La start-up Sargasse Project crée de la pâte à papier à partir des sargasses échouées.

Sargasse Project se développe

Fondée en 2019, la start-up Sargasse Project crée de la pâte à papier à partir des sargasses échouées. Le brevet vient d’être déposé et déjà, des industriels s’y intéressent.

 

Les sargasses qui s’échouent sur nos plages seront-elles bientôt transformées en barquettes dans les fast food, en gobelets ou en meubles urbains ? C’est en tout cas ce qu’espèrent les trois membres fondateurs de Sargasse Project, qui ont développé une pâte à papier à partir de cette algue brune invasive et toxique. Récemment, ils ont rencontré des entreprises prêtes à l’acheter pour la transformer. « L’intérêt pour les industriels qui font appel à nous c’est que c’est biodégradable et qu’on ne rajoute rien, c’est juste de l’algue », explique Pierre-Antoine Guibout, fondateur du projet.

Celui qui a créé cette pâte à papier seul, sans formation scientifique –« j’ai fait mon petit chimiste chez moi », s’est aperçu qu’une fois compactée, sa « mixture » devenait ultra-résistante… D’où l’idée d’en faire des meubles d’extérieur, ce que lui a proposé une entreprise spécialisée.

« A chaque fois que je fais un déplacement en métropole, le projet s’accélère », explique celui qui vit à Saint-Barth et a eu l’idée de valoriser les sargasses en voyant la mer et les plages se dégrader à force d’échouements.  

 

Bientôt en Guadeloupe ?
Pour la petite entreprise, il est hors de question de créer une ligne de production tant qu’elle ne recevra pas de lettre d’intention d’achat. Mais Pierre-Antoine Guibout se prépare. Le mois prochain, il doit se rendre à Petit-Bourg, en Guadeloupe, où pourrait être installée la première ligne de production de sa pâte à papier. Confrontée à un échouage massif de sargasses, la commune pourrait aussi bénéficier des emplois créés par l’atelier de fabrication. Sargasse Project espère voir naître la fabrique dès la fin 2021 et, à terme, développer des unités de production dans toutes les zones confrontées aux sargasses (Martinique, Saint-Martin, Mexique, Congo, Etats-Unis ou Saint-Martin).

« Pour que le projet soit économiquement viable, il faut transformer la pâte au plus près des zones d’échouement, précise Pierre-Antoine Guibout. On travaille l’algue soit sèche, soit fraîche. Quand elle est fraîche il n’y pas de gaz parce qu’elle n’a pas eu le temps de dégazer et quand elle est sèche elle a déjà dégazé. Pour nous, donc, la meilleure valorisation possible c’est de la transformer immédiatement, quand elle est fraîche ».

La sargasse est considérée comme « fraîche » jusqu’à seulement trois jours après son arrivée sur nos plages. Dans le projet porté par Pierre-Antoine Guibout, les sargasses sont ramassées le plus vite possible et desséchées immédiatement, avec une méthode qui les empêche de dégazer. Les sargasses plus anciennes seront aussi ramassées pour éviter qu’elles n’entrent en décomposition. Ces deux types d’algues, fraîches et sèches, seront transformés en pâte à papier.

« Pour la fabrique totale, avec stockage de sargasses sèches pour transformer en continu, eau et stockage du produit fini, il faut compter 1600 m2. 40mx40m pour transformer 2500 tonnes de sargasses par an, ce qui est très raisonnable », insiste Pierre-Antoine Guibout.  

 

Traiter au plus près des plages
Les réflexions techniques, c’est Marc Jaffres qui les mène. Professeur en sciences et technologie installé à Saint-Martin, il réfléchit au montage de la première ligne de production dans le cadre de son cursus d’agrégation.
« En étant à Saint-Barth, on est confrontés à une double insularité », explique Pierre-Antoine Guibout. Alors, pour développer son idée, il multiplie les prises de contact et les réseaux ailleurs. La start-up vient à ce titre d’intégrer l’incubateur ZE BOX, en Guadeloupe.

Le projet se développe et séduit au-delà de ses frontières, tant et si bien que récemment la société a reçu une offre de rachat de son brevet et de sa marque pour 1,7 millions d’euros. « Non », ont répondu les fondateurs qui, bien que flattés, veulent le mener Sargasse Project à terme.


Invasion de sargasses
Les sargasses sont des algues brunes qui se développent depuis 2011 sur les littoraux des Caraïbes. En séchant, elles dégagent de l'hydrogène sulfuré et de l'ammoniac, qui peuvent provoquer maux de tête, nausées et vomissements. A partir d'un certain niveau de concentration, la sargasse attaque aussi les métaux et abîment voitures, motos ou ordinateurs. Sur les plages de Saint-Barthélemy, 9200 tonnes de sargasses ont été ramassées en 2019.

 

Journal de Saint-Barth N°1408 du 28/01/2021

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