Toiny plage et sa piscine béton

Une piscine directement sur la plage, en pleine zone naturelle ? Les amoureux de nature sauvage n’en reviennent pas. Et pourtant, l’hôtel le Toiny est dans les règles.

Toiny, ses cayes, ses surfeurs, ses palmiers, ses tortues… Et désormais, sa piscine. L’hôtel du même nom achève tout juste la construction d’une petite piscine en béton, au pied des cases anciennes, entre mer et étang. Dans une parcelle classée N sur la carte d’urbanisme, zone naturelle inconstructible.


Inconstructible, pas tant que ça

L’hôtel Le Toiny est dans les règles, puisqu’il construit un aménagement éloigné de moins de 10 mètres d’un bâtiment déjà existant : les fameuses cases traditionnelles Lédée, datées de la fin du XVIIIe siècle. Sans cette disposition, il aurait préféré construire carrément sur la mer.

 

Pour cette piscine, pas besoin de permis de construire, car l’équipement ne dépasse pas de plus de 60 centimètres du niveau du sol.

Ainsi, il a suffit au Toiny de déposer une déclaration de travaux, en février dernier, qui a été validée à l’unanimité par les sept élus du conseil exécutif. La commission urbanisme a donné un avis favorable.

L’Agence territoriale de l’environnement a émis des recommandations : préserver le raisin bord de mer, re-végétaliser une zone du terrain pour compenser la perte d’espace disponible pour la ponte des tortues marines… L’ATE recommande aussi « fortement » à l’hôtelier de former les plagistes et saisonniers à la ponte des tortues.

La déclaration de travaux concerne une piscine « démontable, enterrée et sans béton ». Force est de constater que le projet ne correspond pas à cette description, puisque c’est bien une structure bétonnée classique qui a été construite. « La déclaration de travaux indiquait une piscine en fibre de verre, elle a certes été construite en béton, nous parlons simplement d’un changement de matériaux qui n’impose pas de dépôt de permis de construire », indique le service urbanisme de la Collectivité.

« Un pseudo ingénieur nous avait conseillé la fibre de verre, que nous avions choisie pour son esthétisme », explique Camille Smaja, « managing director » de l’hôtel de 22 chambres. « Mais le sol, ce n’est que du sable. Nous avons donc du nous rabattre sur du béton classique. Nous avons déposé une nouvelle déclaration de travaux pour la forme », souligne-t-elle. « C’est une zone naturelle, certes, mais nous avons respecté les contraintes archéologiques, et la piscine n’a pas de fondation. C’était un choix de ne pas attaquer le sous-sol. On a respecté les règles, c’est embêtant d’être attaqué comme ça. Quand la piscine sera en eau, ce sera très joli. » Et d’ajouter : « Nous avons changé la station d’épuration, ce qui nous permet de rejeter une eau très pure. C’est un investissement de 650.000 euros qui va dans le sens de l’environnement. Et nous ne sommes pas le seul hôtel à jouer le jeu. »

Comme l’a préconisé l’ATE, les saisonniers du Toiny seront sensibilisés à la protection des tortues marines et de leurs œufs. Il faudra sans doute aussi former l’agent de sécurité que l’hôtel compte poster près de la piscine, la nuit, pour éviter toute dégradation.

 

Le précédent du Toiny

Le Toiny n’en est pas à sa première « polémique urbanistique ». En 2013, l’hôtel avait obtenu un permis de construire pour la construction de toilettes et d’une réserve. Aménagement qui se serait, selon les détracteurs du projet, rapidement transformé en mini cuisines de restaurant.

Droite dans ses bottes, Camille Smaja jure qu’aucune cuisine n’est réalisée dans les bâtiments et que, conformément au plan initial, les plats sont mitonnés en haut, dans le restaurant de l’établissement. Seul l’assemblage est effectué sur la plage, dit-elle. Sauf pour la cuisine au barbecue, évidemment.

 

« L’objectif signalé dès le départ consistait à préparer des repas au restaurant de l’hôtel Le Toiny et de les emmener à l’aide de véhicules électriques sur les lieux, afin de servir leurs clients à l’extérieur, sous les arbres en bord de plage, comme le faisait La Gloriette à Cul-de-Sac », rappelle Bruno Magras, président de la Collectivité, interrogé sur ce sujet. « Si changements il y a eu, une demande de permis modificatif aurait du être déposée. Cela n’a pas été le cas », précise-t-il. Tout de même embêté par cette histoire de piscine, qui ne va pas tellement dans le sens du frein au développement qu’il met en avant dans ses prises de parole.

 

Des idées de pétition ou actions en justice sont soulevées par les détracteurs du projet piscine à Toiny. Mais avec un hôtel dans les règles de la carte d’urbanisme, et une déclaration de travaux validée par la Collectivité, et une piscine déjà terminée, elles semblent avoir peu de chance d’aboutir.

 

« Toute l’économie touristique de Saint-Barth repose sur les établissements comme le notre. On a un modèle qui ne repose que la-dessus. Tout le monde en profite ! », défend Camille Smaja. «Et les touristes qui viennent aux Caraïbes veulent pouvoir se baigner.  »

Le Toiny a rouvert ses portes ce lundi 15 octobre.





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