L’assainissement agite le conseil territorial

Une simple question a suffi à bouleverser le climat plutôt tempéré de la séance du Conseil territorial qui s’est tenue le vendredi 5 novembre. Une question formulée à l’ouverture des débats par Hélène Bernier, élue d’opposition de la liste Saint-Barth Autrement. « Normalement je dois poser les questions trois jours avant le conseil mais je ne l’ai pas fait », se justifie l’élue. Elle évoque la baie de Lorient, temporairement interdite aux baigneurs en raison du taux de pollution, mais aussi le dossier d’assainissement de la copropriété du Jean Bart, à Saint-Jean. « Quelle est la solution envisagée par la Collectivité territoriale pour arrêter la pollution, notamment celle des hôtels de luxe qui ne font pas le nécessaire pour installer des structures d’assainissement ? », lance posément Hélène Bernier. Bruno Magras prend note mais attend de clore les débats avant de répondre.
D’évidence agacé, le président prend le parti de la pédagogie. « Bien évidemment, ce problème existe et il est très compliqué à résoudre, confirme-t-il. Il est compliqué de se connecter au tout à l’égout et tout le monde n’a pas les moyens de le faire. Nous avions mis en place un service d’assainissement collectif et nous avons quelqu’un qui surveille les stations, en particulier au niveau des gros établissements. C’est d’ailleurs sous cette pression que certains ont investi dans de nouveaux systèmes. Quand il y a des excès d’eau qui coulent, bien évidemment que les propriétaires concernés sont interpellés. Sauf que la majorité des cas sont des syndics de copropriété qui ne font pas ce qu’il faut en matière d’assainissement. » Une réponse qui ne satisfait guère les élus d’opposition.

« Beaucoup de blablas »
Maxime Desouches, aussi élu de la liste Saint-Barth Autrement, insiste sur le fait qu’il devient indispensable d’agir. « Ce sont de vieux problèmes et justement, que fait-on pour réduire cette pollution ? », lance-t-il, remonté. Comme sa colistière, il évoque le Jean Bart et les rejets polluants qui découlent des aménagements qui ont été entrepris au fil des ans. Bruno Magras mentionne les courriers envoyés aux propriétaires, les réunions d’information. Maxime ­Desouches réplique : « Oui mais des années après on en est encore au même point. L’historique remonte à quinze ou vingt ans. Beaucoup de blablas. Nous avons toujours la même discussion. Aujourd’hui nous voulons savoir ce qui va être fait contre cette pollution. » Bruno Magras lui propose d’écrire au procureur de la République et ironise : « C’est regrettable que tu n’aies pas été élu. Nous avons transmis les rapports au procureur et il y a eu des condamnations. Et il n’y a pas de pollution permanente, ce n’est pas sérieux. C’est lié à la pluie, pas forcément aux écoulements. » Il va sans dire que Hélène Bernier ne peut en rester là.

« On se baigne dans le caca »
L’élue renchérit, non sans avoir remercié Bruno Magras d’avoir répondu à sa question initiale. Elle déclare : « J’ai un dossier qui date de plus de dix ans avec des mises en demeure de la Collectivité quasiment chaque année. Je me suis occupée du dossier, organisée des réunions. Tout le monde est d’accord pour dire qu’il y a un problème de sous-dimensionnement de la station du Jean Bart. Tous les propriétaires ont agrandi. La station ne suit pas. Si tous les quatre matins on est obligé de fermer la baie de Saint-Jean, c’est un problème. Les hôtels à Grand Cul-de-Sac polluent aussi. Et rien n’est fait par la Collectivité. On dit aux gens de venir à Saint-Barth mais on se baigne dans le caca. »
Pour le président Magras, ces déclarations ne sont pas justifiées. « Nous avons fait ce qu’il fallait, assure-t-il. Vous voudriez faire quoi? Fermer le Barthélemy? » De fait, la direction de l’établissement a reçu plusieurs mises en demeure lui ordonnant de se mettre aux normes en matière d’assainissement afin d’éviter de déverser ses eaux usées dans le lagon, inscrit en la Réserve naturelle. Bruno Magras estime que c’est dans l’intérêt et de la responsabilité des établissements, « s’ils veulent conserver leur clientèle », de résoudre le problème. Et de rappeler que du temps est nécessaire pour y parvenir. « Ah ben ça, du temps, on leur en donne », ironise Maxime Desouches.
Hier, mardi 9 novembre, des habitants de Saint-Jean ont publié des clichés d’écoulements d’eaux usées en provenance des résidences. A Lorient, ce sont des coulées de béton dans les grilles du caniveau qui ont été signalées. Le problème de l’assainissement est donc encore loin d’être résolu.

 

Journal de Saint-Barth N°1446 du 10/11/2021

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