Un an après les Assises de l’environnement, état des lieux avec Micheline Jacques

Le 3 décembre 2018 s’ouvraient les premières Assises de l’environnement et de l’énergie de Saint-Barthélemy, une semaine de débats et de propositions, à l’initiative de la présidente de la commission dédiée, Micheline Jacques. État des lieux un an après.

 

Les Assises de l’Environnement avaient débuté avec la signature d’un contrat pour la pose de panneaux photovoltaïque sur le toit du site de propreté. Les poussières issues des centrales à béton voisines ont entravé ce projet, puisque le rendement de l’installation serait freiné. Est-ce que des solutions émergent ?

Il y a tout un travail à faire. J’ai sollicité la DEAL pour aiguiller les centrales à béton, afin qu’elles limitent les émanations de poussière. L’une des centrales a fait des efforts, elle essaie de faire de son mieux ; l’autre aussi est partenaire. C’est un travail de longue haleine, mais on va y arriver. Dans la maîtrise de l’énergie, on avance. On a signé la convention pour la création du comité la semaine dernière (JSB 1351, ndlr). Nous travaillons aussi sur la construction d’ombrières photovoltaïques ; le marché va être lancé pour en installer deux sur le parking de la Collectivité. Et de plus en plus, dans les constructions des bâtiments de la Collectivité, l’aspect économies d’énergie est pris en compte, notamment pour le futur centre médico social.

 

Toujours à Public, l’aménagement du site de propreté avait été inauguré début décembre 2018. Vous aviez annoncé des sanctions contre les dépôts sauvages d’ordures, notamment. Qu’en est-il ?

Ce sera dans le Code de l’environnement. Des amendes administratives seront mises en place. Je préconise 200 euros par sac ou encombrant déposé sur la voie publique en dehors des horaires. Nous étudions un dispositif de caméras pour les points chauds. En attendant la fibre optique, on nous a proposé un système de lampadaire solaire qui peut alimenter la caméra. Les personnes surprises en flagrant délit, comme cela se produit déjà, seront systématiquement verbalisées.

Il y a aussi un travail de communication qui est en train d’être fait, avec un petit livret édité par le service communication pour les personnes qui arrivent sur l’île, et qui regroupera toutes les informations notamment sur le ramassage des ordures, pour qu’elles sachent qu’il y a des règles à respecter.

Par ailleurs nous aurons bientôt un outil formidable, une application qui s’appelle Rom, élaborée et commandée par l’UICN, qui travaille sur tout ce qui est espace naturel et mangroves. Elle n’est pas encore diffusée au grand public, car elle est tout juste créée. Le référent sera l’ATE, et via cette application, tout citoyen pourra dénoncer les incivilités.

 

Une deuxième usine d’incinération va être construite pour faire face au volume croissant de déchets à traiter. La première usine sera en fin de vie d’ici dix, quinze ans et la Collectivité ne compte pas la remplacer. Dans ce laps de temps, comment réduire la production de déchets sur l’île ?

C’est un phénomène aussi un peu mondial, de plus en plus de pays acceptaient les déchets et ont décidé de fermer leurs frontières. C’est ce qu’il se passe pour nous avec la Guadeloupe. On aura de plus en plus de difficultés pour évacuer, c’est aussi ce qui nous a poussés à investir. L’un des grands chantiers qui a été ébauché, c’est de s’atteler à la lutte contre le gaspillage alimentaire. Dans la continuité des Assises de l’environnement nous avons eu dans le cadre de la Smart Island, en juin, tout un travail qui avait été effectué avec la Cem, et une première ébauche avec des professionnels qui s’engagent dans la lutte contre le gaspillage.

Un travail peut se faire sur tout ce qui est importé sur l’île pour éveiller une prise de conscience sur les déchets.

 

Mais les déchets qui posent problème par leur volume, ce sont les encombrants (mobiliers, bois de chantier) davantage que l’alimentaire.

C’est le problème global de la société de consommation. Avant, vous achetiez un appareil électroménager qui durait dix ou quinze ans ; maintenant, au bout de deux ans il ne fonctionne plus.

