Le cannabis, « j’arrête quand je veux »

Mardi matin, les collégiens participaient à un atelier de théâtre forum autour de la consommation de cannabis. 

C’est un secret de polichinelle que certains collégiens font usage régulier de cannabis. Pour les sensibiliser aux risques des comportements addictifs, mardi matin, deux comédiens de la troupe guadeloupéenne Savann et une psychologue, sous l’égide de l’association saint-martinoise Les Liaisons dangereuses, sont intervenus auprès des troisièmes et secondes du collège Mireille-Choisy.

Pas de leçons de morale ou de conférence : Harry et Jade, les deux comédiens, ont encouragé les jeunes à l’échange. Ils ont interprété une petite scène dans laquelle Jérémy (joué par Jade), en train de fumer un joint devant l’établissement, envoie bouler un professeur (joué par Harry) qui le met en garde. Ensuite, les collégiens devaient participer à cette séance de théâtre-forum. « Les blabla, c’est bien, mais aujourd’hui on va vous demander d’être acteurs de votre propre prévention », résumait Harry en préambule.

Un peu timides au départ, les collégiens se sont pris au jeu de ces échanges savoureux, entrecoupés d’explications sur la consommation de cannabis. « Lorsqu’on consomme de l’herbe, avec le temps, les répercussions sont très importantes. La vie des consommateurs, peu à peu, ne tourne plus qu’autour de ça. Ils ont une sorte de baisse de leur niveau de vie, ce que les psychologues appellent « le désengagement social », et sont moins à l’aise socialement, économiquement… »

Une élève prend la scène : « Mais pourquoi tu fumes ? » lance-t-elle à Jérémy. « Pour me détendre, être cool, posé, pour voir tes yeux bleus plus bleu… » « Mais tu es stressé ? » « Comme tout le monde, t’as vu » « Comment tu as commencé ? » « Oh tu sais ce que c’est, une soirée, les potos, on boit un coup, un joint passe… » « Donc, à la base, ce n’est pas une question de stress », conclut la collégienne, applaudie par l’assemblée. « Très intéressant », commente Harry. « Elle fait une démarche en tant qu’amie, elle s’intéresse à ce que vit son copain. Adolescent, entre la vie d’enfant et d’adulte, c’est naturel de vouloir essayer des choses, vivre des expériences. On peut fumer aussi pour être cool et se faire accepter du groupe », explique-t-il. Seulement, à ce jeune âge, le cannabis a des effets très néfastes et irréversibles sur le cerveau, qui est encore en phase de maturation. « Fumer un joint à 15 ans, et à 25 ans, ce n’est pas pareil. »

« Pourquoi tu n’arrêtes pas de fumer ? » s’enquiert une autre collégienne, face au public, auprès de Jérémy. « J’arrête quand je veux ! » « Pourquoi pas maintenant ? » « Bah, j’ai pas envie. » « Tu pourrais peut-être réduire, fumer que le soir et le week-end, pour garder le contrôle ». L’adolescente soulève un point important : la fréquence de consommation et l’impact sur la vie du sujet suivent la même courbe. « Il n’est pas forcément accro, mais peut déjà être dans un usage addictif du produit », détaille Harry. « Là-aussi en tant qu’amie, elle s’implique, au risque de le vexer, c’est bien. »

L’atelier se poursuit ainsi pendant deux heures, afin de balayer tous les aspects de la consommation de cette drogue dite douce, très répandue à Saint-Barthélemy. La veille, les intervenants avaient convié les parents à une réunion au théâtre du Paradis, justement pour savoir comment agir et se comporter face à un enfant fumeur – ou en passe de le devenir. Seuls quatre parents ont répondu à l’invitation.

 

JSB 1276


Journal de Saint-Barth N°1276 du 26/04/2018

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