Trop de morts sur nos routes

La semaine dernière, un jeune habitant de l’île s’est tué à scooter dans la montée de Coupe-Gorge. Tom avait 23 ans. C’est la troisième personne à perdre la vie sur la route à Saint-Barthélemy en 2018.

Mercredi 11 avril vers 18 heures, Tom, habitant de l’île, a perdu la vie sur la route de Coupe-Gorge, entre Saint-Jean et Lorient. Il avait 23 ans.

Il conduisait un scooter 125 cm3, et a perdu le contrôle après avoir doublé un autre scooter. Il est tombé, et est venu percuter un pick-up qui arrivait en face. Le conducteur du pick-up a été contrôlé négatif à l’alcool et aux stupéfiants, et n’a donc pas été inquiété, mais est resté très choqué. La victime, touchée à la tête, était inconsciente à l’arrivée des pompiers. Son décès a été prononcé à l’hôpital de Saint-Barthélemy. Le lendemain, le lieu de l’accident était orné de fleurs, de bougies, d’un maillot du PSG, et de graffitis, « On t’aime ». Vive émotion sur l’île, où le garçon était connu et ­apprécié.

Déjà un lourd bilan en 2018

Début février, c’est un Italien de 37 ans, résident de l’île, qui trouvait la mort à scooter, à Public. Employé dans la restauration, il rentrait de sa soirée de travail, vers 2h45 du matin, quand il a perdu le contrôle de son véhicule et a fait une chute mortelle. Les analyses ont révélé qu’il avait consommé de l’alcool. En mars, un touriste américain avait également trouvé la mort sur les routes de Saint-Barthélemy. Agé de 89 ans, l’homme aurait effectué une erreur de conduite de son quad de location. Si sa passagère de 87 ans s’en est sortie indemne, l’homme est décédé quelques jours après l’accident, lors de son transfert entre Saint-Martin et un hôpital aux Etats-Unis.

Trois décès, c’est le bilan de l’année 2016 entière à Saint-Barthélemy. En 2017, les chiffres étaient « meilleurs » : zéro mort. Ce qui ne veut pas dire qu’il y a eu moins d’accidents graves sur nos routes.

Quelques heures après le décès de Tom, la semaine dernière, la préfecture de Saint-Martin et Saint-Barthélemy et la gendarmerie ont diffusé un communiqué conjoint, rappelant la dangerosité des routes de notre île pour les quads, deux-roues et la conduite en groupe, et les bonnes pratiques à adopter pour limiter les risques. En fait, ce document était en cours d’élaboration depuis le décès du touriste américain. Il a été affiché au port, à l’aéroport, et distribué auprès des loueurs de véhicules. « Nous reprenons aussi les actions de prévention avec les hôteliers, envers les saisonniers, qui sont souvent victimes », souligne le représentant de la préfecture à Saint-Barth, Olivier Basset. « La moindre des choses, c’est d’informer ceux qui ne connaissent pas les routes de l’île. » De leur côté, les gendarmes organisent chaque année une à deux réunion à destination de tous les employés des hôtels, pour leur parler, entre autres, des dangers de la conduite à Saint-Barthélemy.

Un accident tous les jours

Dix jours avant le décès de Tom, les gendarmes de Saint-Barthélemy avaient intensifié leur travail de prévention sur la sécurité des utilisateurs de deux-roues. Plus visibles le long des routes, ils avaient notamment conduit une opération de contrôle auprès des jeunes scootéristes, fréquemment rassemblés au stade de Saint-Jean. La police territoriale, elle, dispose d’un curvomètre, qui permet de détecter les deux-roues trafiqués pour augmenter leur puissance, pratique fréquente sur l’île.

Hasard du calendrier, le lendemain de l’accident mortel, le lieutenant-colonel Manzoni, commandant de la compagnie de Saint-Martin et Saint-Barthélemy, était en visite sur notre île. « Il ne peut y avoir qu’une seule réponse », assure-t-il. « On a besoin de travailler tous ensemble, l’Etat, la Collectivité, les gendarmes, la justice. Ce sont les jeunes de Saint-Barth qui meurent. C’est l’affaire de tous. »

Le capitaine Magniol, qui dirige la brigade de Saint-Barthélemy, se penche sur la mise en place d’un GLTD (Groupe local de traitement de la délinquance). Il s’agit de réunir, sous l’égide du parquet, tous les acteurs pour travailler ensemble sur un seul sujet, propre à un territoire, ici l’accidentologie des deux-roues. « Des accidents de scooter, on en a quasiment tous les jours, sans compter ceux sans gravité sur lesquels on n’est pas appelés », indique le militaire. Et presque 100% de ces accidents impliquent un deux-roues ou un quad.

