[Assises] Les plages rétrécissent

A force de bâtir des murs et enrochements le long des plages, une pratique encore renforcée depuis Irma, les littoraux perdent en superficie, petit à petit. L’érosion est l’une des conséquences néfastes des constructions en bord de mer.


La sagesse voudrait que l’on recule les constructions », glissait un expert du BRGM, récemment interrogé sur la pertinence de bâtir des murs dans le sable (JSB n°1297). Sans aller jusque là, Sébastien Gréaux, directeur de la réserve naturelle, a détaillé aux Assises le cercle vicieux provoqué par les constructions en dur sur les plages.
Il est passé rapidement sur les problèmes d’assainissement lorsqu’il n’est pas conforme, de ruissellement des eaux quand les sols sont imperméabilisés, de disparition de la végétation, de l’atteinte à la biodiversité, de la destruction des sites de pontes de tortues, de la baisse de la protection contre la houle et de la pollution lumineuse (rien que ça)... pour se concentrer sur l’érosion des plages, phénomène peut-être moins connu.

Oui, les plages s’élargissent et rétrécissent dans un mouvement naturel, provoqué par les houles, les courants, les éventuels cyclones. Mais le fait de construire sur la plage entrave ce cycle naturel. La dune ne peut plus se reformer, et outre la végétation et l’habitat de nombreuses espèces végétales et animales, les herbiers et les récifs coralliens, un peu plus loin en mer, sont aussi dégradés.
Plage, herbier et corail, ces trois composantes travaillent ensemble et si l’une est affectée, toutes le sont.

Maud Le Nagard avait été missionnée par l’Agence territoriale de l’environnement pour travailler sur l’érosion des plages, et a bouclé son rapport en 2016. Elle s’était plus spécifiquement penchée sur la baie de Saint-Jean, dont le trait de côte compte parmi les plus fluctuants de l’île.
« Elle a comparé le positionnement de la plage en 1950, 1967, 1988 et 1995. Les premières quarante années, la photo évolue relativement peu. Mais depuis 1995, on voit que la plage Nord s’est réduite, et la partie au niveau de l’Eden Rock très amincie. Et cela malgré les multiples ré-ensablements effectués entre 2000 et 2014. Plusieurs herbiers marins ont complètement disparu entre 1988 et 2016 », explique Sébastien Gréaux. « Les solutions déployées ici sont uniquement le ré-ensablement. Corossol, Saint-Jean, Public et Lorient sont ré-ensablées tous les six ou sept ans. » Une pratique qui en plus d’être très coûteuse (« En 2010, on a dépensé 475.000 euros pour trois plages ») n’est pas sans conséquence : « Turbidité sur les herbiers, pompages qui provoquent des effondrements du terrain… »

Interdiction de ré-ensabler
En conclusion, le directeur de l’Agence de l’environnement livre plusieurs préconisations pour limiter les impacts sur les littoraux : durcir les exigences en matière d’assainissement, favoriser les matériaux perméables là ou c’est possible (trottoirs, routes secondaires…), rediriger l’eau de ruissellement dans des zones tampons, conserver un espace de végétation devant chaque construction pour revitaliser les hauts de plage, limiter l’éclairage…
Et de façon plus stricte, réglementer la construction d’ouvrages en bord de mer, spécialement les murs et les enrochements, et interdire tout projet de ré-ensablement du littoral.
Une dernière mesure dans l’air du temps, puisque l’ATE, en la personne de sa présidente Micheline Jacques, lance une procédure à l’encontre de l’hôtel Le Sereno, qui a ré-ensablé, selon elle, un peu plus que sa propre parcelle, et ainsi endommagé le lagon de Grand-Cul-de-Sac, zone rouge de la réserve… L’établissement espérait justement limiter l’érosion de la plage grâce à l’installation d’un dispositif Stabiplage®, breveté par la société Espace Pur. Il a pour l’instant reçu l’autorisation de la Collectivité pour un aménagement amovible, installé sous le sable.


JSB 1307

Photos © ATE

Journal de Saint-Barth N°1307 du 13/12/2018

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