Les baleines à bosse balisées

Photo © Steeve Ruillet

Fin mars, la mission Megara a posé des balises GPS sur six baleines à bosse dans les eaux de Saint-Barthélemy. Objectif : améliorer la connaissance sur ces mammifères marins.

 

Sur notre île, une seule personne est habilitée à taguer les baleines, pour les suivre par GPS et réaliser des biopsies. Steeve Ruillet, détenteur d’une autorisation spéciale d’activités autour des mammifères marins, fait le bilan de la mission Megara réalisée fin mars : six baleines ont été pourvues de balises et ont fait l’objet de prélèvements en vue des biopsies.

Les deux opérations sont réalisées en même temps, dans le cadre d’une procédure précise. « On effectue deux tirs simultanés pour provoquer le moins de dérangement possible pour les baleines. » Pour ce faire, les membres de la mission définissent une zone de recherche, puis repèrent les baleines en écoutant leur chant, pour les mâles, grâce à un hydrophone. Là, ils s’approchent au plus près (trois à cinq mètres, ce qui est interdit pour les plaisanciers, pour rappel), et tirent dans le gras de la bosse. « Elles ne ressentent pas de douleur, au pire un effet de surprise, parfois. L’éventuel harcèlement ne doit pas dépasser 15 minutes, en général il dure cinq minutes maximum », souligne Steeve Ruillet.

 

L’an dernier, aucune baleine n’avait pu être approchée à cause des mauvaises conditions de mer. Cette année, la mission Megara a beaucoup mieux fonctionné : sur sept balises GPS à disposition, six ont été installées. Un matériel précieux car chacune coûte 3.500 euros. Une fois en place, le succès n’est pas garanti : seules quatre balises émettent des signaux GPS.

En général, c’est le frottement de la baleine contre une de ses congénères, ou son petit, qui décroche l’appareil. S’il reste accroché, le corps de la baleine l’éjecte naturellement au bout de quelques semaines.

 

Cap au Nord

Sur les quatre mastodontes suivis, deux mères avec leurbaleineau, et deux solitaires dont Steeve Ruillet suppose qu’ils sont des mâles. « Deux partent en direction de l’Europe du Nord, une à Barbuda, et la dernière est au dessus de la Caroline du Nord. Elles ne prennent pas toutes le même chemin, c’est ce qui est intéressant. Cela tendrait à dire qu’il y a deux populations de baleines à bosses qui viennent aux Antilles, d’où l’intérêt des biopsies. » Le parcours connu de migration part de l’Europe du Nord, du Groënland et du Canada, où elles se nourrissent, pour arriver aux Antilles où elles se reproduisent et mettent bas en eaux chaudes. La mission Megara cherche à confirmer ou infirmer un soupçon : les populations de baleines du Cap Vert viennent-elles, elles aussi, aux Antilles ?

 

Outre les balises et les biopsies, dont les résultats seront connus ultérieurement, la mission Megara de cette année a produit une dizaine de films par drones, plus de 4 heures d’enregistrement sonore de qualité, et plus de mille photos. Un trésor car les baleines à bosse sont identifiables grâce aux motifs de leur nageoire caudale, unique à chaque spécimen. Les images pourront être comparées avec celles d’une base de données mondiale des baleines à bosses, afin d’en savoir plus sur cette espèce Ô combien symbolique, qui vient chaque année près de nos côtes, entre janvier et mai.

 

> En savoir plus : page Facebook “Megaptera suivez les baleines” ou www.megaptera.org.

 

_______________

Mission Megara

La mission Megara existe depuis 2014. Elle est le fruit d’une coopération entre Saint-Barthélemy, Anguilla, Saint-Martin et Sint-Maarten, orchestrée par l’ensemble des acteurs de l’environnement des trois îles : l’ATE, la réserve naturelle de Saint-Martin, la Nature foundation de Sint-Maarten, le Department of Fisheries d’Anguilla, l’association Megaptera basée à Saint-Martin, Mon école ma Baleine, le sanctuaire Agoa (qui finance l’opération) et l’Ommag (observatoire des mammifères marins de l’archipel Guadeloupe).

JSB 1325






Journal de Saint-Barth N°1325 du 25/04/2019

Régulation des cabris
Film Festival et West Indies
Européennes
Vitet privé d'eau