Saint-Barth riche de ses requins

Le projet d’étude des requins et raies de Saint-Barth touche à sa fin. Premières conclusions du travail réalisé par Océane Beaufort, spécialiste missionnée par l’Agence territoriale de l’environnement.

Les eaux de Saint-Barth sont peuplées de requins, davantage que celles des grandes Antilles. C’est la première conclusion du travail d’Océane Beaufort, spécialiste des requins et raies au sein de l’association Kap Natirel. Elle a été missionnée par l’Agence territoriale de l’environnement de Saint-Barthélemy dans le cadre du projet Best of sharks and rays, financé par l’Europe.

 

La dernière mission de terrain d’Océane Beaufort s’est terminée la semaine dernière. Il s’agissait, pour dresser un état des lieux de la présence des raies et requins à Saint-Barth, d’immerger des caméras. Des coulirous ou sardines placés dans des cages au pied des objectifs, qui restent 1 h 30 sous l’eau dans les zones côtières ou récifales, permettent d’attirer les prédateurs qui se trouvent dans le secteur proche. « L’analyse n’est pas encore finalisée, mais on peut déjà constater qu’on voit beaucoup plus de requins ici qu’en Guadeloupe et en Martinique », indique Océane Beaufort. « Sur cent caméras, on a 20% de présence dans ces îles, contre 80% à Saint-Barthélemy ! C’est proche de ce que l’on observe aux Bahamas. Et plus globalement, on voit une belle diversité d’espèces. » Car les appâts attirent également les mérous, tortues, barracudas…

 

L’expérience des pêcheurs précieuse

« Le but premier est l’amélioration des connaissances sur les requins et les raies autour de l’île (espèces, tailles, femelles ou mâles, gestantes et juvéniles, zones de prédilection, etc.) », poursuit la jeune scientifique. « Ensuite, il y a un vaste volet de concertation avec tous les acteurs de la mer. » Ainsi, les pêcheurs ont été sollicités. Eux qui naviguent toute l’année, au large, et pêchent en eaux profondes, sont les premiers observateurs des habitants marins. « On a déjà interrogé une dizaine de pêcheurs de Saint-Barth, qui nous ont permis de valider la présence du requin renard, du requin baleine… Grâce à des descriptions, des photos, ou des mâchoires. Ils peuvent aussi nous dire s’ils en capturent plus ou moins qu’avant. » Autre source d’information privilégiée, les plongeurs.

 

Cette récolte d’informations permet à Océane Beaufort d’affirmer la présence permanente « d’au moins huit espèces de requins et raies à Saint-Barthélemy. Contre trois en Guadeloupe, à titre d’exemple. C’est énorme. » Les voici : requin nourrice, requin des Caraïbes, requin nez noir, chien blanc, requin tigre, requin bordé, requin citron, et les raies léopard et pastenague. « La nourrice et la raie léopard sont des espèces protégées. Et elles ont un gros intérêt pour l’économie touristique, car elles sont très recherchées pour la plongée bouteille. »

 

Les préserver et en faire un atout

Une fois toutes les données analysées, l’objectif du projet Best of sharks and rays St Barth est de trouver des moyens de protéger les requins et raies qui peuplent nos eaux. Ce travail sera réalisé en concertation avec les pêcheurs professionnels et amateurs, et les clubs de plongée de l’île. L’idée est également de discuter avec nos voisins (Sint-Maarten, Saba, et d’autres îles) pour échanger les connaissances : quelles mesures de préservation ont-ils prises, fonctionnent-elles ?

Des ateliers réunissant tous les acteurs de la mer seront organisés au mois de novembre.

Quelles menaces pèsent sur les requins à Saint-Barthélemy ? « La dégradation des habitats côtiers, et du milieu marin en général, est la menace principale. La pêche vient après, contrairement à d’autres îles », explique Océane Beaufort. « La réglementation de la pêche, notamment l’interdiction des filets, est déjà un pas énorme dans la protection du milieu marin, et vers la pêche durable, qui est l’avenir. » Reste la question des nasses des pêcheurs, qui remontent parfois des requins nourrices, et voient leur matériel très endommagé. « On peut largement améliorer cela sans impact concret sur l’activité des pêcheurs, en modifiant les engins de pêche », assure la spécialiste. Les marins économiseront du temps et de l’argent sur la réparation des nasses, les requins nourrices bénéficieront d’une menace directe en moins : c’est gagnant-gagnant. Les ateliers viseront à faire des propositions qui mettent tout le monde d’accord pour améliorer les relations entre l’homme et le requin.

Les ateliers seront aussi l’occasion de parler des raies et requins comme d’un atout économique : « Il serait intéressant de réfléchir à la façon de développer un tourisme durable, comme cela se fait aux Bahamas, autour de ces espèces. Un tel tourisme doit être encadré pour préserver les requins. »

Avant ces discussions, il faudra terminer l’analyse des 400 enregistrements de 1h30 réalisés à Saint-Barthélemy. Et à partir de-là, identifier les espèces, dresser une « carte de l’abondance et de la diversité, en comparant la présence des requins selon les zones de pêche ou de tourisme, les secteurs aux récifs dégradés ou non… » Le tout devrait être terminé d’ici la fin de l’année. Ce projet d’observation et de concertation entre tous les acteurs de la mer, ainsi que la valorisation des connaissances de ces derniers, est « une première dans les Antilles françaises », souligne Océane Beaufort, enthousiaste.

  

> Pêcheurs, plongeurs, si vous observez un requin autre que nourrice ou requin des Caraïbes, n’hésitez pas à transmettre l’information à l’Agence territoriale de l’environnement, si possible avec une photo.

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Un documentaire, des interventions à l’école et une conférence publique

Le projet Best of sharks and rays de Saint-Barth et les missions de terrain réalisées par Océane Beaufort et l’ATE font l’objet d’un documentaire tourné par Franck Decluzet, qui sera diffusé prochainement. Il sera également projeté dans un colloque international sur la pêche, qui se tiendra en Colombie en novembre, « pour montrer que les choses évoluent dans les Antilles françaises », commente Océane Beaufort.

Par ailleurs, elle est intervenue dans les écoles de notre île pour parler aux enfants des requins et raies, et l’importance de les préserver.

Enfin, après les ateliers de travail entre l’ATE, les pêcheurs, les clubs de plongée et les pêcheurs de plaisance qui se tiendront en novembre, un événement sera organisé à Saint-Barth pour présenter tout ce travail au grand public. Au moins une conférence, peut-être une exposition, cela reste à définir.

 

JSB 1295







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