Cabris, c'est fini...

Eleveurs agréés, système de traçabilité, contrôles vétérinaires et mini-abattoir : voici le plan des autorités pour lutter contre la catastrophe écologique que sont les cabris sauvages à Saint-Barth

 Le résultat de mois voire d’années de travail mené par l’ATE et la préfecture se dessine : les cabris sauvages, néfastes pour l’environnement, pourraient voir leur sort scellé à partir de l’année prochaine.

 

C’est sûr qu’elles sont mignonnes tout plein, et que c’est toujours un ravissement de les voir crapahuter avec aisance dans les falaises… Mais les chèvres sont avant tout une catastrophe écologique pour Saint-Barthélemy. Il suffit de voir l’îlet Fourchue qui, débarrassé de ces ovins, aidé par les pluies de ces dernières semaines, s’est paré de verdure et de prairies épaisses. Les cabris ont un rythme de reproduction frénétique, broutent tout ce qu’ils trouvent, et empêchent ainsi la végétation de pousser sur notre île sèche. Sans racines et sans verdure, l’érosion est facilitée. A chaque pluie, la terre qui n’est plus retenue par rien s’écoule jusque dans la mer, et participe activement à la destruction des fragiles récifs coralliens. Lors de sa prise de fonctions à la tête de la réserve naturelle, en octobre, Sébastien Gréaux classait le problème des cabris comme l’urgence n°1 pour la biodiversité de l’île (JSB n°1298).

 

De tous temps, les Saint-Barths ont cuisiné et dégusté la viande de cabri. Le colombo figure en bonne place dans la gastronomie locale. Mais la législation française, par mesure de précaution, interdit la vente d’une viande dont la traçabilité est nulle. Seul l’abattage d’un animal personnel, pour une consommation dans le strict cadre familial, est toléré.

 

Un animal domestique qu’on ne peut pas chasser

« Les chèvres sont considérées comme un animal domestique, on ne peut donc pas les chasser », résume Michel Vély, chef du service de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt à la préfecture de Saint-Barthélemy et Saint-Martin. « Le code rural prévoit que l’on identifie l’animal à sa naissance, avec un carnet de traçabilité qui recense ce qu’il a mangé, s’il a pris des médicaments, etc. Sans cela, il existe toujours un risque. » C’est une question de responsabilité : si un cabri contaminé d’une quelconque maladie était mangé, et rendait malade le consommateur, vers qui se retourner ? A Saint-Barthélemy, ni identification ni abattoir. « Il faut déjà lancer une étude sur l’état sanitaire des chèvres », explique Michel Vély. « On sait qu’a priori, il n’y a pas de phytotoxique, ni de maladie. »

 

Mais une fois identifiées, encore faudra-t-il abattre les bêtes dans les règles. « Saint-Martin est en train de se tourner vers la Martinique, j’ai conseillé à Saint-Barthélemy d’en faire autant. Les services pourront ainsi fournir un logiciel de traçabilité, des boucles, et effectuer des contrôles. » Pour élever et abattre des chèvres dans les règles, il est nécessaire de se déclarer en tant qu’éleveur. « Y a-t-il de vrais éleveurs sur l’île, ou quelqu’un qui voudrait le faire ? Il peut s’agir d’un privé, mais aussi de la Collectivité ou de l’Agence territoriale de l’environnement », poursuit Michel Vély. Il faudrait ensuite capturer et parquer les chèvres, pour identifier les petits à la naissance. Un vétérinaire devra aussi être agréé par la préfecture pour autoriser l’abattage. « Pour pouvoir les abattre, ce qui paraît le plus adapté à Saint-Barth est un abattoir modulaire, type container amélioré, avec tout le matériel pour l’électronarcose… Là, la viande sera agréée et pourra être vendue à tous les établissements de l’île, dans les supérettes, sans risque. On pourra même l’exporter. » L’abatteur pourrait être trouvé soit sur place, soit venir de Saint-Martin, par exemple, deux jours par semaine.

 

La Collectivité et l’Agence de l’environnement, qui traînent ce problème depuis des années, semblent partantes pour cette solution. Reste à trouver des fonds : la Com pourra prendre en charge partiellement le dispositif, mais d’autres financements pourraient s’y joindre. La préfecture travaille actuellement pour savoir à quelles aides Saint-Barthélemy est éligible. « On voudrait lancer tout ça début 2019 ».

 

JSB 1304

Journal de Saint-Barth N°1304 du 22/11/2018

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