Saint-Barth -

Pourquoi pas à Saint-Barth ?

La France a mis en service sa première éolienne flottante mi septembre, un système de production d’énergie bardé d’avantages. On ne peut s’empêcher de penser : pourquoi pas ici ? Evidemment, ce n’est pas si simple...

 

Floatgen, c’est le nom de cette éolienne qui a commencé à produire de l’électricité le 13 octobre en France. Elle flotte au large du Croisic, à une trentaine de kilomètres des côtes métropolitaines. Ce bijou technologique a coûté 25 millions d’euros et alimente l’équivalent de 5.000 foyers. Flottant, il peut être déplacé. Il a fait la démonstration de sa résistance face à des typhons japonais. Et évidemment, il ne pollue ni la planète, ni le paysage.

 

Pourquoi pas à Saint-Barthélemy ? Sur notre île, toute l’électricité provient de moteurs alimentés en gasoil, dans la centrale de Public. Un système de production très polluant. A l’heure où le Giec, l’ONU, Nicolas Hulot, la fonte des glaciers et de la banquise, la disparition d’espèces, la multiplication des catastrophes naturelles, et des milliers de scientifiques autour du monde... alertent sur le réchauffement climatique, qui nécessite « des changements profonds d’urgence », la question mérite d’être posée.

D’autant plus qu’un investissement estimé entre 40 et 50 millions d’euros est prévu par EDF pour doter l’île de nouveaux moteurs plus performants, a priori à compter de 2021.

 

« Pour ce qui concerne la construction d’éoliennes en mer, pourquoi pas ? Il faudrait trouver les investisseurs intéressés et définir le lieu d’implantation de ces éoliennes », répond Bruno Magras. « La Collectivité n’est pas en mesure de se lancer dans ce genre d’investissement, qui demande professionnalisme et suivi des entretiens nécessaires. Or, pour être honnête, je ne crois pas beaucoup à la rentabilité d’un tel projet et pour en avoir discuté avec les responsables, EDF n’entend pas se lancer dans ce genre d’investissements. » Réponse attendue, d’autant plus qu’une éolienne de ce type engendre la création de 2.000 emplois locaux, selon la start-up Idéol, à l’origine de l’éolienne Floatgen.

Malgré tout, le pragmatisme du Président ne met pas un terme à tout espoir de voir Saint-Barth bifurquer vers l’énergie ­durable.

 

2.000 m2 de panneaux solaires au site de propreté

En effet, l’île est en pleine rédaction d’un document fondamental : la PPE (programmation pluriannuelle de l’énergie) (lire ci-après). Elle « vise à prendre en compte les énergies renouvelables », assure Bruno Magras. « Je suis pour ma part favorable à l’installation de panneaux solaires, partout où c’est possible à condition de ne pas défigurer la beauté architecturale de l’île. Environ 2.000 m² de panneaux doivent être installés au site de propreté et je suis favorable à ce que les bâtiments de la Collectivité situés dans la zone industrielle de Public, soient eux aussi équipés dans le futur. »

« Parallèlement, j’encourage les initiatives individuelles, sur l’installation de panneaux solaires, ainsi que sur la maîtrise de leur consommation d’énergie, parce que je crois fermement, que c’est d’abord et avant tout, la responsabilité de chacun d’œuvrer  pour une transition énergétique et par voie de conséquence, pour la protection de l’environnement», poursuit Bruno Magras.

 

Mais alors, et notre éolienne ? Soumettons l’idée à Jean-Gabriel Faget, directeur adjoint développement et stratégie chez EDF Guadeloupe. « L’éolien offshore est une possibilité. Il faudra alors que la PPE fixe un cadre disant : oui, Saint-Barthélemy est intéressée par le développement d’une éolienne en mer. C’est à la Collectivité de dire comment elle veut orienter son mix énergétique », explique-t-il. Sans trop y croire : « L’éolien, c’est une technologie de pointe, plus lourde que le solaire, et qui reste intermittente. On ne peut pas dire aux habitants : aujourd’hui il n’y a pas de vent, vous n’aurez pas d’électricité ! Même avec du stockage, aujourd’hui, ni l’éolien ni le photovoltaïque ne peuvent apporter cette garantie. Donc en plus de cette éolienne, il faudra de toute façon des moteurs pour garantir l’alimentation. »

 

Quant au problème de rentabilité évoqué plus haut par Bruno Magras, il existe une tout de même une parade : « Aujourd’hui, c’est clair que brûler du gasoil revient moins cher. Mais un paramètre pourrait peser : l’instauration d’une taxe sur les émissions carbones. »

 

Biodiesel à la centrale ?

