Sargasses : « Nos territoires sont menacés d’une lente asphyxie », prévient Bruno Magras


Le président de la Collectivité a fait part de son inquiétude lors d’un séminaire régional sur les sargasses, en Martinique, la semaine dernière. La barre du million d’euros dépensé en ramassage est déjà franchie pour 2018, alors que les chercheurs commencent juste à se pencher sur la question.

 

Les élus de la Martinique, de la Guadeloupe, de Saint-Martin et d’autres îles sont unanimes : contre les sargasses, il faut faire davantage que traiter l’urgence. Ils ont tenu un séminaire sur la question début octobre, au palais des congrès Madiana à Schoelcher en Martinique.

Le président de la Collectivité de Saint-Barthélemy, Bruno Magras, a pris la parole pour expliquer les processus mis en place sur notre île, et sa vision des choses pour l’avenir. Vision assez pessimiste (ou réaliste). « A moyen et long terme, si aucune solution viable n’est trouvée, et que le phénomène se maintient ou pire, s’aggrave, nos territoires sont tout simplement menacés d’une lente asphyxie économique, financière, environnementale et sanitaire », prédit-il, illustrant son propos par ces chiffres : « A Saint-Barth, entre le 1er janvier 2018 et le 31 août de la même année, nous avons ramassé plus de 8.500 tonnes de sargasses, pour un coût total de 1.043.000 euros. Nous avions dépensé la même somme en 2017, sur l’année entière. »

 

Bonne mais onéreuse stratégie

La stratégie adoptée à Saint-Barthélemy semble pour l’instant la plus adaptée au niveau caribéen : ramasser les algues chaque matin, le plus tôt possible, sur les plages les plus fréquentées (Saint-Jean, Lorient, Flamands, Saline, Gouverneur, Grand Galet (Shell Beach), Public).

 

« Outre le risque sanitaire, l’enjeu touristique impose de préserver notre fond de commerce. Les touristes veulent des plages immaculées lorsqu’ils s’y rendent tôt le matin. Le ramassage précoce permet aussi de limiter le mélange de sable dans les algues », détaille le président Magras. « Pour atteindre cet objectif nous avons revu tous nos marchés d’entretien des plages. Sur les sept plages les plus fréquentées, c’est le même prestataire qui est chargé à la fois de l’entretien des plages, même sans sargasse d’ailleurs, et des enlèvements exceptionnels en cas d’arrivée massive d’algues. Il opère dès 5 heures du matin. Avec ce système le prestataire a une visibilité et un volume d’activité suffisants pour investir sur du matériel performant, de sa propre initiative. L’acquisition récente d’une cribleuse dameuse est un franc succès pour opérer rapidement sur les plages qui s’y prêtent. Nous estimons la proportion de sable à moins de 2% du total ramassé. Les plages n’ont pas été abîmées. »


Taxe sargasses : « Nous y réfléchissons »

Si le processus est efficace pour gérer la crise, il est aussi très onéreux, et ne constitue pas une solution sur laquelle compter à long terme. Bruno Magras avait évoqué la mise en place d’une mesure fiscale pour le ramassage des algues, lors de son allocution du 24 août.

 

Il a de nouveau soulevé cette idée lors du séminaire martiniquais : « L’inconvénient de ce système permanent de ramassage est évidemment son coût qui ne cesse d’augmenter. La tendance haussière et le niveau atteint nous obligent à envisager différentes hypothèses. Créer une « taxe sargasses » pour financer le dispositif, nous y réfléchissons. Réduire la fréquence et la qualité du ramassage, ou perfectionner encore les techniques de ramassage pour réduire les coûts à la tonne ou à l’heure… » Suggestions qui ne restent pour l’instant des pistes à étudier.

 

En attendant, Bruno Magras a souligné que si la Collectivité avait pris en charge intégralement le problème des sargasses sur son territoire, il attendait des réponses de l’Etat français sur différents points : la recherche, en premier lieu, sur l’origine et la composition de ces algues.

Une fois les sargasses ramassées, elles sont entreposées sur le grand terrain de Saint-Jean, derrière le parking du supermarché. « J’attends de l’Etat et de ses opérateurs comme l’Ademe (*) qu’ils nous apportent des réponses claires sur la toxicité des sargasses, les solutions de valorisation et d’élimination, et enfin les causes de cette prolifération. Le phénomène existe depuis plus de cinq ans et à ma connaissance nous n’avons pas de réponse sur des questions assez simples, comme la présence de métaux lourds à des taux dangereux pour la santé, ou la possibilité de faire du compost », s’étonne le président. « Pris séparément, nos territoires ne peuvent pas accepter le risque de l’expérimentation. C’est à l’Etat, en collaboration le cas échéant avec d’autres Etats de la Caraïbe, de mettre en commun les connaissances et de valider ce qui marche ou pas, en fonction des retours d’expérience. » Le poids de l’Etat français sera aussi nécessaire en cas de discussion avec les pays dont les algues proviendraient.

 

Le CNRS et l’université des Antilles au travail

Le gouvernement actuel avait reconnu, par la voix de Nicolas Hulot, ex-ministre de la Transition écologique, puis d’Annick Girardin, ministre des Outre-mer, avoir sous-estimé la crise et pris du retard dans la réponse à y apporter.

Lors de son déplacement aux Antilles, le président Emmanuel Macron n’a pas fait de nouvelle annonce, mais a détaillé le « plan sargasses » de plusieurs millions d’euros que Nicolas Hulot était venu défendre en Guadeloupe.

L’Ademe, missionnée par ce dernier pour effectuer une étude sur les algues brunes, vient de valider le financement d’une étude conjointe du CNRS et de l’université des Antilles, qui devrait durer 18 mois. En attendant, les initiatives individuelles pour valoriser les sargasses se multiplient, sans réellement convaincre pour une application à grande échelle, et au vu du manque de données sur la toxicité des algues. La Guadeloupe attend beaucoup de ses “aspirateurs à sargasses”, machine amphibie nommée Algaclean, pour laquelle Emmanuel Macron a annoncé un co-financement à hauteur de 500.000 euros annuels. La Collectivité de Saint-Barth suivra les résultats de cet équipement, comme des autres qui ont été testés jusqu’ici, dans l’attente d’une solution dont l’efficacité serait prouvée.

Les autorités locales de la Caraïbe espèrent toutes que des résultats d’études officielles seront prochainement publiés. « La phase d’endiguement dans laquelle nous sommes n’est pas tenable longtemps. Et nous ne réussirons qu’à la condition de trouver les moyens de transformer cette plaie en ressources », a conclu Bruno Magras au séminaire.

 

(*) Ademe : Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie.


JSB 1298






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