Violences conjugales : « C’était la guerre entre nous deux »

Un trentenaire qui avait frappé à plusieurs reprises son épouse a été jugé à Saint-Barthélemy jeudi.

N. est appelé à la barre du tribunal de Basse-Terre, délocalisé à la capitainerie de Saint-Barthélemy. Agé de 35 ans, l’air sportif, il est propre sur lui, calme, s’exprime d’une voix quasiment inaudible.

Une image bien éloignée des faits qui lui sont reprochés. Son épouse S. a déposé plainte pour des faits de violence physique. La première fois qu’elle s’est rendue chez les gendarmes, c’était en mars 2017.

Elle raconte qu’elle était sous la douche lorsque N. est rentré à la maison. Il lui reproche de faire la tête, le ton monte entre les conjoints, et elle raconte qu’il lui a craché dessus, avant de lui agripper les cheveux et de lui cogner la tête contre le mur. Le médecin qui a examiné S. n’a pas constaté de lésion, mais parle d’un traumatisme psychologique important, qui a justifié une incapacité totale de travail (ITT) de 8 jours.

N., lui, conteste avoir craché sur son épouse, et explique qu’il avait d’abord reçu une gifle. « J’ai pleinement conscience que je n’ai pas d’excuse », dit-il. « Mais ce n’est pas comme ça que ça s’est passé. »

En 2016, plusieurs histoires du même acabit ont été rapportées par l’épouse. Comme le 25 juin, où la dispute a éclaté à propos des bijoux qu’elle portait. « Elle m’a arraché mon polo, griffé dans le cou, et je lui ai porté une gifle. J’ai mal réagi », reconnaît le prévenu.

« Il a jeté maman par terre »

Une autre fois, la violence éclate au domicile du couple, alors que leur fils de 6 ans est présent. La raison : le sac à main de la victime était posé par terre. « J’ai shooté dedans, ça m’énervait qu’elle laisse tout traîner, c’était l’une des raisons de nos disputes », raconte N. «Elle m’a sauté dessus, et mon fils aussi. Je les ai poussés, pour qu’ils s’arrêtent… »

Le petit garçon avait été interrogé par les gendarmes. A l’audience, jeudi, le président du tribunal a lu un extrait de cet entretien : « Il a jeté maman par terre », a-t-il raconté, du haut de ses six années. «Papa t’a-t-il déjà fait mal ? » « Oui, il m’avait tordu le bras, et au dos ». « Pourquoi ? » « J’ai voulu défendre maman, il m’a donné un coup de pied. » « Tu as pleuré ? » « Non, j’ai eu mal. »

« Qu’est-ce que cela vous fait d’entendre ça ? » demande le président au père. « J’admet que mon fils a vu des scènes qu’il n’aurait pas du voir », répond N. « J’aurais dû quitter la maison avant d’en arriver là. Je n’ai pas de casier judiciaire, c’est vraiment un problème de couple. C’était la guerre entre nous deux. »

Après l’ouragan Irma, la victime est partie s’installer à Paris, avec les deux enfants du couple. Elle est représentée à l’audience par son avocate Me Caron. Qui est loin d’être convaincue par l’attitude contrite du prévenu. Elle raconte que lorsque la procédure judiciaire a débuté, N s’est livré à du chantage et des pressions envers son épouse. Elle lit un texto reçu par cette dernière : « Je ne veux pas me retrouver devant un juge qui va défendre la cause féminine. Je te promets que tu vas payer cher, ma fille. »

« Ma cliente ne veut qu’une chose, c’est que ce soit inscrit sur son casier judiciaire », précise Me Caron. « C’est le début de la reconnaissance pour les femmes battues, qui ressentent souvent une grande culpabilité. »

« Ce n’est pas une justice féministe »

« Ce n’est pas une justice féministe, c’est une justice adaptée au contexte », a souligné le procureur de la République en s’adressant au prévenu. « La famille s’est transformée en un véritable champ de bataille, dans lequel les enfants non seulement sont témoins, mais participent aux violences. » Il a requis 5 mois d’emprisonnement avec sursis contre N. « Effectivement, mon fils a vu des choses que je regrette », a indiqué le prévenu, qui quitte lui aussi Saint-Barth pour la métropole, à la fin de l’année. « Ça a été un burn-out familial. » Le président rendra son délibéré à Saint-Martin, le 21 décembre.

JSB 1257

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