A Saint-Barth, le ramassage fonctionne mais la question du stockage se pose

Les sociétés ARC et Caraïbes Recyclage ramassent les sargasses depuis plusieurs années pour le compte de la Collectivité. Le représentant de la seconde, Mickael Aubin, est venu prospecter au salon Sarg’expo. Si le dispositif de collecte fonctionne bien sur notre île, bien qu’il soit coûteux, c’est la question du stockage qui va bientôt poser problème.

 

Le contrat du nettoyage quotidien de sept plages de l’île (Saline, Gouverneur, Saint-Jean, Public, Shell Beach, Lorient et Flamands), qui lie la Collectivité et la société Caraïbes Recyclage, a été enrichi de la mission collecte des sargasses. Au départ, le ramassage se faisait à la main. Avec deux problématiques pour l’entreprise : un besoin de main d’œuvre fluctuant selon les échouages, un travail pénible pour les employés, et la difficulté de ramasser les algues sans emporter trop de sable avec. C’est pour cela que Caraïbes Recyclage a investi dans une machine spécialisée de la marque Barber, le Surf Rake, qui permet de limiter le ramassage du sable, conformément au cahier des charges fixé par la Collectivité. «C’est le top », assure Mickael Aubin, en mission prospection au salon Sarg’expo, la semaine dernière. Objectif, suivre les évolutions technologiques des machines et étudier les nouvelles possibilités de collecte.

Le cas de Saint-Barthélemy est différent de celui de la Guadeloupe et de la Martinique, pour ne citer qu’elles. Les volumes sont moins importants, les plages pas toujours accessibles. Ainsi, pour certaines, l’option quad et pelles reste la meilleure solution, comme à Gouverneur où la pente est trop forte pour la machine. A Saline, au contraire, qui concentre les plus gros volumes de ces sept plages, le Surf Rake est devenu indispensable. Grâce à l’accès récemment rouvert, il pourra être utilisé également sur la plage de Flamands.

 

Chaque collecte de sargasses par Caraïbes Recyclage est pesée sur les balances du site de propreté. Depuis le 1er janvier 2019, ce sont 774 tonnes qui ont été ramassées, avec des pics en février, juillet et août. Une toute petite partie, donc, des 9.200 tonnes ramassées au total sur l’île depuis le début de l’année.

La différence de 8.426 tonnes a été traitée par une autre société locale, ARC. Celle-ci intervient en complément du nettoyage quotidien, principalement sur les plages de l’Anse des Cayes et de Marigot, qui sont de loin les plus touchées par les échouages. C’est elle qui a testé des tapis roulants récemment, pour faciliter la collecte, mais le bénéfice n’a pas été probant. 

 

Stockage en sursis

Après le ramassage et le pesage, Caraïbes Recyclage et ARC déposent les sargasses sur le fameux terrain de la Collectivité à Saint-Jean, qui accueille aussi l’excédent de broyat que le site de propreté ne peut absorber. Une solution toute temporaire, ne serait-ce qu’en raison de l’ouverture en 2020 du nouveau Marché U. « Notre plus grand défi concerne le devenir de ces algues compte tenu de nos capacités de stockage réduites, l’absence de terres agricoles et des difficultés à développer une solution industrielle de valorisation sur un territoire aussi étroit que le nôtre », a admis Bruno Magras dans son discours prononcé en Guadeloupe.

 

La question commence à urger : où stocker des tonnes de sargasses, qui dégagent des odeurs insoutenables et des gaz nocifs pour la santé ? «Pour l’instant, je n’ai pas la réponse », avoue Bruno Magras, croisé dans les allées du salon Sarg’expo. « Dalkia Wastenergy n’a pas de solution à ce jour. Si ça ne tenait qu’à moi, on se mettrait d’accord avec les voisins pour brûler le tout une bonne fois… » Une phrase en l’air ou une piste véritablement envisagée ? Les habitants de Public et du Réduit risquent de fort peu goûter cette solution. Les options sont réduites : les barges d’évacuation en sont une, mais elles sont de plus en plus difficiles à faire venir. Et encore faut-il trouver un récipiendaire en Guadeloupe ou à Saint-Martin qui acceptera de réceptionner les sargasses de Saint-Barth. Sur le salon, beaucoup parlent de couler les algues par le fond, au large, solution un temps envisagée par Bruno Magras ; mais la solution divise entre ceux qui la jugent néfaste pour les fonds marins, ceux qui pensent que ce n’est qu’éloigner le problème ou l’envoyer sur une autre île, ceux qui ne voient pas de problème à renvoyer à la mer ce qui est venu de la mer. Surtout, il semblerait que le fait de broyer les sargasses augmenterait leur prolifération, puisqu’elles se reproduisent par scissiparité. La solution compost, elle, fait craindre une pollution des sols.

Encore une fois, le manque d’études et de connaissances scientifiques sur le sujet entrave toute décision ou investissement.


JSB 1348

Journal de Saint-Barth N°1348 du 31/10/2019

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