L’ATE lève les malentendus sur les cabris

Depuis lannonce du lancement dune campagne de capture et délimination des cabris sauvages, les esprits séchauffent, principalement sur les réseaux sociaux. Certaines des nombreuses réactions prouvent que les mécompréhensions sont nombreuses. LATE éclaircit les choses.

 

Les réactions ont été nombreuses et parfois très virulentes à la suite de notre article paru la semaine dernière, informant de la campagne de capture et d’élimination des cabris menée par la Collectivité via l’Agence territoriale de l’environnement. Malgré le fait d’avoir souligné qu’il « ne s’agit pas ici d’une éradication mais bien de régulation de la population de chèvres sauvages » (JSB 1324), certains ont immédiatement pensé « extermination », ce qui signifie “faire périr en nombre et jusqu’au dernier”. Un mot qui n’a jamais été écrit nulle part.

Il s’agit, pour rappel, de capturer et abattre des chèvres sauvages adultes et non accompagnées d’un petit, sur les terrains privés dont les propriétaires le souhaitent. En une semaine, une dizaine de cabris ont été pris. « C’est surement beaucoup moins que le nombre qui sont morts de faim sur la même période ou que le nombre capturés de façon informelle sur la même période », souligne l’ATE. Qui lève ici quelques malentendus.

 

Les cabris étaient-ils là avant l’Homme ?

ATE : Les cabris ont été introduits par les premiers colons pour leur viande. Ils étaient élevés dans des parcs et leurs propriétaires leur apportaient chaque jour eau et nourriture. Au fil du temps des cabris ont été relâchés ou se sont enfuis. Aujourd’hui la Wildlife Conservation Society estime qu’ils sont entre 2.000 et 5.000 sur l’île. Une femelle peut faire jusqu’à trois portées par an, avec deux à quatre petits à chaque fois.

 

Font-ils partie de la biodiversité locale ?

 Les cabris sont originaires du Moyen-Orient. Ils ont été introduits un peu partout à travers le monde pour leur résistance et leur élevage facile. L’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) a classé les cabris parmi les 100 espèces exotiques (= introduites sur un territoire dont elles ne sont pas originaires) les plus invasives. Toujours selon l’UICN, les espèces exotiques envahissantes sont la première cause de disparition de la biodiversité dans les îles. De nombreuses îles font face au même problème (Saba, Galapagos…) et essayent également de limiter leur nombre, souvent avec des méthodes beaucoup moins douces.

 

Comment sont-ils capturés ?

Ces captures ne sont en rien une nouveauté pour l’île. Depuis des décennies des habitants capturent, abattent, préparent et mangent des cabris qu’ils prélèvent dans les mornes de l’île. Chaque année entre 500 et 1.000 cabris seraient ainsi capturés. Le choix entre manger cette viande ou de la viande importée de l’autre bout de la planète, issue d’animaux n’ayant jamais vu le soleil, nourris aux granulés dans des box de 1m², appartient à chacun.

 

Dans le cadre de la campagne actuelle, les captures sont réalisées à l’aide de filets. Les personnes en charge des captures restent sur place, les cabris ne sont pas laissés agonisant accrochés à un collet serrant, ni tirés à vue. Ils sont capturés, transmis à des personnes expérimentées souhaitant récupérer la viande.

Pour rappel il est interdit de tirer à vue (carabine ou arbalète) sur les cabris ou de mettre des pièges de type collet. Tout acte de cruauté envers les animaux est sévèrement puni par la loi.

 

Comment seront-ils abattus et consommés ?

Elles seront abattues par des habitués de cette pratique séculaire de Saint-Barthélemy, qui distribueront la viande dans leurs familles et entourages, comme cela se fait déjà toute l’année. En effet, sans traçabilité des bêtes, la loi française interdit de vendre de la viande.  Cependant, elle autorise l’ATE à abattre les bêtes et jeter les carcasses sans les consommer, ce qu’elle s’est   refusée à faire.

 

Jusqu’à quand dure cette campagne et quel est son objectif ?