 

Vous aviez annoncé la volonté d’interdire à Saint-Barth le plastique à usage unique. Est-ce toujours d’actualité et qu’en pensent les acteurs concernés ?

Nous sommes en avance sur l’interdiction de tout ce qui est plastique à usage unique ; l’objectif c’est d’arriver à éliminer tout ça, aller plus loin, mais dans la limite de ce qui est faisable. On ne peut pas proposer des normes si on sait que techniquement ce n’est pas faisable.

Je suis agréablement surprise car sans avoir de communication spécifique sur le sujet, il y a quand même eu une vraie prise de conscience puisqu’on voit qu’au niveau des supermarchés, les restaurants ou la vente à emporter, on commence à proposer pas mal d’alternatives au plastique.

 

Cela signifie l’interdiction d’importer des contenants plastiques, sauf les bouteilles d’eau ?

Alors les bouteilles d’eau, on y réfléchit… Effectivement l’idée est d’interdire l’importation de tout ce qui est plastique à usage à unique à commencer par les assiettes, les couverts, les pailles, etc. Et puis petit à petit, voir ce qu’on peut faire pour améliorer au fur et à mesure. C’est une grande nouveauté.

 

La synthèse des Assises de l’environnement pointe aussi la question de la circulation routière dense.

Il y a un gros souci au niveau du transport. Nous avons déjà essayé de limiter le nombre de véhicules par loueur, cela a été refusé en raison de la liberté d’entreprendre. On va peut-être passer par une augmentation de la taxation sur les droits de quai pour les véhicules. On peut aussi réfléchir à limiter leur nombre sur l’île, en fonction des véhicules qui sortent. De la même manière, on peut essayer de limiter les véhicules les plus polluants, bien qu’au niveau de la taxe, elle est déjà plus élevée sur les véhicules les plus puissants. Cela n’a pas l’air de freiner, donc on passera par d’autres moyens.

L’idée sur le long terme serait d’inciter à augmenter la flotte électrique, mais on ne peut pas l’exiger tant qu’on n’a pas mis en place d’ombrière photovoltaïque pour les recharger.

 

De nombreux participants ont souligné la nécessité de travailler sur une alternative à la voiture, en l’occurrence l’expérimentation d’un transport en commun.

Un transport en commun en tant que tel n’est pas viable sur l’île, il faudrait le subventionner. Le Président n’y est pas favorable et je le comprends.

Par contre, sans trop m’avancer, il y a peut-être une formule pour concilier transport scolaire et transport en commun. Lorsque les écoles seront délocalisées, le besoin en transport pédagogique va se réduire. Il y a une réflexion à avoir là dessus.

Je vois dans les grandes villes des minibus électriques, je ne sais pas si leur puissance serait suffisante pour les routes de Saint-Barth… Mais c’est certain qu’il y a un problème de voiture, on ne peut pas continuer à avoir des embouteillages, sans parler de l’impact négatif sur le tourisme. L’objectif n’est pas de couper la manne aux loueurs, mais on ne peut pas arriver à 8.000 véhicules de location à Saint-Barth. La réflexion doit être menée.

 

Qu’en est-il des espèces invasives, qu’il s’agisse de flore ou de faune, et d’un contrôle phytosanitaire sur les importations ?

Nous avons eu des discussions très intéressantes avec les pépiniéristes ces derniers mois. L’an dernier, l’île a connu une sécheresse durant huit mois. Tout le monde a constaté que les plantes originaires de l’île ont mieux résisté. L’idée est d’arriver à un genre d’économie circulaire en favorisant les plantes locales.

Les pépiniéristes sont prêts à se lancer ; l’association Green St Barth a mené une action intéressante avec des pépiniéristes, pour un arbre local acheté, deux autres sont offerts. Le problème c’est que les villas veulent des arbres déjà gros. L’idée de Saint-Barth Essentiel sur le fait de récupérer des arbres pour pouvoir les redistribuer à la Collectivité est bonne ; il faut savoir que ça existe depuis dix ans, mais ce n’était pas mis en valeur, et c’est en train d’être accentué. L’ATE est prête à marquer les autres, les terrassiers sont partants ; mais il faudrait qu’une filière soit mise en place avec des pépiniéristes prêts à récupérer les plantes tout de suite. Ce n’est pas une idée farfelue, elle se met en place petit à petit, c’est plutôt positif.

