Tout reste à faire sur les sargasses


A l’issue de quatre jours de conférence internationale sur les sargasses, on s’aperçoit que la connaissance du problème n’en est qu’à ses balbutiements, ce qui freine la prospérité des éventuelles solutions de collecte ou de valorisation.

 

Deux événements en un, la semaine dernière au World Trade Center de Jarry, en Guadeloupe : la Conférence internationale sur les sargasses, d’abord. Une série de discours institutionnels, de conférences et débats sur le fléau des algues brunes. La grande réussite de la Région Guadeloupe étant d’avoir réuni de nombreux pays ; outre les îles françaises, de nombreuses nations caribéennes étaient représentées, ainsi que le Mexique, le Costa Rica, le Brésil…

 

La promesse d’un business juteux

Second événement, la Sarg’expo, un salon réunissant des entreprises et porteurs de projets sur la collecte et la valorisation des sargasses. De l’artillerie lourde, comme le Sargator de la société STMI, bateau de ramassage en mer des algues, et des projets plus modestes, comme le Sargassac de cet ingénieur établi en Guadeloupe, un petit catamaran doté d’un filet pour faciliter la collecte. Un bateau qui n’existe pas encore, faute de financement. Si chacun veut trouver une solution au problème des sargasses, les algues néfastes portent aussi la promesse d’un business juteux pour celui qui imposera son procédé de collecte et/ou de valorisation.

La venue d’Edouard Philippe, avec deux de ses ministres, était très attendue. Le chef du gouvernement a plaidé pour une réponse mondiale à ce fléau, plutôt qu’une succession de plans nationaux.

En 2018, l’Etat avait débloqué dix millions d’euros pour aider les communes à lutter contre les sargasses. Un soutien en urgence, très insuffisant au vu de l’ampleur des dégâts et des conséquences pour l’économie des îles. Il a promis que l’accompagnement de l’Etat serait inscrit dans la durée, sans annoncer de nouvelle enveloppe budgétaire hormis 500.000 euros annuels pour la collecte en mer, à partager entre toutes les Antilles et la Guyane.

Pas d’annonce forte donc, ce qui a déçu les décideurs locaux.

 

Si les échouages sont récurrents depuis 2011, les connaissances scientifiques manquent cruellement pour définir une véritable stratégie de gestion des algues brunes. Concernant la collecte, il est admis qu’elle doit être faite dans les 48 heures après l’échouage. Plus on attend, plus les sargasses sèchent, et plus elles dégagent des émanations toxiques pour les populations. Pelles mécaniques, barrages, bateaux de collecte : les collectivités locales expérimentent timidement des solutions, sans que l’une s’impose aux autres. Saint-François a fait l’acquisition d’un barrage flottant, le Gosier a choisi le bateau Sargator…

 

Reste à savoir ce qu’on fait des algues, une fois ramassées. Le compost ou l’engrais restent suspects tant que la non-nocivité pour les sols n’est pas prouvée. L’incinération est complexe, les sargasses charriant du sable et de l’eau de mer, et promet d’être très coûteuse : encore faut-il disposer d’usines capables de brûler ces algues. Dans les allées du salon, beaucoup parient sur la gazéification, autrement dit la fabrication d’énergie grâce aux gaz dégagés par les algues, ou encore la fabrication de charbon actif. Mais là aussi, les applications peinent à s’implanter. Pour cause : on entend encore tout et son contraire sur la composition des algues. Certains parlent d’arsenic, d’ammoniac, d’autres d’hydrogène sulfuré, de mercure...

 

La science avant les “Géo Trouvetout”

Jeudi, déception sur de nombreux stands de la Sarg’Expo : les douze lauréats d’un appel à projets à 8,5 millions d’euros lancé par la Région Guadeloupe, ont été révélés. Seuls des projets de recherche et d’études ont été primés. « Les invasions de sargasses ont été l’occasion pour tous les Géo Trouvetout de venir présenter leurs idées, sauf que toutes les bonnes volontés du monde ne remplaceront pas la science », a cinglé Sylvie Gustave Dit-Duflo, vice-présidente de la région Guadeloupe.

 

Le sentiment général à l’issue de la Conférence internationale est que tout reste à faire sur la question des sargasses, à commencer par la recherche : on ne sait même pas avec certitude d’où proviennent ces algues...


JSB 1348



Photo > La réussite de la Conférence internationale sur les sargasses réside dans la présence de nombreuses nations. La Guadeloupe prend la tête de cette lutte qui concerne tout le bassin caribéen. Ici, le représentant du gouvernement brésilien s’est engagé à une coopération étroite avec les îles, alors que l’agriculture du Brésil est soupçonnée d’être à l’origine de la prolifération des algues.  


Journal de Saint-Barth N°1348 du 31/10/2019

Sarg'expo
Brigantin et Piteå Day
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