Le renouvelable, ce n’est pas uniquement le solaire et l’éolien. « Le champ des possibles est restreint à Saint-Barth », admet Jean-Gabriel Faget. « Il n’y a pas de solution miracle, mais on peut combiner plusieurs techniques. C’est pour ça qu’on parle de transition. Il n’y a pas vraiment de biomasse possible sur l’île, mais pas mal de choses sont déjà faites au niveau des déchets, comme le fait d’utiliser la combustion pour dessaler l’eau de mer. Il y a probablement encore des choses à faire de ce côté-là », explique le spécialiste. « Il reste un domaine, c’est le biocarburant ou le biodiesel. On manque encore de certitudes pour l’instant, mais beaucoup de monde y travaille, et cela devrait s’accélérer rapidement si le prix du pétrole continue d’augmenter. » Ces carburants nouvelle génération sont fabriqués à partir de végétaux.

« On recommande à la Collectivité d’ouvrir son champ des possibles au biodiesel dans sa PPE, afin que des investisseurs puissent se positionner. Et on peut faire en sorte que les nouveaux moteurs de la centrale de Public soient compatibles avec le biocarburant. » En voilà une belle piste !

 

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Des projets d’éoliennes à Coco ou Fourchue n’ont jamais vu le jour

La solution éolienne a été envisagée à plusieurs reprises, et plusieurs projets ont été lancés sans jamais voir le jour. Le paysage de Saline eut été bien différent si celui de la société Akuo Energy, en 2004, était allé au bout. Il s’agissait d’implanter sur l’îlet Coco trois éoliennes, pour une production pouvant atteindre 3 mégawatts. Le mât pour mesurer la force des vents avant l’implantation n’a jamais été installé, faute de l’accord du préfet à l’époque. « Le risque de rupture du câble étant moins élevé sur des petites distances et la remise en état plus facile, je n’y étais pas opposé », se souvient Bruno Magras, président de la Collectivité, toujours en verve : « Cette démarche a été écartée, puisque nos écolos locaux sont intervenus auprès du préfet pour faire valoir leur opposition, compte tenu du fait qu’ils avaient repérés des rats fossilisés sur l’îlot. » La Direction des affaires culturelles avait entrepris des recherches et conclu que la richesse géologique et archéologique du site était incompatible avec un tel projet. Un autre projet avait été imaginé sur l’île Fourchue. « Il visait à construire cinq éoliennes pour produire environ 5 mégawatts. Là encore je n’y étais pas opposé », poursuit Bruno Magras. « Or, trois mois plus tard, ces investisseurs sont revenus me voir pour me demander la possibilité de construire cinq villas sur l’îlet afin de rentabiliser leur investissement. Ce qui vous en conviendrez, était inacceptable. » Encore une fois, projet avorté. « Tout ceci pour dire que la première démarche des investisseurs consiste à chercher, d’abord et avant tout, un retour sur leurs investissements » commente le Président.

En 2007, un projet d’éoliennes à Toiny avait été évoqué, également annulé. Ces exemples prouvent une chose : une implantation terrestre comporte de nombreux obstacles dont sont dépourvus les éoliennes en mer. Paysage, place, coût du terrain, opposition éventuelle des riverains… Au niveau individuel, l’éolien est très peu développé hormis pour les habitants de bateaux. Toutefois, en 2008, Philippe Hochart installait dans une villa à Lurin la première éolienne « privée » des Caraïbes. Un mât de 5 mètres, un fonctionnement tout en sourdine, une résistance à des vents de 100 km/h et une facilité de démontage (moins d’une heure), l’équipement était spécialement conçu pour l’usage des particuliers.




JSB 1300