Délinquance et accidents des deux-roues : les autorités font le bilan

Six mois après sa mise en place, le GLTD (groupe local de traitement de la délinquance) a été clotûré. Il visait à diminuer le nombre d’accidents de deux-roues en réunissant le parquet, les gendarmes, la préfecture, la police territoriale et la Collectivité sur des actions communes.


En 2018, les pompiers sont intervenus sur 350 accidents de deux-roues et quads. Dont quatre accidents mortels. Un chiffre tristement élevé pour une île de moins de 10.000 habitants. Pour lutter contre ce fléau, les autorités avaient mis en place, sous l’égide du parquet, le GLTD : une réunion de tous les acteurs de la sécurité pour contrecarrer le phénomène avec des actions communes, préventives autant que répressives. « Visant à évaluer la dangerosité des deux-roues, prévenir les accidents et sanctionner les comportements les plus graves », complète le vice procureur Yves Paillard.

Entre le 1er juin et le 31 décembre, les gendarmes ont relevé 109 deux-roues et quads en infraction. Un panel qui permet d’établir quelques statistiques. Et d’abord, de casser une idée reçue : 75% ont été commises par des personnes de plus de 25 ans. Comme quoi le public des collégiens ou jeunes étudiants de Saint-Barth, rentrés dans leur famille cet été, n’est pas forcément le plus à risque. 20% des 109 infractions ont été relevées à la suite d’un accident de la route. 20% des personnes ont été épinglées pour conduite sans permis adéquat. Et 75% des infractions concernaient des scooters de 50 cm3.

Record à 5,38 g d’alcool par litre de sang
Deux chiffres sont particulièrement inquiétants : 35% de ces scootéristes n’étaient pas assurés. Outre l’illégalité de circuler sans assurance, les conséquences en cas d’accident sont terribles. Et toujours sur ces 109 conducteurs, près d’un sur deux roulait avec un taux d’alcool dans le sang supérieur à la limite légale. « La plupart entre 0,4 et 0,6 grammes par litre de sang. On a eu un record à 3,5 grammes », note Yves Paillard. Le major Vicaire, n°2 des gendarmes de Saint-Barthélemy, corrige : « On l’a battu depuis, avec un homme à 5,38 g d’alcool par litre de sang. Et il se tenait debout ! »
La police territoriale et les gendarmes ont aussi renforcé l’utilisation du curvomètre, un appareil qui permet de mesurer jusqu’à quelle vitesse peut aller un deux-roues. « On a vu des scooters, censés être limités à 45 km/h, atteindre les 99 km/h. »

Seize deux-roues détruits
Outre le renforcement des contrôles, les sanctions ont été durcies. Avec notamment la saisie et destruction de nombreux véhicules en infraction. « On a mené une politique de destruction des scooters les plus dangereux, ceux qui ont été modifiés ou qui étaient en trop mauvais état. Sur 54 saisies, on a effectué 16 destructions. Certaines décisions de justice sont encore attendues », précise le vice-procureur. « C’est peut-être le point qui a le plus fonctionné, l’action qui se sait le plus à Saint-Barthélemy. »

Plus de la moitié des 109 ont fait l’objet de poursuites au tribunal correctionnel. « On a aussi mené des recherches de responsabilité indirectes. Pour rappeler aux gens qui organisent un apéro que s’ils laissent quelqu’un partir, visiblement pas en état de conduire, ils peuvent se voir questionnés et même être poursuivis. » C’est arrivé à un loueur de véhicules, qui a fourni un quad puissant à un client dépourvu du permis nécessaire. La question se pose également pour un accident de quad au mois de décembre. Les freins de l’engin appartenant à un loueur de l’île auraient cessé de fonctionner, provoquant l’accident.

Pour le volet préventif, on voit toujours, le long de l’aéroport, la campagne d’affichage réalisée par la Collectivité, qui met en scène des personnalités de l’île avec ce message : « Sois responsable ! ». Elle sera réutilisée ces prochains mois, dans différents endroits de l’île. La Collectivité a également mis en place le 12 janvier un forum de la sécurité routière, qui sera réédité (lire JSB n°1311). Le parcours pédagogique acheté pour l’occasion sera utilisé lors d’ateliers au sein des établissements scolaires.

Les radars pédagogiques arrivent
Elle a également fait l’acquisition de dix radars pédagogiques. Une partie sera installée de façon fixe, une autre de façon mobile, pour que l’effet soit plus durable. Pour rappel, il s’agit de radars qui indiquent au conducteur sa vitesse afin de l’inciter à ralentir. L’affichage des km/h sera bloqué à un certain plafond, pour éviter de tenter les amateurs de concours et défis entre amis… En France métropolitaine, l’impact bénéfique de ces radars sur la vitesse a été prouvé. « Ces derniers mois, nous avons aussi voté des délibérations pour modifier le code de la route », indique Alfred Brin, président de la commission transports et sécurité routière. Pour rappel, tous les camions sont limités à 40km/h. Idem pour tous les véhicules en cas de pluie. Sauf bien sûr dans les zones 30, qui restent à 30km/h maximum. Enfin, depuis le 1er janvier, les camions de plus de 2,42 mètres de largeur, 7 mètres de long ou 14 tonnes PTAC sont cantonnés au quartier de Public.

Au lancement du GLTD, une réflexion sur l’état des routes de Saint-Barth avait aussi été initiée par la Collectivité. « Mais les gens ont tendance à rouler plus vite sur une chaussée en bon état », regrette le vice-procureur.

Dix accidents la semaine dernière
Tous ces efforts ont-ils été récompensés ? Pour l’instant, pas de chiffres. « Je n’en ai pas l’impression, en particulier pour ce qui est de l’alcool », admet le major Vicaire. Rien que la semaine dernière, dix accidents de deux-roues ont été constatés. Dont peu impliquent des saisonniers. Sans doute un effet des interventions des gendarmes, qui ont rencontré les saisonniers de tous les hôtels, et ont mis le paquet pour bien faire passer le message. A l’unisson avec les hôteliers, dont certains ont prévenu qu’une infraction équivaudrait à la rupture du contrat de travail. Enfin, des solutions pour éviter de prendre la route en ayant bu, à moindres frais, ont été mises en place entre l’association des hôteliers de Saint-Barth et les sociétés Caribbean Discovery et Saint-Barth Mobilités. « Il faudrait peut-être désormais cibler les ouvriers, artisans, les entrepreneurs... »
Si le GLTD est maintenant clôturé, les actions se poursuivent, et notamment au niveau pénal. « La sécurité routière est l’affaire de tous. Il faut avoir conscience que dès qu’on prend un engin, on peut provoquer un accident voire perdre la vie. »



JSB 1312


Journal de Saint-Barth N°1312 du 24/01/2019

Radars pédagogiques
GLTD
Cholestérol
Pêche au requin
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