Vis ma vie de facteur à Saint-Barthélemy

Il n’est pas donné à tout le monde de devenir facteur ou factrice à Saint-Barthélemy. Entre les rues sans nom, les homonymes et les boîtes aux lettres improbables, la formation nécessite dix fois plus de temps qu’en métropole.


Peu avant 8 heures, l’arrière-salle du bureau de Poste de Gustavia fourmille. Les cinq facteurs et factrices préparent leur tournée respective, en triant, regroupant et classant les courriers. On accompagne Joan, qui exerce ce métier depuis 2007, sur la tournée Lorient-Camaruche-Vitet-Devet-Pointe Milou-Marigot-Petite Saline. Journée pas trop chargée : les transporteurs n’ont apporté aucun courrier depuis trois jours. A côté, le responsable de la tournée Toiny-Petit et Grand-Cul-de-Sac-Grand Fond, n’a pas cette chance : il classe des montagnes de missives en retard.


Avec les contraintes locales, les arrivages postaux peuvent survenir à n’importe quelle heure. « Le courrier arrive en vrac, on fait un tri général, puis plus précis », explique Joan en classant dans des casiers les lettres qu’il doit distribuer. D’abord par secteur, puis par rue, enfin par boîtes aux lettres. « J’ai tout dans la tête ! » Première difficulté, les homonymes. Natif de Saint-Barth, et avec l’expérience, Joan reconnaît les destinataires sans hésitation, s’ils indiquent leur quartier.
Certains ont pris le pli et, pour faciliter l’arrivée au bon endroit de leur courrier, ajoutent une précision. « On a trois habitants du même nom et prénom dans le quartier Lorient. Du coup, ils inscrivent leur profession sur leur adresse, pour que je puisse les différencier. » A 9 heures, le courrier est classé, ainsi que les recommandés. Sur la route direction Lorient, premier recommandé distribué au centre Neptune. Puis les arrêts s’enchaînent, à droite, à gauche, frein à main, warnings. Pour la ceinture de sécurité, une tolérance est accordée, exclusivement au cours de la tournée.

Propriété privée
A Lorient, les travaux sur la route compliquent autant la circulation que l’accès aux boîtes aux lettres. Certains habitants ont reçu leur courrier avec un peu de retard ces jours-ci. A l’entrée d’une zone résidentielle, ce que les professionnels appellent une batterie : un amas de boîtes alignées, qui desservent tout le quartier. Pratique, mais pour les recommandés, impossible de venir frapper à la porte des récipiendaires. D’abord parce la rue est une propriété privée, le facteur peut donc se voir reproché d’y pénétrer. Deuxièmement, comment savoir quelle maison correspond au destinataire du courrier ?

A Camaruche, Joan prévient : « Ce monsieur m’attend tous les matins pour me dire bonjour. Parfois, il me donne des fruits de son jardin, des pommes-cajou… » En effet, il est là, serre la main du facteur, qui repart aussi vite après quelques mots. « Il y en a quelques-uns comme ça, ça fait plaisir. » Globalement, la voiture siglée est toujours bien accueillie. Sur certaines boîtes aux lettres, les noms sont complètement effacés, ou tout simplement pas indiqués. Parfois, il y a tellement de noms différents sur une boîte qu’il faut plusieurs minutes pour les déchiffrer. Et comme les noms de familles Saint-Barth reviennent, les prénoms et le nom du quartier, minimum, sont indispensables.
D’autres boîtes sont complètement cabossées, ouvertes à la pluie et au vent, voire abandonnées par terre. Si Joan les connaît, un débutant n’a aucune chance de s’en sortir tout seul. Quand le nom est indéchiffrable, il dessine un point d’interrogation au marqueur. Mais le plus souvent, c’est retour à l’expéditeur. « On a beaucoup de renvois. » 12 h 20, retour au bercail, à La Poste Gustavia. Les recommandés non distribués sont mis de côté, et attendent leurs propriétaires. Le contenu des boîtes aux lettres jaunes, récupéré en route, rejoint la pile du courrier à expédier. Joan est le premier facteur de la matinée à rentrer, après avoir bouclé une tournée qui serait un vrai casse-tête pour tout novice. « Quand j’ai commencé en 2007, mon formateur est resté plus d’un mois avec moi. En métropole, c’est trois jours... »


JSB 1314


Journal de Saint-Barth N°1314 du 07/02/2019

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