Prévention adaptée

La préfecture a déjà organisé, à Saint-Martin, un stage de sensibilisation pour huit jeunes, en les entraînant à la conduite d’un scooter 50 cm3. Pourquoi pas à Saint-Barthélemy ? « On va en faire la demande », répond Olivier Basset. L’Etat dispose de toutes sortes d’outils de communication pour sensibiliser la population, mais encore faut-il qu’ils correspondent à la problématique de Saint-Barthélemy. « Si on met des affiches avec un motard casqué, veste en cuir et gants, ça ne parlera à personne ici », explique le colonel Manzoni. La documentation doit être adaptée à la mode Saint-Barth, tongs, T-shirt et routes sinueuses. Difficile à Saint-Barth de demander à un conducteur de deux-roues de porter les gants, pourtant obligatoires. En revanche, aucune tolérance pour le casque. « Et le but du port du casque, c’est de protéger, pas d’éviter la verbalisation », rappelle le major Guéry. « Un casque pas attaché ou juste posé sur la tête, c’est verbalisable. » Campagne d’affichage, de tracts, ou encore diffusion de clips de sensibilisation avant les projections à l’Ajoe : plusieurs idées sont à l’étude pour influer sur le comportement des conducteurs.

Mais le facteur d’accident numéro 1 est la conduite sous alcool ou stupéfiants. « C’est le cas neuf fois sur dix », estime le major Guéry. Les gendarmes reçoivent une fois par mois le soutien de la brigade motorisée de Saint-Martin pour des opérations de contrôles d’alcoolémie, sur un week-end. « Et on mène régulièrement des actions auprès des établissements. Il y a déjà eu plusieurs fermetures administratives de bars, restaurants ou discothèques qui avaient servi des clients déjà ivres, ce qui est interdit ».

Signalétique et dos d’âne

La Collectivité, elle, a les moyens d’agir sur l’aménagement. « Le réseau routier n’est pas dans un état parfait, même s’il s’est grandement amélioré si on revient dix ans en arrière », souligne Thierry Aron, directeur de cabinet du Président. « On étudie un moyen d’améliorer la signalétique dans les zones les plus sensibles, en matérialisant une bande blanche de non dépassement, si le revêtement le permet. On étudie aussi la construction de nouveaux dos-d’âne, comme on est en train de le faire à Anse des Cayes. A court terme, on s’oriente là-dessus. »

Olivier Basset, pour la préfecture, tient aussi à rappeler que la vitesse à Saint-Barthélemy est limitée partout à 30 ou à 50 km/h. « Chers parents, l’éducation routière commence par vous aussi », ajoute le représentant de l’Etat à Saint-Barth. « Mettez la ceinture devant vos enfants, achetez leur un bon casque, ne leur offrez pas de deux-roues s’ils n’ont pas le permis ou ne savent pas les conduire… »

En effet, si les autorités doivent renforcer leur action avant de nouveaux drames, une prise de conscience générale sur l’île serait la bienvenue. Deux jours après que Tom a perdu la vie, sur les routes, certains scootéristes s’adonnaient déjà à quelques figures acrobatiques, roue en l’air, à des dépassements hasardeux, ou à des pointes de vitesse inconsidérées…

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Les jeunes sensibilisés au collège

Tous les collégiens de Mireille-Choisy, comme leurs homologues partout en France, passent au sein de l’établissement l’ASSR niveau 1 et niveau 2 (attestation scolaire de sécurité routière). Le premier donne l’accès au BSR (Brevet de sécurité routière), examen à passer en auto-école, obligatoire pour conduire un 50 cm3. Il s’agit d’apprendre les règles de base du code de la route, notamment les comportements envers les autres usagers véhiculés mais aussi les piétons. Ils passent ensuite, en fin de scolarité, l’ASSR 2, obligatoire pour s’inscrire à l’examen du permis de conduire. En outre, au cours de leurs quatre ans au collège, les jeunes participent à différentes actions de sensibilisation sur la consommation d’alcool, de drogue et de médicaments au volant.


JSB 1275


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