« Sur le moment, j’ai paniqué »

JUSTICE. Le 12 janvier, alors qu’il circule sur son deux-roues, un homme âgé de 28 ans percute le scooter d’une jeune femme avant de prendre la fuite en abandonnant sa victime, blessée, sur la chaussée. Il a comparu mercredi devant le tribunal correctionnel.

 

Debout face à la barre, le prévenu l’affirme : « J’ai paniqué. J’étais terrifié à l’idée de perdre mon travail et mon logement. » La présidente du tribunal fronce ostensiblement les sourcils et réplique, interloquée : « Vous ne croyez pas que la vie d’une personne est plus importante qu’un emploi ? » Le prévenu murmure : « Je ne comprends pas non plus. » Le 12 janvier, vers 18h45, alors qu’il circule sur son deux-roues, il décide de doubler un véhicule. Manifestement sans prêter attention à ce qui se profile sur la voie de gauche. En face, une jeune femme qui sort de son travail circule également à scooter. Elle ne peut rien faire pour éviter le choc.

« Difficile d’expliquer  pourquoi j’ai fait ça »
Après l’impact, elle se retrouve coincée sous son scooter, au beau milieu de la chaussée. « Un témoin de la scène raconte qu’elle hurlait de douleur », souligne la présidente. Le prévenu, contrairement à sa victime, n’est pas blessé. Il remonte sur son engin, jette un coup d’œil en direction de la jeune motoriste en détresse et prend la fuite. « C’est difficile d’expliquer pourquoi j’ai fait ça, se repent-il à la barre. Quand j’ai chuté, ma priorité était de dégager la voie. J’ai garé mon véhicule un peu plus loin et c’est à ce moment que j’ai vu qu’une voiture s’était arrêtée pour aider la victime. J’ai pris la décision irresponsable de quitter les lieux. »
Le procureur de la République semble ne pas en croire ses oreilles. Manifestement agacé, il décroche son masque et interpelle le prévenu : « Sur les images de vidéo surveillance, on vous voit les pieds nus, chemise ouverte. Vous aviez bu ? » Réponse : « Oui. » Le procureur : « Excellent tout ça. » Seule difficulté, la question de l’alcool n’est pas en cause dans le dossier. En effet, le chauffard ayant pris la fuite, il n’a été identifié et auditionné que le 5 février. « Il a fallu faire une enquête pour vous retrouver, constate la magistrate. On a vraiment l’impression que vous espériez passer entre les mailles du filet. Vous pensiez quoi ? Que vous alliez échapper à vos responsabilités ? »

« Un homme irresponsable et dangereux »
Lors de sa plaidoirie, le conseil du prévenu insiste sur le fait que la victime n’était plus en situation de « péril » lorsque son client a quitté les lieux puisqu’elle venait d’être secourue par une automobiliste. « Mon client regrette profondément son action, il est complètement traumatisé d’avoir abandonné cette jeune femme, affirme l’avocate. Tous les témoignages versés au dossier montrent que ça ne lui ressemble pas. » Quelques minutes plus tôt, le procureur s’est montré plus que suspicieux quant à la sincérité du prévenu.
« Monsieur est un homme irresponsable et dangereux, a grondé le représentant du ministère public. Son récit n’apparaît pas sincère, il cherche à tromper le tribunal. Vous dites que vous vouliez dégager la voie ? On s’en fout de la voie ! C’est une jeune femme blessée que vous avez laissée sur la voie. Vous racontez n’importe quoi. » Il requiert une peine de 12 mois d’emprisonnement, dont huit assortis du sursis. Il réclame également une interdiction totale de conduire un véhicule terrestre pendant dix mois.
Le tribunal a mis sa décision en délibéré au 3 juin.
 

Journal de Saint-Barth N°1420 du 22/04/2021

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