Dans la salle de classe, les collégiens écoutent avec attention. Face à eux, Charline Tyré, intervenante pour l’association « Colosse aux pieds d’argile ». Un organisme créé en 2013 et désormais reconnu d’utilité publique car engagé dans la lutte contre les violences sexuelles et le bizutage. Avec une approche pédagogique et un vocabulaire choisi, Charline Tyré aborde des sujets sensibles. Sous différents angles, comme celui très actuel des réseaux dits « sociaux ». Les élèves de quatrième, de troisième et de seconde, visités lundi 26 et mardi 27 janvier au collège Mireille Choisy, n’hésitent pas à poser des questions. Tout comme les adultes des associations sportives de l’île qui, lundi et mercredi en soirée, ont aussi fait l’objet d’une rencontre. C’est à l’initiative du comité territorial olympique et sportif (CTOS), en partenariat avec l’association « Colosse aux pieds d’argile » et le soutien du rectorat ainsi que la préfecture et la Collectivité territoriale, que cette opération d’information et de sensibilisation a été menée à Saint-Barthélemy.

Les chargés de mission Andy Armongon (rectorat), Aurélie Soucy (comité territorial olympique et sportif) et Axel Ribera (association « Colosse aux pieds d’argile ») ont abordé les sujets de la prévention des violences sexuelles, du harcèlement et du bizutage en milieu associatif et scolaire lors de rencontres au collège Mireille Choisy.
« Lutter contre toutes les violences »
Comme l’explique Aurélie Soucy, chargée de mission au sein du CTOS, ce dernier se définit aussi par des orientations sociales. « Sensibiliser, informer et protéger les jeunes, cela fait partie de nos missions, explique-t-elle. Pour lutter contre toutes les violences, sous toutes les formes. » Les adultes, encadrants et dirigeants des associations sportives, bénéficient également de sessions d’information. « Pour qu’ils disposent des outils, d’une posture pour protéger les jeunes mais aussi se protéger eux-mêmes », souligne Axel Ribera, chargé de mission pour l’association « Colosse aux pieds d’argile ». Il précise : « Nous présentons le cadre légal, des exemples concrets, tout cela afin que les adultes puissent repérer les signaux d’alerte lancés par un enfant qui ne va pas bien. Ensuite, il faut donner les outils pour savoir comment procéder. »
Lors de rencontres avec les élèves, l’histoire de l’association est présentée par le biais d’une courte vidéo dans laquelle le fondateur, Sébastien Boueilh, raconte son expérience. Victime de viols entre ses 12 et ses 16 ans, il explique sur le site de l’association s’être muré dans le silence pendant dix-huit années. « Avec pour seule bouée de sauvetage le rugby », raconte-t-il. En 2009, il parvient à sortir du silence et porte plainte contre le mari de sa cousine qui fut par la suite condamné à dix ans de réclusion criminelle. « Un long travail en amont »
« Notre objectif est que les enfants sachent comment identifier un agresseur, explique Axel Ribera. Qu’ils sachent quoi faire, à qui en parler. Quand cela les concerne mais aussi quand il s’agit d’un de leurs amis. Avec toujours le même but : les protéger. » Andy Armongon, chargé de mission au sein du rectorat de la Guadeloupe, de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy, insiste sur le fait que ces rencontres sont inscrites dans «les programmes d’éducation à la vie affective et sexuelle ». Il ajoute : « L’objectif est d’accompagner les enfants, qu’ils progressent en tant que citoyens. » C’est la raison pour laquelle le CTOS, l’association et le rectorat officient de concert à la fois auprès du monde associatif et celui de l’Éducation nationale. « C’est le rectorat qui nous permet d’intervenir auprès des élèves, après un long travail en amont car le sujet est sensible et d’actualité », souligne Aurélie Soucy.
Lundi soir, toujours au collège Mireille Choisy, une rencontre avec les éducateurs, les dirigeants et les bénévoles des associations et clubs sportifs de l’île a été organisée. Elle a été suivie, le mercredi 28 janvier, par une conférence sur le thème suivant : «Violences sexuelles, de quoi parle-t-on?» Là encore, les membres des organismes sportifs mais aussi les parents et le public de l’île en général ont été conviés.
Pour le CTOS comme pour le rectorat, la pérennisation de ces rencontres d’information et de sensibilisation apparaît comme indispensable. Pour que les sujets des violences, sexuelles et autres, du harcèlement et du bizutage ne soient plus tabous. Mais aussi et surtout pour apporter de la connaissance et des outils aux enfants pour qu’ils puissent se protéger, notamment en n’ayant pas peur de se confier.
