Echouages de sargasses : « Ça a tout recouvert en dix minutes »

Après l’Anse des Cayes et Marigot, les plages Grand Fond et Toiny ont été noyées sous des couches épaisses de sargasses la semaine dernière. Et les prévisions montrent un fort risque d’échouage pour la façade sud de Saint-Barthélemy, dans les jours qui viennent.

De 20 à 70 centimètres à Saline, 30 cm à plus d’un mètre à Grand Fond, entre 40 centimètres et un mètre à Toiny et à Marigot… La semaine dernière, des échouages massifs d’algues brunes ont touché notre île, sous les yeux désabusés des habitants. Didier Laplace, de Coral Restoration, présent à l’arrivée de la nappe de sargasses à Grand Fond, est parvenu à sortir de là quelques animaux, notamment des tortues. Les sargasses ont également pénétré le lagon de Grand-Cul-de-Sac. Avec la faible profondeur et les récifs, les algues étouffent poissons, lambis, et autres espèces marines. « C’est hallucinant, ça a tout recouvert en dix minutes », raconte Didier Laplace. « En vingt minutes on ne pouvait plus rien faire. » Si Didier est un habitué, il est bon de déconseiller à tout un chacun de se mettre à l’eau dans les bancs de sargasses. « La masse est tellement épaisse que c’est très dangereux », admet le Saint-Barth.

Ne vous jetez pas à l’eau

L’Agence territoriale de l’environnement acquiesce. « Il me semble important de ne pas encourager le grand public à se jeter à l’eau, malgré des intentions de toute évidence louables. Les sargasses sont lourdes et constituent un réel risque de noyade, elles comportent également de nombreuses espèces urticantes », indique son directeur Olivier Raynaud. « Toutes les observations d’animaux en difficultés (ou même morts) peuvent nous être transmises par mail ou sur le numéro d’urgence, et nous interviendrons avec le matériel nécessaire (bateau, kayak, walker bay etc.). » Pour le moment, les agents de la réserve n’ont pas entrepris de mission de sauvetage. « L’assistance à la faune sauvage fait partie de nos missions, et bien que nous ne soyons pas en mesure de faire une surveillance de l’ensemble des côtes de l’île 24h/24, nous interviendrons dès que ce sera ­nécessaire. »

Nouveaux échouages d’ici dimanche

A Saint-Jean, les monticules de sargasses sont brassés avec du remblai pour les couvrir et limiter les odeurs. Si les algues continuent d’arriver dans de tels volumes, l’espace de stockage pourrait venir à manquer. Au site de propreté Tiru-Ouanalao Environnement, le directeur Fred Questel confie que plusieurs études sont menées, « à tous les niveaux », pour trouver quoi faire de ces algues. Pour l’instant il n’est pas prévu que la société les prenne en charge, « et cela paraît impossible dans de tels volumes.»

Las ; les images satellites montrent de nouveaux bancs de sargasses qui se dirigent vers les cotes sud de Saint-Barthélemy. La Deal (Direction de l’environnement, l’aménagement et du logement) met en garde notre île sur un risque élevé d’échouages d’ici dimanche 3 juin.

Xavier Lédée : « Urgent de se pencher sur la question »

Hier, Xavier Lédée, tête de liste Unis pour Saint-Barthélemy, a publié un texte sur les réseaux sociaux, dans lequel il se positionne en faveur « d’un ramassage en mer, proche de la côte et/ ou dans les baies fermées. Pour ce faire, le système de « tapis roulant » comme le Sargator (présenté déjà sur plusieurs publications Facebook) semble être le seul viable. Le ramassage par « chalutier » est trop dangereux et les dispositifs de succions ne sont pas non plus concluants. Une fois ramassées, les sargasses devraient être broyées puis rejetée en mer », dans un lieu adapté pour ne pas abîmer l’écosystème, écrit-t-il. « Le nerf de la guerre reste bien sur financier, mais il serait urgent de se pencher sur la question. (…) A charge pour la Collectivité de trouver des solutions financières adaptées à la situation car ne nous y trompons pas, si les échouages de ces derniers jours ont été impressionnants et catastrophiques pour l’environnement, notre île est encore bien épargnée par rapport à d’autres et rien ne garantit qu’elle le reste. »

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Nicolas Hulot très attendu

Le ministre de la Transition écologique, qui posera le pied en Martinique le 10 juin, est très attendu par la population et les élus. Pour le moment, Saint-Barthélemy ne s’est pas associé aux demandes des îles voisines, mais selon le directeur de cabinet du président Bruno Magras, garde l’œil ouvert sur les éventuelles aides financières et matérielles que l’Etat pourrait proposer. Car pour l’instant, il semble peu probable que Saint-Barth bénéficie d’une partie des 3 millions d’euros alloués en urgence à la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane. Il semble aussi peu probable que la délégation du gouvernement prévoie une étape sur notre île lors de ce voyage sargasses. Un représentant de la Collectivité se rendra-t-il à Fort-de-France pour participer aux échanges et signifier la volonté de Saint-Barth d’être associée aux dispositifs nationaux ? Nous n’avons pas reçu de réponse à cette question.

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Des établissements scolaires fermés en Guadeloupe

Les écoles, collèges et lycées situés près du littoral en Guadeloupe et Martinique ferment leurs portes les uns après les autres. Parfois pour une journée, parfois jusqu’à nouvel ordre, en raison de l’odeur insoutenable des algues et de la toxicité des gaz qu’elles dégagent en séchant. Les cas de problèmes oculaires ou respiratoires se multiplient, et des enseignants avaient déjà fait valoir leur droit de retrait, estimant ne pouvoir travailler dans ces conditions. Des milliers d’élèves ne peuvent plus aller en classe.

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La ministre Girardin charge ses prédécesseurs

A l’issue du comité stratégique contre les sargasses, jeudi dernier à Paris, la ministre des Outre-mer Annick Girardin a chargé les anciens gouvernements.

« Mais pourquoi on ne l'a pas fait avant ? Pourquoi on est obligé d'attendre une année où on est complètement submergé pour qu’enfin un gouvernement dise 'il faut un plan d’action' ? » a-t-elle lancé aux journalistes présents. Elle a précisé qu’un plan national de lutte était en passe d’être finalisé, couplé à des plans d’actions territoriaux. « Jamais ça n'a été organisé. Même financièrement », a assuré Annick Girardin. « L'effort de l'Etat, dans un premier temps en urgence, est de 3 millions d’euros, c'est le double de ce qui avait été mis dans des années précédentes où les territoires ont été touchés », a-t-elle ajouté.

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Le plan de l’Etat : ramasser chaque jour ?

Le plan semble être un ramassage adapté à chaque échouage, au quotidien, semblable à ce qui se fait déjà à Saint-Barthélemy. Annick Girardin a évoqué « une résolution importante : il ne faut pas laisser les sargasses sur les bords de mer plus de 48 heures, sinon il y a ces émanations et ces difficultés de santé qui peuvent en découler. » Elle a aussi insisté sur la coopération avec les pays voisins, ce qui amène à l’implication du ministère des Affaires étrangères. «Il nous faut travailler avec nos voisins. On a besoin d'organiser une conférence autour de ce sujet ou au moins une réunion de coopération », a affirmé la ministre, avant de reconnaître que « c'est peut-être fait un tout petit peu trop tard par rapport aux alertes des élus. »


© Coral Restoration

JSB 1281