Les boîtes de nuit se sentent oubliées

Les deux discothèques de Saint-Barthélemy, la Casa et le Modjo, n’ont toujours pas l’autorisation de reprendre leur activité. Et le communiqué signé samedi par le Premier ministre ne devrait pas les ravir : Edouard Philippe renvoie leur réouverture à septembre.

Comme tous les autres commerces, le 15 mars les deux discothèques de l’île ont fermé brusquement leurs portes. Mais contrairement aux bars et restaurants, elles restent closes  par décret. Et mauvaise nouvelle pour elles, selon les dernières déclarations d’Edouard Philippe, elles ne sont pas prêtes de rouvrir. Dans un communiqué daté du samedi 20 juin, le gouvernement envisage une reprise de l’activité au « mois de septembre, le cas échéant ».

Coup dur pour les propriétaires des deux discothèques de Saint-Barthélemy, Julien Roussel pour La Casa à Gustavia, et Franck Philips pour le Modjo à Saint-Jean. Ils ont accepté de bonne grâce d’être les derniers à garder portes closes, comprenant bien la difficulté de respecter les gestes barrière sur une piste de danse. Mais voir la fête reprendre un peu partout, dans les bars, restaurants, et surtout au cours d’événements privés qui n’ont rien à envier à une discothèque, devient difficilement acceptable alors que le couperet du mois de septembre vient de tomber.
Depuis mars, les deux gérants ont tenu avec le chômage partiel, et le prêt garanti par l’Etat. Ils sont toujours dans l’attente. « On ne le vit pas très bien », reconnaît Julien Roussel. « On aimerait rouvrir dès que possible. Il y a une demande forte des clients de l’île, et Saint-Barthélemy a rouvert aux touristes lundi. Que va-t-on leur proposer ? » « On veut bien respecter toutes les règles, mais il faut que ça ait du sens », soupire-t-il. Financièrement, c’est évidemment difficile : « Les charges sont là, et on a rentré zéro euro depuis 95 jours », résume-t-il. Et les charges à Saint-Barthélemy comprennent les loyers, non seulement de l’établissement, mais aussi du personnel, avec les tarifs que l’on connaît.
Au Modjo, Franck Philips a trouvé un compromis : en achetant quelques canapés qui emplissent maintenant la piste de danse, il a fait de sa discothèque un bar, ce que sa licence d’exploitation lui permet. Avec clients assis et jauge limitée, fermeture à 2 heures, distanciation. Cela lui offre une petite respiration, mais ce n’est pas la même activité, ni la même rentabilité. Lui aussi espérait pouvoir ouvrir au cours de l’été. « On aimerait avoir au moins une date pour pouvoir prévoir et se retourner», nous disait-il avant l’annonce d’Edouard Philippe, qui a douché ses espoirs.
Surtout qu’en septembre, c’est la saison cyclonique, activité au point mort. « Les deux clubs de l’île sont les oubliés du Covid », déplore Franck Philips.

En métropole, l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (Umih) est montée  au créneau samedi après l’annonce du Premier ministre : «Le gouvernement signe l’arrêt de mort des discothèques.» Elle menace d’attaquer le décret au Conseil d’Etat dès sa publication. Et s’insurge de constater que les bars dansants ont rouvert, que des fêtes privées ou sauvages, en plein air, se déroulent un peu partout. Les discothèques emploient plus de 43.000 personnes en France, sans parler des emplois indirects (extras, artistes, etc.).

Journal de Saint-Barth N°1381 du 24/06/2020

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