Lente dégradation des récifs coralliens de l’île

Les récifs coralliens de Saint-Barthélemy se dégradent lentement mais sûrement depuis 2002. Leur santé est toutefois moins mauvaise que dans d’autres secteurs de la Caraïbe, grâce à la réserve naturelle et à la réglementation de la pêche.

 

Vendredi dernier, la salle de la capitainerie a accueilli une conférence organisée par l’ATE, qui avait pour thème l’évolution à long terme des récifs coralliens antillais. Invité à s’exprimer, l’universitaire Claude Bouchon a dressé un constat réaliste de la situation sur l’île.

 

Le sujet a attiré de nombreux curieux. Pas moins d’une soixantaine de personnes sont venues écouter les analyses précises de Claude Bouchon, professeur en biologie marine, sur l’écosystème le plus riche au monde, à savoir les récifs coralliens.

Ses analyses et conclusions sont le fruit de son étude sur notre île depuis 2002, où un dispositif de suivi à l’îlet Coco et à Pain de Sucre permet de comparer l’évolution sous-marine entre deux zones dans et hors réserve naturelle.

 

L’étude démontre que nos récifs ont une couverture corallienne d’environ 25% ; ce qui est normal dans le contexte planétaire selon l’expert, qui incite tout de même à la prudence : « Nous avons observé en 2005 un blanchissement des coraux du au réchauffement de nos eaux, dont la température a dépassé 31 degrés d’août à décembre ; cela a entraîné une perte de 40% des coraux de la Caraïbe. Sur la cinquantaine d’espèces présentes à Saint-Barth, la moitié montre encore des signes de blanchissement. »

à Pain de Sucre, de plus en plus de coraux malades ne guérissent pas, bien que la couverture corallienne soit stable depuis dix-huit ans ; en revanche elle a tendance à diminuer à l’îlet Coco. L’épouse de Claude Bouchon, Yolande Bouchon, assure le suivi des populations des 144 espèces de poissons sur ces sites. Ses données attestent d’un « effet réserve » : si la quantité de poisson est stable à Coco et Pain de Sucre, sur le second site, les poissons sont plus gros puisque la pêche y est règlementée.

La biodiversité marine de Saint-Barthélemy a beau se porter mieux que celle des îles françaises voisines, un panel d’experts estime qu’à cette vitesse, une trentaine d’années suffirait à la disparition des coraux. « Il est primordial d’améliorer la qualité des eaux côtières pour éviter la mort des récifs coralliens », souligne Claude Bouchon. Cependant, le rapport 2019/2020 montre que la biodiversité est robuste : «Nous n’avons pas observé d’énorme dégâts dus à Irma.»

Quel rôle peut jouer la population locale pour préserver les coraux de l’île ? « Chacun d’entre nous doit jouer le jeu. Nous subissons les effets du changement climatique, à nous d’adopter les bons gestes pour préserver la biodiversité. » Les dernières plongées de suivi, réalisées la semaine dernière, ont confirmé un nouvel épisode de blanchissement des coraux en 2019. « C’est moins grave qu’en 2005, mais il faudra étudier ce qu’on va perdre dans la bataille. »

 

JSB 1359

Photo©ATE




Journal de Saint-Barth N°1359 du 23/01/2020

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