Le ramassage quotidien des sargasses suspendu

L’impact de la crise sanitaire sur les recettes de la Collectivité sera estimé à la fin du mois de juillet. En attendant, celle-ci a décidé de suspendre le coûteux ramassage des sargasses. Mesure d’économie, mais aussi par manque d’espace de stockage.

 

La saison des sargasses a commencé ; pour le moment à Saint-Barthélemy les échouages restent modérés. Il flotte néanmoins une odeur nauséabonde, certains jours, dans la partie Ouest de la plage de l’Anse des Cayes, ou encore à Colombier, alors que les algues brunes s’accumulent de l’autre côté de la baie.

Les années précédentes, la Collectivité avait instauré un système efficace de ramassage des sargasses : une société collectait les algues chaque matin sur les plages les plus fréquentées de l’île,  et une seconde était missionnée au coup par coup, selon le rythme des échouages. Un dispositif apprécié, mais onéreux : quasiment 1,5 million d’euros chaque année. De plus, si les plages gardent leur jolie physionomie, la difficulté réside dans le stockage de ces sargasses. Jusqu’à présent elles étaient entassées sur les terrains de Saint-Jean, près du supermarché U. L’an dernier, le magasin était encore à son ancienne place, au sein du centre commercial la Savane, un peu à l’écart de ce lieu de stockage ; aujourd’hui les clients qui se stationnent sur le parking disposent d’une vue plongeante sur les déchets et sargasses amassés là.
Alors cet été, pour le moment, la Collectivité a décidé de ne pas relancer le dispositif. D’abord pour une raison financière : la pandémie de Covid-19 aura un impact lourd sur les recettes de la Collectivité, qui cherche l’économie. « Il est évident que je ne peux pas fermer les yeux en anticipant sur les dépenses sans me soucier du niveau des recettes », explique Bruno Magras, président de la Collectivité. «Déposer les sargasses à proximité du Marché U et les laisser pourrir sur ce terrain génère d’autres difficultés. » On se souvient des coulures d’eau rougeâtre et malodorante sur le parking du centre commercial la Savane, l’an dernier, à chaque averse.
« Par conséquent, à moins qu’un vrai problème de santé publique me contraigne à accélérer le processus -ce qui aurait pour conséquence la remise en cause de certains projets, la décision de procéder au nettoyage de nos plages interviendra prochainement, et en tout cas avant la prochaine saison touristique », poursuit Bruno Magras. Qui n’écarte pas l’idée d’une hausse de la taxe de séjour ou des droits de quai, à l’avenir, pour financer ce ramassage. « Mais nous n’en sommes pas encore là. »

Selon le Président, de toute façon, il n’est pas si évident que le ramassage quotidien est la meilleure option contre les sargasses. « Plus on en ramasse plus il y en a qui s’échouent. Or, si nous ne les ramassons pas, celles qui sont déjà sur le rivage empêchent les autres de s’échouer. Elles noircissent sur l’eau et coulent, puis se détériorent et disparaissent. Le phénomène est courant à Petite Anse au lieu dit “l’anse Galet”, et c’était pareil à Marigot avant la mise en place du ramassage », assure-t-il. « Certes, l’eau devient noirâtre pendant quelques jours mais par la suite elle redevient totalement transparente. La nature fait son travail de recyclage. Le vrai problème auquel nous faisons face, relève du pourrissement des sargasses échouées qui dégagent des odeurs nauséabondes et des gaz toxiques. » Ces émissions néfastes compliquent le stockage de ces algues, qui doivent être conservées loin des habitations et du passage.

Au niveau régional, la Deal (Direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement) Guadeloupe observe les images satellites des radeaux de sargasses pour améliorer la prévision des échouages. Chaque semaine elle publie un bulletin ; le dernier, daté du 9 juillet, prévoit des échouages modérés pour ces jours-ci. « De nombreux radeaux au Nord et Nord-Est de Barbuda transitent dans un courant d’Est/Ouest relativement rapide. Quelques-uns peuvent  échouer sur les côtes des Îles du Nord », détaille l’organisme, qui calcule également les risques à plus long terme et livre une tendance pour les deux prochains mois : « Entre   La   Barbade   et   le   nord   du   Guyana,   les   détections  de   radeaux   sont   moins   importantes   et   laissent augurer d'une très légère accalmie dans les échouements, avant l'arrivée d'un large amas situé dans un gyre au nord du Suriname. Le réservoir de sargasses au large de la Guyane continue à être bien alimenté, même si certains bancs, pris dans le courant de rétroflexion retournent vers l’Afrique. »

 

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Le désarroi des riverains : « On ne voit pas d’issue »

«La première année était très dure. Maintenant, je ne vais pas dire qu’on s’habitue, mais au moins on s’y attend», témoigne une Saint-Barth qui réside tout près d’une plage fréquemment touchée par des échouages de sargasses. Depuis 5 ans maintenant, chaque année, les algues reviennent avec leur lot de mauvaises odeurs. Elle ressent régulièrement des maux de tête, des nausées, comme ses voisins. «Ça devient un problème de santé. »
Consciente qu’il n’y a pas de solution miracle, elle souligne les efforts de la Collectivité en matière de ramassage des sargasses. « Quand on les appelle, ils viennent, ils font ce qu’ils peuvent. Ils ne nous ont jamais laissé tomber. Je sais que c’est un budget, et que cette année ce sera compliqué », dit-elle. «Ceux qui nettoient ça, ils ont  les pieds dedans toute la journée… Parfois, le soir, tout est propre et il n’y a plus rien, et quand ils reviennent le lendemain matin, tout est à recommencer, les pauvres ! » Sentiment d’impuissance chez les habitants : « J’ai l’impression qu’on va garder ce phénomène à vie, que ça ne va jamais s’arrêter. Avec les gens du quartier, on s’inquiète. Encore plus pour ceux qui ont des maisons de location ; les visiteurs préféreront aller ailleurs. Dans tous les quartiers impactés comme le nôtre, on est catastrophés et on ne voit pas d’issue. »
Outre les désagréments olfactifs, sanitaires et paysagers, les habitants de ces rivages ne peuvent que constater les dégâts sur la biodiversité sous-marine. « Avant, il y a avait des burgos, des tortues, des langoustes. Aujourd’hui il n’y a plus rien, les coraux se meurent. Et puis il y a une quantité de déchets là-dedans ! Rien que la semaine dernière j’ai rempli trois sacs poubelle de bouteilles en plastique amenées par les algues. » Un désastre, mais les habitants de Saint-Barthélemy compatissent avec les îles alentours, encore plus impactées par les sargasses, et où certains littoraux, et des quartiers entiers avec eux, sont sinistrés.

Journal de Saint-Barth N°1384 du 15/07/2020

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