« Je n’ose imaginer votre état avec trois grammes dans le sang ! »

Les audiences du tribunal correctionnel de proximité qui se tiennent chaque mois à Saint-Barthélemy sont, pour la plupart, constituées de nombreux dossiers de délinquants routiers. Principalement des usagers qui, au moment de prendre la route, ont ingurgité une dose d’alcool supérieure au taux légal autorisé. L’audience du jeudi 9 septembre n’a pas fait exception à la règle. Avec, toutefois, une série de taux impressionnants, à défaut d’être “records”.

Trois grammes et peu de souvenirs
C’est notamment le cas de ce jeune homme âgé de 28 ans. Coiffé avec soin, vêtu sobrement de pantalons noirs et d’une chemise blanche, il s’avance timidement à la barre. Jamais condamné, il se présente pour la première fois devant un tribunal. Le 16 mars dernier, il a été victime d’un accident de la route au guidon de son scooter, à Gustavia. Dans des circonstances quelques peu spéciales.
En effet, après avoir regardé un match de football à la télévision avec son colocataire, tout en buvant « pas mal de bière et du planteur », il monte sur son deux-roues. Son ami enfourche son quad et voilà les deux amateurs de ballon et de liqueur partis pour une course dans les rues de Gustavia. Une confrontation amicale de courte durée puisque les deux véhicules finissent par se déporter sur la gauche et viennent s’encastrer dans des plots en métal.
« Je me souviens juste de m’être réveillé à l’hôpital », bredouille le prévenu face aux magistrats. La présidente s’étonne : « Je n’ose même pas imaginer dans quel état vous étiez ! Avec trois grammes dans le sang, c’est énorme! » Après délibérations, le tribunal le condamne à une peine de 500 euros d’amende, dont 200 avec sursis, le tout assorti d’une série d’amendes supplémentaires pour un montant total de 285 euros.
Pour son colocataire, en revanche, point de condamnation. Celui-ci avait pris la poudre d’escampette avant l’arrivée des gendarmes. Etrangement, malgré son quad abandonné, ce dernier n’a pas été poursuivi. En tout cas, il n’était pas convoqué avec son partenaire de libations.

« Il faudrait que vous consultiez »
Le “client” suivant est né en 1960. Le 13 février dernier, vers 20 heures, il a un accident avec son scooter à Camaruche. « Sur les photos, votre scooter est détruit », remarque la présidente. «C’est à cause d’un arbre », glisse le prévenu. Quand les gendarmes procèdent à un test d’alcoolémie, l’accidenté présente un taux de 2,89 grammes d’alcool par litre de sang. « J’avais dû boire deux ou trois bières », ose-t-il à la barre. La présidente fulmine : « Non monsieur, non, pas avec un taux pareil ! »
Heureusement, le chauffard se veut rassurant. «Aujourd’hui j’ai compris, je ne bois que deux ou trois bières et je reste à la maison», affirme-t-il. « Il faudrait peut-être que vous consultiez », lance la présidente. « Non, non, je n’ai aucun problème avec l’alcool, soutient le prévenu. Et puis mon employeur m’a demandé de ne plus boire. » Le procureur explique, dubitatif : « Je ne sais pas par quel prodige monsieur a réussi à enfourcher son scooter dans son état. » L’homme reçoit « un avertissement très solennel du tribunal » avec une peine de 400 euros d’amende, dont 300 avec sursis. N’étant pas détenteur du permis de conduire, le précieux document ne lui est pas retiré.

« J’ai dû boire plus »
Le dossier suivant est qualifié de « tristement affligeant» par la présidente du tribunal. Les faits datent du 14 avril 2019. Le scenario est similaire à de nombreuses autres affaires. Le prévenu, né en 1992, passe sa soirée dans un restaurant de Gustavia avec des amis. Il y mange et, surtout, il y boit. A deux heures du matin, il décide de rentrer chez lui mais ne va pas bien loin puisqu’il a un accident. Aux gendarmes, il déclare avoir bu « deux Ricard et trois bières ». La présidente du tribunal remarque qu’il affichait un taux de 2,81 grammes par litre de sang. « J’ai dû boire plus », reconnaît-il à la barre. Il est condamné à 500 euros d’amende.

Violation de domicile
Pour s’extirper des alcoolémies à répétition, le tribunal se penche sur le cas d’un couple qui s’est introduit par effraction dans un domicile. L’homme est âgé de 27 ans, la femme de 24 ans. Il est seul à se présenter devant les magistrats. Le 12 avril dernier, le couple termine une soirée bien arrosée à Lorient. Après avoir bu une bouteille de rhum, ils passent devant une maison et décident de s’y introduire. L’homme déverrouille un volet et ouvre la fenêtre.
« On pensait juste y passer une heure ou deux », se justifie le prévenu. Son amie s’endort sur un canapé et il regarde la télévision. « On appelle ça une violation de domicile, lance la présidente. Vous imaginez si quelqu’un fait ça chez vous ? Même s’il n’y a pas de dégradation, c’est une véritable intrusion.» Le prévenu reconnaît son erreur et s’excuse auprès du représentant du propriétaire de la maison.  « On ne peut pas accepter que quelqu’un s’introduise de la sorte dans la sphère intime qui est le domicile, comme un cambrioleur », remarque le procureur. Il requiert 500 euros d’amende dont 200 avec sursis. Le tribunal choisit de ne pas retenir le sursis et condamne le prévenu à 500 euros d’amende.

Un dernier pour la route
Le prévenu - encore un homme, les femmes étant peu nombreuses dans les audiences d’alcoolémie au volant - est poursuivi pour des faits de délit de fuite et de conduite en état d’ivresse. Le 10 avril dernier, il circule au volant de la fourgonnette de la société qui l’emploie. Notamment en qualité de chauffeur pour le transport scolaire. Il se rend à Gustavia pour acheter du matériel dans un magasin mais, arrivé devant, il s’aperçoit qu’il est fermé. Il décide d’aller se désaltérer dans un bar. « J’ai bu ma première bière vers 12h30», assure-t-il au tribunal. Il admet en avoir bu une dizaine. Une fois le “plein” effectué, il s’installe derrière le volant de son véhicule. Lors des manœuvres pour sortir de sa place, il emboutit quatre scooters en stationnement. «Je me souviens du choc mais je ne m’en suis pas préoccupé », explique le prévenu. « Et bien heureusement que ce n’était pas des gens », grogne le procureur. Le conducteur parvient à regagner son domicile où les gendarmes le trouveront quelques heures plus tard. Il est condamné à une peine de 700 euros d’amende, dont 200 avec sursis. Son permis de conduire est suspendu pour une durée de six mois.

Journal de Saint-Barth N°1438 du 16/09/2021

Les contrôles de l'obligation vaccinale commencent lundi
Un trafic aéroportuaire en hausse