Photos ©ATE

Megaptera construit une opération sur les déchets marins issus de la pêche

L’association Megaptera a reçu une dotation du ministère de la Transition écologique et solidaire pour un projet autour des déchets marins et leur impact sur les cétacés à Saint-Barthélemy et Saint-Martin. Les objets dérivants issus des DCP des pêcheurs sont particulièrement ciblés.

 

L’appel à projets a été lancé par le ministère de la Transition écologique : « Ils souhaitaient, dans les outre-mer, diminuer la présence et l’impact des engins de pêche fantômes », résume Michel Vély, président de l’association Megaptera, et membre, à ce titre, du conseil d’administration de l’Agence Territoriale de l’Environnement. « L’objet de Megaptera est l’observation, la connaissance et la protection des mammifères marins », rappelle-t-il. « Donc on a monté un projet sur l’impact des déchets en général, et en particulier les engins de pêche ».

A Saint-Barthélemy, il s’agit des casiers et surtout des DCP (dispositif de concentration de poisson). Une fois perdus en mer (après une casse, un oubli, un cyclone ou au fil du temps), ces déchets deviennent des pièges pour les habitants des océans. « On a vu des images de cétacés enchevêtrés dans des filets, mais cela touche surtout les tortues marines. On s’est aussi rendu compte au fil des échouages de cachalot qu’ils ingéraient beaucoup de plastique. »

 

Une cartographie des objets dérivants
Alors que faire ? « L’idée n’est pas forcément d’aller récupérer ces déchets, qui de toutes façons pèsent souvent plusieurs tonnes », explique Michel Vély. « Pour l’instant il s’agit de faire un état des lieux et identifier ceux avec qui on pourrait travailler là dessus, je pense à l’ATE, aux associations et aux marins-pêcheurs. » Et pourquoi pas, plus largement, les plaisanciers. Le but étant d’ouvrir l’œil lors des sorties en mer non-dédiées, voire d’embarquer un membre de Megaptera pour une sortie pêche, afin de réaliser une sorte de cartographie de ces déchets dérivants. « La Deal doit nous former sur la façon de rentrer ces données dans un logiciel dédié. » Les observations rejoindront une plateforme nationale intitulée “Zéro déchet sauvage”. Ce travail pourrait permettre de retracer les trajets privilégiés des déchets, au fil des courants marins.  « On a participé à des nettoyages de plages à Saint-Martin avec Clean SXM, et on a trouvé beaucoup de filets et de DCP ronds… On s’est demandés d’où ça pouvait venir. A Saint-Barth, Didier Laplace m’avait dit qu’il avait retrouvé des choses venues de l’Océan Indien ! »

Ensuite, l’idée est bien évidemment de réduire la production locale de ces déchets, et de réutiliser, pourquoi pas, ceux qui auront été collectés. Le projet comporte aussi un large volet de sensibilisation du public. « On ne va pas refaire le monde », admet Michel Vély. Qui rappelle que dans le cœur de Megaptera, et le sien, nagent des baleines. « Lors de la période d’observation des baleines, l’idée est de voir si celles qui viennent ici sont impactées, par exemple si elles portent des marques caractéristiques sur elles. » Dans nos eaux chaudes, les baleines viennent se reproduire et mettre bas. « Il y a peu de risque d’ingestion des déchets pour elles, cela concerne davantage les dauphins ou les cachalots. »

Chez nous, on a vu cette année plusieurs tristes exemples des déchets issus de la pêche dans leurs œuvres. En avril, l’ATE avait découvert coup sur coup une tortue morte à Corossol, emmaillotée dans un fil de pêche qu’un indélicat avait jeté à la mer ; et un jeune requin citron à Marigot, qui avait grandi avec une corde autour du corps, lui causant une énorme plaie.

 

Nettoyages de plage
Inlassablement, toute l’année, des amoureux de la nature s’échinent à nettoyer les plages et les fonds marins, individuellement ou lors d’actions collectives. L’an dernier le “Saint-Barth Clean Up”, qui avait réuni plus de 300 bénévoles, avait été étendu en mer avec l’aide de plusieurs clubs de plongée de l’île.

Ces derniers mois, l’association Coral Restoration a ratissé les plages de l’île et des îlets, ramassant à chaque fois des kilos et des kilos de déchets. En septembre à Marigot, les bénévoles avaient d’ailleurs trouvé un énorme filet de pêche, et aussi, chose fréquente, des éléments de DCP. En l’occurrence, il s’agissait de dizaines de bidons en plastique emballés dans un filet. Un assemblage qui arrive tout droit d’Afrique, selon Didier Laplace qui s’amuse, si l’on peut utiliser ce terme, à déterminer la provenance de ces objets divers et variés. Et la longue liste des pays identifiés prouve une chose : si l’on veut être vraiment efficace contre la pollution marine, il faudra une réponse globale, à l’échelle des continents. Et là, pour le coup, on aura bien besoin de refaire le monde…

Journal de Saint-Barth N°1403 du 23/12/2020

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