Les plongeurs et apnéistes ont extrait de la mer de quoi remplir six bennes de camions. ©Coral Restoration

Plus de 100 personnes pour débarrasser Gustavia de ses déchets

Qui aurait cru qu’il y avait tant de déchets à Gustavia ? Samedi 6 février, en quatre heures, la centaine de bénévoles du « Big Clean Up » de Gustavia organisé par les associations environnementales de l’île (JSB1409), ont ramassé de quoi remplir neuf camions bennes.

 

Le rendez-vous est donné à 8 heures à la Capitainerie. C’est Ernest Brin, le directeur du port, qui a donné les consignes aux apnéistes et plongeurs qui s’apprêtaient à nettoyer la rade. « C’est une zone portuaire, on ne peut pas faire n’importe quoi, prévient-il. Il faut un surveillant par groupe de trois plongeurs. Restez groupés car le port ne s’arrête pas de travailler. On prévoit quatre départs ce matin. Il faut aussi se méfier des annexes qui circulent rapidement entre les navires. Attention aux bouées et aux bouts. »

 

Juste à côté, Marie-Angèle Aubin, présidente de l’Agence territoriale de l’environnement (ATE) donne les recommandations pour les groupes à terre : se répartir par petits groupes, trier les déchets avant de les amener à la décharge. Les volontaires sont les membres des associations habituées au ramassage des déchets, mais pas seulement.

Accompagnés de leurs enfants, un groupe de parents prend la direction des écoles avec un double objectif : remplir les sacs d’ordures et sensibiliser leurs têtes blondes à la question environnementale.

L’école de rugby, qui devait se rendre à Saint-Martin ce jour-là, n’a pas pu y aller en raison des mesures sanitaires. Ses équipes sont presque au complet pour nettoyer la ville.  En partant du Centre médico-social direction Gustavia, les adultes et les enfants du club ramassent tous les déchets qui jonchent les rebords de la route. Il y en a tant qu’ils doivent demander au camion des associations de venir chercher leurs sacs. Quand on leur demande ce qu’ils en ont pensé de leur matinée, les plus jeunes rugbymen déclarent d’une seule voix : « C’était trop bien !!! » Ah bon ?! « Oui, répond l’un des petits. On trouve des trucs auxquels on s’attendait pas, on a ramassé trois bouteilles de champagnes [vides, ndlr], un crâne de chat et cinq euros ». Ça, c’est plutôt l’exception. Car d’après les participants, ce qu’on trouve en majorité c’est des mégots, beaucoup, beaucoup de mégots, qui pourront mettre plus d’une dizaine d’années à se décomposer, répandant leurs substances nocives dans la nature.

 

En reportage parmi les ramasseurs, difficile pour le Journal de Saint-Barth de ne pas participer. Notre équipe se dirige vers l’entrée de la ville, au niveau des rochers. Des mégots, encore des mégots. Cachés parmi les feuilles, coincés dans la roche, fraîchement jetés ou en décomposition relative. On a le sentiment, sans doute justifié, qu’on n’en viendra jamais à bout. Et puis il y a les gros déchets, ramenés là par la mer. Des bouées, des filets, des câbles électriques, de la tuyauterie ou des débris de bateau. On oscille entre la satisfaction d’avoir fait une belle prise, utile, et la frustration de voir le plastique ou le polystyrène se désagréger entre nos mains. On crée malgré nous de nouveaux résidus qui à force deviendront invisibles, sans pour autant cesser d’exister. En 1h30 nous avons récolté plus de dix kilos de déchets. Nous ne sommes pas les seuls à avoir ramassé autant en si peu de temps : dès 9h30 un camion plein s’apprête à partir à la déchetterie. Du côté de l’hôpital, une pile importante de résidus collectés s’amoncellent, il y a même deux mâts de lampadaire.

 

Du quai, on voit les apnéistes des associations Apnea et Coral Restoration extraire de la mer un imposant morceau de bois d’au moins deux mètres de long, lesté par l’eau et le sable dont il est rempli. Ils s’y prennent en plusieurs fois, entourent le débris de bouées pour s’aider. A bord de non petit bateau à moteur, Guillaume récupère les débris : « la visibilité est mauvaise et parfois, entre le sable et la vase qu’on soulève avec les déchets, c’est encore plus difficile de voir quelque chose. »

 

En tout, trois bateaux et deux kayaks avec à leur bord 24 apnéistes et cinq plongeurs bouteille ont sillonné les zones des Petits Saints, de la zone portuaire et la partie marine entre Public et Corossol. Les équipes en mer ont ramassé de quoi remplir six camions sur les neufs envoyés à la déchetterie.

 

D’après Fred Questel, directeur de Ouanalao Environnement, qui a traité gratuitement les déchets, on peut estimer que la benne de chaque véhicule transportait environ 300 kg de déchets.

« L’opération s’est terminée à midi mais il y avait tellement de choses à ramasser qu’on aurait pu continuer comme ça toute la journée », conclut un participant.

Journal de Saint-Barth N°1410 du 11/02/2021

Le tourisme dans l'attente
Clean Up Gustavia
Fréquentation du port en 2020