L’Europe finance la sauvegarde des mérous

Les mérous géants sont invisibles ou presque dans les îles du Nord, et la menace pèse sur les vieilles franches, ou mérous de Nassau. Saint-Martin a entamé un programme de 5 ans pour restaurer leurs populations, financé par lUnion européenne. A Saint-Barth, les deux espèces sont interdites de pêche.

 

Une spécialiste embauchée à plein temps et un financement européen pour restaurer les populations de mérous de Nassau et mérous géant : la réserve naturelle de Saint-Martin entame un travail d’ampleur sur cette famille emblématique de poissons, très appréciés pour leur chair.

A Saint-Barthélemy, ces deux poissons sont totalement interdits de pêche, qu’on soit en réserve naturelle ou non.

 

De mémoire de plongeur, on n’a pas vu de mérou géant (ou Epinephelus itajara ou jewfish) dans les eaux de l’île depuis plusieurs décennies. Cette espèce peut atteindre 2,50 mètres de long et peser plus de 400 kilos, l’un des plus gros poissons du monde. « L’espèce n’a plus été observée dans nos eaux depuis plus de 20 ans, mais il semblait pertinent de la protéger car elle l’est maintenant dans plusieurs zones de la Caraïbe. Il n’est pas impossible d’en revoir progressivement », explique Sébastien Gréaux, directeur de l’Agence territoriale de l’environnement de Saint-Barth. « Vu leur taille, ils sont très appréciés des pêcheurs (pêche sportive et chasse sous-marine). Les juvéniles de ces mérous sont très inféodés aux mangroves. La détérioration de ces habitats à l’échelle de la Caraïbe serait l’un des facteurs expliquant, avec la pêche, le déclin » de ces géants. A Saint-Martin, la réserve naturelle indique en avoir observé une fois tous les deux ou trois ans.

 

Vieille franche : - 60% en trente ans

Le mérou de Nassau ou vieille franche est elle aussi en danger critique d’extinction sur la liste rouge de l’UICN*, qui estime que sa population dans les Antilles a diminué de 60% ces trente dernières années. Pourtant, même les plongeurs les moins avertis de Saint-Barth en croisent souvent. « On en voit beaucoup dans nos eaux, mais il s’agit principalement de juvéniles et sub-adultes ; ces poissons sont matures au dessus de 50 ou 60 cm », indique Sébastien Gréaux. « Dans la Caraïbe, neuf sites de reproduction (sites d’agrégation) étaient connus pour cette espèce, il n’en resterait que deux de viables aujourd’hui. »

 

Le projet saint-martinois, intégré au programme européen Life Biodiv’om, durera cinq ans. Il débutera par une étude auprès des pêcheurs et consommateurs de ces espèces, ainsi que des missions observations et des pêches exploratoires : « Nous allons capturer des petites larves de poissons récifaux, pour pouvoir savoir à quel moment les larves, dont celles du mérous, colonisent nos milieux à Saint-Martin et en quelle quantité », explique Aude Berger, chargée de ces actions de conservation du mérou géant et de la vieille franche.

La réserve de Saint-Martin espère faire d’une pierre deux coups : en restaurant les populations de mérous, elle accentue la lutte contre les envahissants poissons lions. Dans le Pacifique, les premiers comptent parmi les rares prédateurs des néfastes rascasses. Cette théorie a-t-elle été vérifiée aux Antilles ? « Chiffrer l’“efficacité” des mérous pour lutter contre le poisson lion est difficile », admet Sébastien Gréaux.  « mais ces espèces ont été parmi les premières observées à en consommer vivants, et il est certains que dans les zones où étaient encore présents des grands prédateurs, l’invasion de poisson-lions s’est fait moins ressentir », assure Sébastien Gréaux.

 

Les actions entreprises sur l’île voisine peuvent-elles avoir à terme un effet dans nos eaux ? « A l’heure actuelle, il est difficile de dire si les populations de mérous sont communes entre Saint-Barth et Saint-Martin. Ces espèces sont récifales et a priori assez fidèles à une zone, mais elles se regroupent en très grand nombre sur des sites d’agrégation bien spécifiques, à l’instar d’autres familles comme les lutjanidés (vivaneaux, sardes...). Il est fort probablement que des mesures prises à Saint-Martin soient bénéfiques pour nos populations », déduit Sébastien Gréaux. En tout cas, elles ne pourront certainement pas être mauvaises et permettront d’approfondir les connaissances sur ces espèces.

 

A Saint-Barthélemy, les populations de mérous de Nassau souffrent certainement de la dégradation globale des récifs côtiers, mais restent préservées par l’interdiction totale de leur pêche. Plus largement, il existe dans nos eaux « vingt-quatre espèces appartenant à la famille des mérous (Serranidae), dont certaines font partie des espèces côtières les plus pêchées (grand-gueules rouges, grand-gueules noirs, grives et fins » principalement. D’autres sont atteintes de la ciguatera, donc impropres à la consommation : « vieille blanche, vieille varech, capitaine à ailes jaunes… » énumère Sébastien Gréaux, non sans rappeler que « toutes ces espèces ne peuvent pas être pêchées si elles font moins de 20 cm. »

 

(*) Union internationale pour la conservation de la nature.

Flickr CC Greg Grimes

JSB 1329






Journal de Saint-Barth N°1329 du 23/05/2019

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