Par ailleurs l’ATE a dressé une liste de plantes qui font l’objet d’une interdiction totale, les pépiniéristes sont partants.

 

Dans son intervention, le CTTSB avait évoqué l’idée de créer un livret d’engagement pour les touristes, afin de les sensibiliser à la fragilité de l’environnement insulaire. Est-ce toujours d’actualité ?

Je ne sais pas ce qu’il en est, je ne veux pas parler à la place du Comité du Tourisme. Mais je pense que c’est un plus d’avoir cette démarche, les touristes sont de plus en plus demandeurs d’un cadre de vie préservé.

 

Les Assises s’étaient conclues sur l’annonce de la création d’un label “J’aime mon île” pour les entreprises vertueuses. Où cela en est ?

On travaille sur le cahier des charges de la création de ce label. C’est très positif, cela va créer une plus value pour les hôtels, les entreprises qui auront le label. C’est une demande de la part des professionnels, qui ont envie de valoriser leurs entreprises.

 

Autre label évoqué, celui du Pavillon Bleu pour le port, qui paraissait inaccessible. Il était question de permettre à la station d’épuration de Gustavia de traiter les eaux usées des bateaux. Cela a-t-il été étudié ?

C’est un autre grand sujet ! Nous n’avons pas les moyens de traiter les eaux grises des bateaux, techniquement elles ne peuvent pas être traitées à la station d’épuration qui n’a pas été conçue pour ça.

Certains ports, dans les Îles Vierges notamment, demandent aux bateaux d’avoir un système de stockage des eaux usées et eaux grises. Un scellé est posé à l’arrivée du bateau et vérifié à la sortie. On peut réfléchir à quelque chose comme ça, mais c’est difficile car cela demande des moyens humains.

 

En cours de réécriture, le Code de l’environnement devait être présenté courant 2019 ; où en est ce travail ?

On espère le soumettre à la consultation du public début 2020. Un cabinet spécialisé a été mandaté et nous a fourni une première version, mais elle comportait des lourdeurs administratives, pas tout à fait adaptées à la situation locale. C’était un peu trop calqué sur les règles nationales, notamment en ce qui concerne les études d’impact. Pour prendre un exemple concret, pour l’assainissement non collectif, dans le cas d’un particulier qui aurait un souci ponctuel, le code tel qu’il était proposé prévoyait la nécessité d’une étude d’impact avant de réparer. C’est juste pas possible. Et la complexité administrative peut avoir l’effet inverse et inciter les gens à faire tout et n’importe quoi. Par contre l’étude d’impact sera bien obligatoire pour les grosses unités. C’est le genre de choses qu’il faut nuancer selon nos spécificités. On est en train d’y retravailler.

 

Après, on va s’atteler à un autre chantier. Je voulais lancer cette année des Assises de l’eau, faute de temps, ça n’a pas pu être fait. Mais c’est une réflexion à avoir. Des études sont menées sur l’évacuation des eaux de pluie dans les baies actuellement, à Marigot, Grand-Cul-de-Sac et Petit-Cul-de-Sac. L’idée est de travailler sur tout ça, et aussi de voir comment on peut recycler, retraiter, récupérer l’eau. Donc il y a une très grosse réflexion à faire sur la problématique de l’eau, et l’économie de l’eau, qui est une denrée rare.

 

Les chantiers sont énormes, on avance au fur et à mesure. Je suis convaincue que l’épisode Irma nous a fait prendre conscience que nous ne sommes rien face aux éléments, et que nous avons une responsabilité. Et je suis convaincue qu’on peut associer la qualité de vie et la modernité, tout en revoyant notre conception environnementale des choses.


JSB 1352
















Journal de Saint-Barth N°1352 du 28/11/2019

Et de quatre !
Un an après, les Assises de l'environnement
Sécurité routière

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