Les captures sont prévues jusqu’à mi-juin. Elles ne permettront pas et ne visent pas à éradiquer les cabris de l’île mais à réguler leur population pour limiter leur impact sur la biodiversité locale. Les orchidées, cactus, iguanes, colibris et autres centaines d’espèces locales qu’ils impactent méritent elles aussi des pétitions.

 

En quoi est-ce aussi une question sanitaire ?

Si les cabris sont de plus en plus visibles dans les jardins, c’est parce qu’ils n’ont plus rien à manger dans les mornes. Avec la sécheresse certains souffrent de malnutrition et de nombreux jeunes sont retrouvés morts dans les mornes. Le manque de nourriture les pousse également à consommer des plantes caustiques qui leur causent des brûlures au niveau des lèvres, les chèvres ne peuvent alors plus se nourrir et meurent de faim.

 

Pourquoi ne pas les stériliser pour les réguler ?

Une stérilisation des mâles in situ pourrait être envisagée, mais stérilisés ou non, les cabris continueront à impacter la flore durant les 15 ans qu’ils vivent en moyenne. Cependant les personnes qui le souhaitent peuvent récupérer des animaux, les parquer, leur fournir eau et nourriture et en assumer la responsabilité en cas de divagation.

 

L’impact des cabris à Saint-Barth est-il conséquent ou négligeable ?

Deux botanistes reconnus, membres du conseil scientifique de l’ATE, ont les mêmes conclusions ; la végétation ne se renouvelle plus dans les zones où les cabris sont très nombreux. La strate herbacée (herbes, petits buissons) a disparu, les plantules (jeunes pousses) sont systématiquement broutées, il n’y a plus de sous-bois. Tout ceci amplifie l’assèchement et l’érosion du sol, la terre n’étant plus retenue, elle finit dans les baies et étouffe les herbiers et les récifs coralliens. De nombreuses espèces végétales ont déjà totalement disparu de certaines zones.

 

Pourquoi agir aujourd’hui ?

Cela fait plus de 20 ans que de nombreux experts (botanistes, biologistes marins, ornithologues, herpétologues…) sonnent l’alarme et insistent sur la nécessité de réguler leur nombre pour limiter leur impact sur la biodiversité locale. Cette campagne ne vise pas à réduire l’impact des cabris sur les jardins des villas et des hôtels mais à maintenir la biodiversité locale de notre île, ce qui est la mission principale de l’ATE.

 

Les cabris sont-ils les seuls responsables ?

Evidemment, les cabris ne sont pas la seule menace qui pèse sur la biodiversité de l’île. L’Homme, à travers ses constructions, voitures, pollutions, introductions d’espèces et autres est tout autant responsable. Aucun projet ne visant à réduire son nombre sur l’île n’étant prévu pour l’instant, nous limiterons notre action aux cabris… (humour, ndlr). Cependant il est bon de rappeler que chacun de nous a un impact. Bon nombre des ordinateurs et smartphones utilisés pour rédiger des messages d’amour aux cabris sur les réseaux sociaux ont des composants dont l’extraction impacte l’environnement, spécialement dans les zones du globe d’où sont originaires les cabris (*)…

 

(*) Plus d’infos sur le site de l’Ademe, tapez « impact des smartphones » dans la barre de recherche.

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Lexemple de Fourchue

L’île Fourchue comme la plupart des principaux îlots de Saint-Barth, a servi de pâturage pour des cabris amenés de l’île principale. Petit à petit l’action des cabris a été telle que la couverture végétale de l’île a totalement disparue.

En 2001 il ne restait sur l’îlot que quelques arbres des rares espèces non consommées par les caprins. Les cabris ont commencé à mourir de faim. Lors de leur retrait définitif de l’îlot en 2004, les derniers animaux encore en vie étaient extrêmement maigres et malades. Aujourd’hui le nombre d’espèces végétales a augmenté de 80% (19 en 2001, 68 en 2016), de plus en plus d’espèces d’oiseaux viennent y nicher, et l’état de santé du récif s’y est amélioré. La biodiversité y est en augmentation.

 

JSB 1325















Journal de Saint-Barth N°1325 du 25/04/2019

Régulation des cabris
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