A la recherche de terres englouties en mer des Caraïbes et de mammifères disparus

Des îles englouties et des mammifères disparus dans les Petites Antilles ? C’est l’hypothèse présentée lors d’une conférence la semaine dernière à la Capitainerie, animée par Philippe Münch, Laurent Marivaux, et leur guide à Saint-Barth, Gilles Maincent.

 

Plusieurs chercheurs allient leur expertise pour tenter d’étayer une hypothèse selon laquelle un groupement d’îles ou une bande de terre aurait existé il y a trente millions d’années dans les Petites Antilles, formant un pont qui aurait permis le passage de mammifères depuis l’Amérique du Sud vers les Antilles. Dans le cadre de ces recherches, ils ont mené des fouilles sur les îlets de Saint-Barthélemy.

 

Accompagné par Gilles Maincent, son guide pour les recherches menées sur l’île de Saint-Barthélemy, et Laurent Marivaux, spécialiste des rongeurs et petits mammifères fossiles, Philippe Münch est venu présenter ce projet baptisé GAARAnti (lire encadré), sur invitation de l’association Saint-Barth Essentiel.

 

Les Antilles, diversité et endémie exceptionnelles

Le professeur Philippe Münch, spécialiste de la datation des roches, directeur adjoint du laboratoire de recherche Géosciences Montpellier, dont une antenne est basée à Pointe-à-Pitre, souligne tout d’abord l’aspect unique que présente les Antilles : vingt-cinquième région la plus riche au monde au niveau de la biodiversité, et troisième endroit sur Terre abritant le plus d’espèces endémiques : 74 % des mammifères, 100 % des amphibiens, 95 % des reptiles, 26 % des oiseaux et 72 % des espèces végétales présents dans l’arc antillais se trouvent exclusivement dans cette région.

 

L’étude s’intéresse de fait à la façon dont autant espèces ont pu se retrouver sur des îles situées entre l’océan Atlantique et la mer des Caraïbes, relativement isolées du continent le plus proche, l’Amérique.

 

Un rongeur de Saint-Barth d’origine sud-américaine

C’est en étudiant les espèces vivant actuellement sur les îles antillaises que les chercheurs ont constaté que leurs ancêtres et/ou cousins sont natifs de l’Amérique du Sud. Ainsi, un fossile des Antilles, l’Antillotrix, présente de nombreux points communs avec des primates vivant en Amérique du Sud, en Amazonie notamment. Idem pour cette espèce de paresseux géant, le Megalonix, qui vivait il y a encore 10.000 ans à Cuba, dont le cousin le plus proche se trouvait alors exclusivement sur le continent sud-américain.

À Anguilla, Saint-Martin et Saint-Barth vivait un rongeur géant d’environ 200 kg, l’Amblyrhiza, disparu il y a 100.000 ans : son cousin le plus direct connu est l’octodon ou degue du Chili, petit rongeur qui s’y trouve toujours. À Porto Rico, le plus vieux fossile de rongeur découvert vivait il y a 33 à 35 millions d’années, et est identique à son contemporain d’Amérique du Sud.

 

D’autres espèces se trouvent également avoir des cousins et/ou ancêtres en Amérique du Nord, et sont possiblement arrivés par la Floride ou par la péninsule du Yucatan. Mais la possibilité d’une migration directe depuis l’Amérique du Sud, via un bras de terre situé vers l’isthme de Panama, est l’hypothèse qui intéresse les chercheurs du projet. Car aucune des espèces précitées n’a jamais été découverte au nord du continent américain.

 

Charles Darwin avait déjà évoqué cette théorie en 1860, sans avoir pu la confirmer scientifiquement : « Le caractère sud-américain des mammifères antillais semble indiquer que cet archipel était autrefois uni au continent méridional et qu’il a ensuite été une zone de subsidence », la subsidence désignant un affaissement d’une surface de la croûte terrestre.

 

Histoires contées par les coraux et les roches

En parallèle de l’établissement de ce lien de parenté entre des espèces des Antilles et d’Amérique du Sud, le projet consiste également à explorer les roches des îles et les fonds océaniques.

 

Sur les îles, la recherche est axée sur des traces de soulèvements grâce à l’étude des roches sédimentaires. Des coraux fossilisés sous des zones érodées peuvent prouver un soulèvement, puis un affaissement, et de nouveau un affleurement au-dessus du niveau de la mer. La collecte de blocs de roches sédimentaires prélevés dans des fosses et des trous, mieux préservés de l’érosion, a mis au jour des ossements de mammifères, de reptiles et d’oiseaux. Leur étude doit permettre de dater l’ancienneté de la roche, de déterminer si elles étaient émergées, et à quelle époque.

Sous l’eau, c’est le plancher océanique qui intéresse les chercheurs. L’Atalante, un bateau océanographique spécialement affrété pour cette mission en mai et juin 2017, a été chargé de cartographier le fond marin pendant 48 jours. Pour ce faire, les chercheurs utilisent des sonars basse fréquence et étudient le comportement des ondes sonores. In fine, ils parviennent à déterminer la composition du sol sous-marin, mettre en évidence la présence de différents types roches, sédimentaires ou volcaniques, et déterminer ce qui a été à l’air libre, quand, et pendant combien de temps.

 

Une île engloutie à l’Est de la Guadeloupe

Cette topographie du fond marin permet de savoir à quel endroit récupérer des échantillons de roches pour les étudier plus précisément et retranscrire l’histoire inscrite dans la pierre. Les conclusions autorisent notamment à affirmer qu’il y avait une île autrefois émergée à l’est de la Guadeloupe, au niveau de l’éperon Karukéra.

 

Cette cartographie est dressée en parallèle des phénomènes géophysiques qui se produisent au niveau des zones de subduction (processus par lequel une plaque océanique plonge sous une autre plaque avant de s'enfoncer dans le manteau terrestre), pour modéliser les événements et en déduire ce qui s’est produit du point de vue de la dynamique des plaques.

Ainsi, les lois de la physique géologique se mettent au service du projet pour corroborer les hypothèses de soulèvement et d’affaissement des différentes zones susceptibles d’avoir été émergées à l’époque supposée de l’existence de cette bande de terre surnommée GAARDlandia.

 

L’étude livrera ses conclusions en 2022

L’étude de la génétique, la datation des fossiles, la nature des roches corrélées aux phénomènes géologiques aboutiront peut-être à prouver que GAARDlandia fut le pont entre continent et nos îles actuelles. Une bande de terre émergée qui aurait permis la circulation des animaux de l’Amérique du Sud vers les Antilles. A l’étude depuis deux ans, ce projet de recherche se poursuivra encore sur trois années avant que les premières conclusions ne soient publiées.

 

 

GAARAnti

GAARAnti est une étude conjointe, menée par des géologues, des paléontologues, des phylogénéticiens (spécialistes des modifications génétiques au sein des espèces animales ou végétales) et des géophysiciens, qui permettra d’avérer la théorie de l’existence de GAARDlandia, acronyme désignant cette zone englobant Grandes Antilles, Ride d’Avés et Petites Antilles, un bras de terre qui serait désormais englouti par la mer des Caraïbes.

Pour suivre l’évolution de leurs découvertes :

- page Facebook : www.facebook.com/GAARAntiproject/

- Twitter : https://twitter.com/gaarantiproject

- site internet : https://gaaranti.edu.umontpellier.fr/



JSB 1331





Journal de Saint-Barth N°1331 du 06/06/2019

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