les personnes nécessiteuses. On fera appel aux pompiers volontaires, ou à des infirmières libérales bénévoles. »

Chaque abri est géré par un responsable désigné. Les habitants doivent les rejoindre à l’alerte orange. Les refuges seront dotés en nourriture, éclairage, radio, WC chimiques. « Mais il y a un minimum que les gens se doivent de ramener », souligne Clémenceau Magras. « On a établi une liste de produits dont ils doivent se munir, et il y a aussi des règles. Un abri ce n’est pas un endroit où l’on fume, où on fait la fête… Il faut respecter la cohabitation avec les autres.»

L’espace Météo reconduit

Le COT (centre opérationnel territorial) avait eu quelques problèmes pendant Irma. Basé dans le bâtiment de l’espace Météo, ce dernier avait subi pas mal de dommages, notamment les fenêtres qui n’avaient pas résisté. Les autorités avaient dû se rabattre à l’aéroport. Pourtant, c’est encore à l’espace Météo qu’il sera installé en cas de cyclone. « Il sera consolidé et les volets sécurisés », indique Clémenceau Magras. « Il sera mieux aménagé, avec du matériel positionné à l’avance. »

De nouveaux équipements satellites, surtout, permettront aux services de la Collectivité et aux secours (police territoriale, gendarmerie, pompiers, hôpital) de communiquer, en cas de rupture du réseau téléphonique.

« Le Président sera aussi équipé, pour éviter qu’il ne se retrouve isolé comme il l’a été après Irma, et qu’il puisse communiquer avec la préfète. » Si quelque chose se passe à l’espace Météo, un COT 2 est prévu, à la gendarmerie cette fois.

Pas de stock préventif

« Nous devons insister auprès de la population pour qu’elle se munisse de ce qu’il faut. Sans pour autant acheter tout et n’importe quoi ! » prévient le responsable de la sécurité civile. « Il faut que chacun fasse un état des lieux de ses besoins pour tenir, disons, quinze jours. Cela doit être fait à l’avance pour éviter une ruée vers l’or. » « On fournira des ordre de grandeur de l’eau et l’alimentation nécessaire par foyer », ajoute Thierry Aron. « Cela ne doit pas être fait l’avant veille, sinon les stocks ne seront jamais suffisants pour tout le monde. »

La Collectivité, elle, disposera d’un petit stock d’eau et nourriture réservé uniquement aux abris sûrs, agents, pompiers, éventuels renforts… « On ne privilégie pas du tout l’idée d’un stock stratégique qui serait quelque part sur l’île ; premièrement parce qu’on ne peut pas être sûr qu’il ne serait pas endommagé, deuxièmement parce que ça mobilise du monde, ça crée des tensions… C’est beaucoup moins efficace que de demander à tout le monde d’avoir un stock bien pensé.»

Communiquer après le cyclone

La Collectivité et la préfecture ont effectué plusieurs réunions avec les opérateurs téléphoniques. Ces derniers ont été incités à pré-positionner du matériel d’urgence dans la région pour pouvoir rétablir rapidement quelques points de réseau, « dans l’attente que du matériel plus conséquent arrive ensuite de Guadeloupe ou de Martinique », souligne Thierry Aron. Clémenceau Magras a obtenu de Digicel de stocker quelques FemtoCell (technologie utilisée pour le wi-fi Irma) sur notre île.

« Il ne faut pas que l’on perde de vue que l’on est actuellement dans une situation très fragile à Saint-Barth. On a le pylône de Colombier qui est bien beau debout, mais au premier cyclone, le sommet se couchera sur le château d’eau, je ne me fais pas d’illusion. Et le pylône de Lurin, qui a été monté en catastrophe, sera renforcé au mieux mais il n’est pas dit qu’il tienne. Il restera deux points qui peuvent fonctionner : le phare et le haut de la police territoriale ». « En sachant qu’après la rupture du câble, Orange a pérennisé la solution d’attente mise en place avant la réparation, donc ils ont désormais deux voies possibles », rassure le directeur de cabinet.

S’informer via la radio

Le CSA s’est réuni la semaine dernière avec la Com de Saint-Martin pour travailler sur l’information par radio. Après Irma, dans l’attente de José puis de Maria, aucune nouvelle ne parvenait aux habitants de Saint-Barthélemy, le matériel des radios locales ayant été fortement impacté par le cyclone. Pour Saint-Barth, une rencontre doit être organisée pour que Tropik FM et Radio Saint-Barth puissent émettre ensemble depuis l’espace Météo, en mutualisant leurs moyens. « On a du matériel qui est stocké, qui pourra être utilisé en cas de défaillance », indique Clémenceau.

Les réseaux électriques fragiles

Si EDF et la Collectivité ont lancé dès octobre un plan d’enfouissement général des réseaux aériens, le travail est loin d’être achevé. Le long de nombreuses voies, les guirlandes de câble sont sommairement accrochées à des poteaux branlants. Un ouragan n’aura pas besoin d’être bien puissant pour que tout dégringole.

Là encore, il faudra bricoler en attendant que l’ensemble des travaux soit terminé (le planning de l’enfouissement généralisé court, rue par rue, jusqu’à 2020). Concernant les groupes électrogènes d’urgence, « tout est reparti en Guadeloupe », indique Clémenceau Magras. « Ils sont pré-positionnés à Jarry, car ici on n’a pas l’espace et il faut être sûr qu’il sera fonctionnel après le cyclone».

Le carburant rationné

Dès la vigilance orange enclenchée, les responsables des deux stations –service de l’île reçoivent l’injonction de fermer leurs pompes. A l’annonce de l’alerte rouge, ils doivent avoir réservé 5.000 litres de gasoil et 5.000 litres de sans-plomb, qui seront ensuite distribués par des bons accordés par la Collectivité, comme cela a été le cas en septembre 2017. Le but est d’éviter les longues files d’attente, les conflits aux pompes, et surtout, de prioriser les services de secours et les entreprises.

Les pompiers dans leur caserne

Pendant Irma, les pompiers qui ont passé la nuit à la caserne ont lutté contre l’inondation du quartier des Mangliers, et se sont retrouvés avec plus d’un mètre d’eau, les véhicules hors d’usage. Ils resteront confinés là en cas de nouveau cyclone, mais attendent des volets qui doivent permettre de fermer le bâtiment et protéger les véhicules d’intervention. La commande est passée pour ce nouvel équipement.

«On n’aura pas tout renouvelé pour la saison, mais le matériel qui reste a été vérifié. Deux ambulances neuves doivent arriver fin juin-début juillet. Une des anciennes va être remise en état ces jours-ci. Le gros camion a été remis en état et est fonctionnel, le plus petit va l’être aussi. Reste le problème de la vulnérabilité de là où ils sont… On a beau réfléchir, vu la hauteur des véhicules, il n’y a pas beaucoup d’endroits pour les mettre », admet Clémenceau Magras. « Ce sont des choses qui seront revues dans les années qui viennent », complète Thierry Aron.


JSB 1281

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