Les marins-pêcheurs en apnée depuis six mois

Plus de six mois après Irma, les pêcheurs de Saint-Barth, qui ont perdu quasiment tout leur matériel sous l’eau, sont toujours dans l’attente d’un coup de pouce de la Fondation de France, qui ne devrait plus tarder.

Le chiffre est tombé : la Fondation de France, sur laquelle comptait la Collectivité pour soutenir les pêcheurs de Saint-Barthélemy, leur accordera 191.000 euros. Un peu d’air pour les marins qui depuis six mois survivent comme ils le peuvent.

Que font les marins pêcheurs depuis le passage d’Irma, qui a détruit la quasi totalité de leur matériel non assurable ? « Ils ont cassé le fond du tiroir », lâche Gilles Brin, président de l’association des pêcheurs de Saint-Barthélemy. « On investit dans du matériel, des casiers et des DCP. On en a déjà mis à l’eau. Certains ont souscrit à des prêts bancaires… » Les professionnels ont pu reprendre tant bien que mal leur activité, en fonction des réparations des bateaux, de la trésorerie de chaque patron…

1,6 million d’euros de pertes

Le problème est insoluble : le matériel immergé des marins pêcheurs ne peut pas être assuré, et il coûte très cher. « On avait demandé 50% d’aide matérielle, 50% d’aide financière, pour payer le carburant. Car quand on pose un DCP (*), il faut faire des aller-retour, chaque sortie coûte pour 500 euros de carburant. Une seule bouée, c’est 1.200 euros… » détaille Gilles Brin. « J’en ai mis dix dans l’eau au mois de novembre. Mais pour faire la pêche, si on n’a pas au moins 20 DCP, autant rester à la maison. » Un inventaire réalisé auprès des 56 pêcheurs de l’île, répartis sur 25 bateaux, estime le montant des pertes à 1,6 million d’euros au total.

Une somme astronomique loin des 191.000 euros offerts par la Fondation de France. « Quand on a un gros cyclone, c’est très généreux de faire des dons, on ne va pas s’en plaindre », commente Clébert Questel, de l’association des pêcheurs de Ouanalao. « Même si ça ne couvre qu’une petite partie des pertes, c’est toujours mieux que rien. Mais ça doit aller plus vite, pour que l’on puisse reprendre l’activité. » Gilles Brin se souvient de l’après Luis, en 1995 : « On avait perdu 80% de notre matériel, alors qu’avec Irma c’est 100% », assure-t-il. « Mais comme on était commune de Guadeloupe, 60% des pertes déclarées avaient été remboursées. »

Ce long délai s’explique par la complexité du dossier des pêcheurs ; la Fondation de France demande de nombreuses garanties avant de distribuer l’argent donné par les Français (13 millions d’euros au total). L’ensemble des pièces nécessaires n’a pas pu être fourni à temps pour faire partie de la première vague de redistribution des dons, dont ont bénéficié sur notre île Saint-Barth Essentiel et Plongée Caraïbes.

Au départ, le plan était le suivant : la Fondation de France versait les 191.000 euros à la Cem (Chambre économique multiprofessionnelle), qui devait acheter directement du matériel pour permettre aux pêcheurs de reprendre, selon les pertes déclarées par chacun. Mais aujourd’hui, les marins espèrent plutôt obtenir des remboursements pour les investissements qu’ils ont réalisés depuis. « Personnellement, j’ai perdu 24 DCP, à 7.000 euros l’unité. Je pense que la somme couvrira l’achat d’un seul DCP », souligne Gilles Brin.

La Collectivité attendait de connaître le montant de l’aide accordée par la Fondation de France avant de décider ce qu’elle-même pouvait faire pour les 25 bateaux de pêche de Saint-Barthélemy. Le sujet sera débattu lors du prochain conseil territorial, début mars.

(*) DCP : Dispositif de concentration du poisson.

JSB 1266