Choc entre une moto et un camion : les deux conducteurs, ivres, sont récidivistes

Choc entre une moto 125 et un petit camion, un dimanche du mois de février, entre Corossol et Colombier. Les deux conducteurs se sont trouvés des points communs à la barre : tous deux avaient plus de 2 grammes d’alcool par litre de sang, et se trouvaient en situation de récidive.

 

Dimanche 2 février, un camion et une moto se percutent dans la route qui relie Colombier à Corossol. Il semblerait que ce soit le motard qui a dévié de sa trajectoire, pour venir percuter l’avant gauche du véhicule qui arrivait en face.

Le conducteur du deux-roues ne se souvient pas des circonstances de l’accident, et pour cause : il circulait avec 2,59 grammes d’alcool par litre de sang. En face, ce n’est pas mieux : le conducteur du camion dépassait juste les 2 grammes lui aussi.

Les véhicules sont assurés, mais les jeunes hommes sont en état de récidive et ont déjà été condamné pour des faits d’alcool au volant/guidon.
Toutefois les deux ont une attitude différente devant le tribunal. Le premier a engagé un avocat pour l’assister ; il reconnaît un problème avec l’alcool, et atteste qu’il consulte un psychologue justement pour déterminer d’où vient ce problème et essayer de maîtriser sa consommation. Il balbutie quand il s’exprime devant les magistrats, contrit. Il fait amende honorable et redoute la sanction : « Je n’ai pas d’excuse. »

L’autre au contraire, qui conduisait le camion, ne cesse de couper la parole, poser des questions, ajouter des commentaires. Lui n’a pas d’avocat. Il tente d’expliquer qu’il avait pris des antibiotiques trois jours avant l’accident, ce qui a pu modifier le taux d’alcool dans son sang. Avec 2,03 grammes d’alcool par litre dans le sang, il se sentait apte à conduire. Et surtout, malgré l’accident qui, même si aucun n’a été gravement blessé, a été violent (le choc avec la moto a enfoncé l’avant du camion, cassé le rétroviseur et la vitre conducteur), il a été contrôlé moins de deux mois plus tard  au volant, en plein confinement, et alcoolisé. Cette fois, il a au départ refusé de se soumettre au contrôle d’alcoolémie, brandissant son téléphone pour filmer les gendarmes, mais ceux-ci l’ont extirpé de sa voiture et sont parvenus à le faire souffler au terme d’âpres négociations. 2 grammes encore, et pas de justificatif pour avoir rompu le confinement, d’autant plus qu’il est en arrêt maladie. « Mais là, je suis conscient que je suis coupable », assure-t-il à la présidente. Il explique qu’une séparation douloureuse avec sa compagne le pousse à consommer de l’alcool. « Boire, c’est une circonstance aggravante, pas atténuante », note la présidente, Mme Ayache-Barbotin.

Le vice-procureur Paillard requiert 10 mois de prison, dont cinq avec sursis probatoire, contre le premier prévenu, ainsi qu’une amende de 500 euros. Son permis est automatiquement annulé puisqu’il est en récidive, et le magistrat ajoute une interdiction de repasser le permis durant six mois. Me Céline Carsalade souligne les efforts de son client pour essayer de diminuer ou stopper sa consommation d’alcool, apporte l’attestation de ses rendez-vous chez le psychologue, et fait la comparaison entre les deux hommes à la barre. « Il est victime d’une addiction, il en a pleinement conscience, ne le nie pas et coopère. Il a un travail, il est intégré », plaide-t-elle, jugeant « extrêmement sévères » les réquisitions du vice-procureur.
Le second prévenu a un casier judiciaire plus garni, et son attitude ne plaît pas puisqu’il n’a pas l’air d’avoir pris conscience une seule seconde des faits qu’on lui reproche. De plus il a recommencé à conduire après avoir bu, quelques semaines après l’accident. «Lors des seconds faits en mars, il a échappé à la comparution immédiate, qui aurait débouché sur un mandat de dépôt, uniquement parce qu’on était en confinement et qu’on n’avait ni bateau ni avion », souligne le vice-procureur Yves Paillard. Il demande contre le prévenu 18 mois de prison dont six avec sursis et douze probatoire (mise à l’épreuve). Son permis de conduire est annulé, et le vice-procureur requiert l’interdiction de se présenter à l’examen pour le repasser durant douze mois, ainsi que la saisie du véhicule. C’est ce dernier point qui inquiète vaguement le prévenu. Sa voiture est un achat en leasing. « Comment ça se passe, est-ce que je dois continuer de payer ? » « Et c’est ça qui vous préoccupe ?» s’étrangle la présidente.


Elle a rendu son délibéré le 11 juin.

Le motard est condamné à douze mois d'emprisonnement dont six avec sursis probatoire pendant dix-huit mois. Il devra respecter une obligation de soins liée à la consommation d'alcool, et son scooter sera détruit. Son permis de conduire a été annulé et il a l'interdiction de le repasser durant douze mois.

Le conducteur du camion est condamné à vingt mois d'emprisonnement dont huit mois avec sursis probatoire durant pendant dix-huit mois et obligation de soins. Son permis de conduire est annulé et il a l'interdiction de le repasser durant dix-huit mois.

 

Journal de Saint-Barth N°1379 du 10/06/2020

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Tribunal
Thomas Gréaux président de la Cem