Sébastien Gréaux promu directeur de la réserve

Pas de rupture à l’Agence territoriale de l’environnement : agent de la réserve naturelle depuis 2013, le Saint-Barth Sébastien Gréaux devient le directeur d’un organisme qu’il connaît déjà par cœur. Il succède à Olivier Raynaud, qui s’en va après trois années de travail sur l’île.

 

Pour ceux qui ne vous connaissent pas déjà, pouvez-vous résumer votre parcours ?

Je travaille au sein de l’Agence territoriale de l’environnement depuis décembre 2013. Avant cela, j’ai vécu huit ans à Nantes où j’ai fait mes études, un master en cartographie et bioproduction marine. Ensuite, j’ai travaillé cinq ans en Martinique, à l’Ifremer, et en tant qu’autoentrepreneur en parallèle, notamment pour le Carbet des sciences.

 

Pouvez-vous rappeler quelles sont les prérogatives de l’ATE ?

Il y a tout ce qui est suivi écologique et acquisition de connaissances. Toutes les données récoltées servent à tirer la sonnette d’alarme quand quelque chose ne va pas. Cela sous-entend qu’il faut mettre en place quelque chose, un aménagement ou une réglementation.

Après, il y a la maîtrise des contraintes anthropiques et naturelles, notamment la surveillance et la gestion des espèces exotiques et envahissantes, la valorisation des énergies propres… En fait, tout ce qui peut être fait pour réduire l’impact humain sur l’environnement. La création de la réserve naturelle en fait partie.

La délivrance d’autorisations pour les défrichements occupe énormément du temps des deux agents qui s’en chargent, Karl Questel et Jonas Hochart, qui reçoivent beaucoup de demandes. La gestion de la ressource marine est aussi un vaste volet, notamment parce qu’on touche à la pêche professionnelle. Et la zone à surveiller est très étendue, jusqu’à 40 milles de nos côtes. Enfin, il y a une partie éducation et sensibilisation à l’environnement.

 

Avec un effectif de sept agents, êtes vous assez nombreux pour mener à bien toutes ces missions toute l’année ?

On n’est pas les seuls à être assermentés, la police et les gendarmes ont également des prérogatives liées à la protection de l’environnement. C’est sûr que ce serait un plus d’être plus nombreux. Mais je pense aussi que nous devrions travailler davantage avec les services de l’Etat. C’est ce qu’on a commencé à mettre en place.

 

Quels sont les dossiers en cours que vous récupérez en tant que directeur ?

Il y a certains dossiers pour lesquels on a les choses en main et on peut avancer tout de suite, et d’autres, non.

Par exemple, pour les cabris, on attend que soit publié le décret qui officialisera la création d’un établissement d’élevage. Là, c’est indépendant de nous.

Pour le dossier requins (JSB n°1295, ndlr), le documentaire sortira très prochainement, et on est en passe de définir un certain nombre d’actions, que l’on validera collégialement avec les pêcheurs, les clubs de plongée, etc. Ce projet se conclura d’ici la fin de l’année.

La Collectivité a lancé une étude de diagnostic sur les étangs et les baies de Grand et Petit-Cul-de-Sac, ainsi que Marigot. La dégradation des zones côtières n’est pas uniquement située là, mais cette étude nous donnera des pistes applicables sur toute l’île. J’en attends beaucoup. 

Il y a également la poursuite du travail sur l’Aire marine éducative, mené par Cécile Berton. La classe de CM1 qui reprend le flambeau cette année va mettre en place une réglementation aux Petits Saints, en lien avec tous les acteurs de la mer.

Karl Questel se rendra bientôt en Guadeloupe pour présenter tout ce qui est fait localement pour la protection des iguanes, notamment l’association avec Anguille. Jonas Hochart vient de boucler la réalisation d’un support de communication pour relancer l’aide à l’installation de panneaux et chauffe-eau solaires, pour lesquels l’ATE accorde des aides. Le marché pour le remplacement du balisage de la réserve a aussi été lancé. Bref, cela fait beaucoup de choses d’ici la fin de l’année !

 

Il y a également le Code de l’environnement, qui est en cours de réécriture…

On se rend compte au jour de jour que la réalité ne correspond pas toujours à ce qui est inscrit dans la réglementation. On fait remonter toutes nos observations au cabinet en charge du nouveau code.

 

L’ATE aura aussi une place centrale lors des Assises de l’environnement, en décembre.

Nous avons participé à un comité de pilotage la semaine dernière. Le planning a été validé, et l’ATE aura un rôle important, notamment lors de la journée sur le maintien de la biodiversité.

Plus généralement, on sera présent sur toutes les thématiques.

Il faut vraiment que les gens participent aux Assises, car ce n’est pas une équipe de sept personnes qui pourra, seule, apporter une réponse aux problèmes environnementaux de Saint-Barthélemy. Cet événement est vraiment l’occasion pour chacun de s’exprimer. Ceux qui vivent ici toute l’année, l’environnement à Saint-Barth, ils le voient tous les jours dès qu’ils ouvrent leur porte. C’est important qu’ils apportent leurs idées.

 

Micheline Jacques a annoncé qu’un important volet des Assises serait consacré aux déchets. Est-ce une problématique sur laquelle vous travaillez ?

Cécile Berton, chargée de l’éducation et sensibilisation à l’environnement à l’ATE, travaille de façon étroite avec Tiru sur le sujet. Différents projets sont justement en cours, Tiru se montre actif sur la question. Et plus globalement, nous sommes ouverts à tous les partenariats de ce type.

 

La création récente d’un comité de la pêche va-t-elle faire évoluer la réglementation en la matière ?

C’est sûr. Un texte de 70 articles ne peut pas être parfait dès le premier jet, ou alors on serait vraiment très forts… Les pêcheurs nous ont sollicité, nous avons nous aussi constaté des lacunes… Tout texte doit évoluer pour rester fidèle à la réalité. On attendait l’arrivée d’un interlocuteur unique, car avec deux associations qui ne disaient pas toujours la même chose, c’était difficile d’avancer.

 

Comment allez vous gérer les inimitiés persistantes entre les différents acteurs de l’environnement à Saint-Barth ?

On a une grande chance, pour un si petit territoire, d’avoir autant d’associations qui oeuvrent pour l’environnement. C’est à nous d’en faire un atout, et de mettre les petites rancoeurs de côté.

 

La transition entre Olivier Raynaud et vous-même provoquera-t-elle un quelconque changement d'orientation  dans le travail de l’ATE ?

Pas vraiment, non. Olivier a énormément apporté à l’agence, tous ceux qui ont travaillé avec lui connaissent son implication. Grâce à lui, on va notamment pouvoir avancer sur beaucoup de choses au niveau de la réglementation. Ce qui permettra ensuite de lancer de nouveaux projets.

 

Selon vous, dans cinq ou dix ans, quelle problématique devrait à tout prix être “réglée” pour l’île ?

Il faudrait vraiment que l’on ait trouvé une solution à la question des cabris. Leur impact n’est pas limité à la végétation, il est catastrophique pour le milieu marin. Et selon moi, la seconde urgence, ce sont les chats. Je pense notamment à la couleuvre, qui n’existe plus que sur deux îles dont Saint-Barthélemy. Cela nous confère une responsabilité mondiale de préserver cette espèce. C’est comme les iguanes, qui disparaissent peu à peu d’une île à l’autre.

 


JSB 1298