Le barrage, une option qui ne se suffit pas à elle-même

Demandée par beaucoup, l’installation d’un barrage anti-sargasse avait été envisagée à Marigot. Mais c’est plus compliqué et coûteux qu’il n’y paraît, car avec le barrage vient une nouvelle problématique de ramassage.

 

Plusieurs sociétés présentaient des barrages à la Sarg’expo. Rencontre avec trois entreprises, Cubisystem, Le Floch Dépollution et STMI.

La première est justement en train d’installer un barrage de 6.000 mètres linéaires au Robert. Son patron Philippe Veyrieres a adapté le procédé qu’il utilise, au départ, pour l’aquaculture. « Faire tenir un filet en mer, on sait le faire. Nous avons été réquisitionnés pour réaliser un barrage anti pollution lors du naufrage du Prestige, à Arcachon. On travaille maintenant sur les sargasses, avec de premiers essais réalisés en Martinique en 2015. » Le point fort de son système, son coût (250 euros le mètre linéaire) et un barrage facilement amovible en cas de cyclone ou de forte houle.

 

Solutions clés en main

Plus loin, Le Floch Dépollution travaille sur des barrages en mer depuis cinquante ans. La société présente son système, plus évolué que celui de Cubisystem. La Désirade en accueillera un d’ici la fin de l’année. Mais Le Floch Dépollution voit plus global. «On ne fait pas juste de la vente de barrage. Ne serait-ce que pour son entretien », explique Bertrand Quer, chargé d’affaires. L’entreprise bretonne compte vendre un système global de prise en charge des algues : télédétection par drones, barrage qui dévie les sargasses, récupération en permanence grâce à une sorte de tapis roulant qui les conduit directement dans une benne, que des camions peuvent ensuite emmener vers des sites d’épandage. Même la valorisation est prise en compte, avec la fabrication d’un biomatériau contenant 30% de sargasses. « Il s’agit de faire d’un fléau une opportunité, qui permettrait aussi de créer de l’emploi », résume Bertrand Quer. Nous n’avons pas pu connaître le coût de cette solution clé en main, mais nul doute qu’il sera élevé. STMI, entreprise basée en Guadeloupe, a fait beaucoup parler d’elle avec son Sargator, bateau à tapis roulants dont la deuxième version était présentée sur le salon. Associée avec d’autres sociétés, elle présente elle aussi un système global de prise en charge : barrage flottant avec FiletDrom (150 euros le mètre linéaire), ramassage avec le Sargator (prix d’appel 400.000 euros), et même valorisation avec Algoplack, qui présente un panier en plastique composé à 60% de sargasses.

 

Le projet à Marigot a du plomb dans l’aile

Lors des Assises de l’environnement, en décembre 2018, le projet d’installation d’un barrage à Marigot, baie très touchée par les sargasses, avait été annoncé par la Collectivité. Il n’est pas complètement abandonné, mais elle se réserve un délai pour étudier la question. « Le barrage ne se suffit pas à lui-même. Nous ne l’avons pas mis en place car nous n’avons pas de solution derrière », indique Sophie Durand-Olivaud, directrice des services techniques de la Collectivité. Ainsi à Marigot, jusqu’à quel point de collecte dévier les sargasses, alors que la plage est quasiment inaccessible aux véhicules ? Comment être sûr qu’un barrage ne va pas déplacer les algues sur une autre plage ? « De plus les retours ne sont pas si bons que ça, en général 20% des sargasses passent à travers les filets, en eau calme. » Aujourd’hui, les échouages se concentrent dans un angle de la baie de Marigot, accessible aux machines uniquement par une route privée. « Il faudrait donc, éventuellement, un bateau pour collecter les algues derrière le barrage. » Qui dit bateau dit gros investissement, et coût important de fonctionnement entre le carburant, l’entretien, l’équipage. Et une fois le bateau plein, il faut encore qu’il ramène les algues jusqu’à terre, avec un système pour charger des camions qui partiront ensuite vers le site de stockage… Un dispositif qui paraît bien lourd et coûteux par rapport aux volumes d’échouages constatés à Saint-Barthélemy. Difficile d’imaginer un barrage ailleurs qu’à Marigot, la mer étant forte à Flamands, Anse des Cayes ou Saline. « C’est presque une solution plage par plage qu’il nous faut mettre en œuvre », conclut Sophie Durand-Olivaud, qui a également fait le déplacement en Guadeloupe pour la Conférence internationale sur les sargasses.

 

JSB 1348



Photo> Le barrage flottant déployé par Filet Drom en Martinique. © Filet Drom

Journal de Saint-Barth N°1348 du 31/10/2019

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