Record battu en 2019 en terme de trafic de passagers à l’aéroport, avec 184.460 voyageurs, départs et arrivées compris. / Les voyageurs qui arrivent par les airs passent à 58% par l’aéroport Princess Juliana. C’est dire l’incidence majeure qu’aura sa date de réouverture. / Pas de grosses variations sur la plaisance à Saint-Barth, hormis la baisse de fréquentation dans les mois qui ont suivi Irma. En revanche les passagers des ferries et des paquebots de croisières sont de plus en plus nombreux à la gare maritime de Gustavia. ©CTTSB

Le coronavirus anéantit la “remontada” économique de Saint-Barth

Après deux années post-Irma difficiles, le tourisme était revenu à son top niveau sur l’île cette saison. Le Covid-19 a stoppé net la reprise économique éclair de Saint-Barth. C’est ce que démontre le rapport d’activité 2019 de l’Observatoire du tourisme de Saint-Barth, tout juste publié, qui compare les chiffres de ces quatre dernières années.

Patatras ! Alors que Saint-Barthélemy renouait tout juste avec son activité d’avant l’ouragan Irma, que les hôtels et villas refaits à neuf faisaient le plein, en deux semaines, tout s’est effondré. Le Covid-19 est arrivé sur notre île juste après Carnaval. Ensuite, le cauchemar pour tous ceux qui vivent directement du tourisme (soit un paquet de monde sur l’île) : fermeture des frontières un peu partout, des restaurants et des bars en France, puis confinement total, rapatriement des touristes et des saisonniers, etc.

Reprise remarquable
Et pourtant, la saison 2019 2020 devait signer le retour en trombe de Saint-Barthélemy comme destination star des Caraïbes. C’est ce que démontre le rapport 2019 de l’Observatoire du tourisme de Saint-Barthélemy, rédigé par le professeur Olivier Dehoorne, enseignant chercheur à l’Université des Antilles. Pour la première fois cette année, le document compare la situation touristique sur plusieurs années, et compile la plupart des données chiffrées disponibles.

Du 1er janvier au 31 décembre 2019, 550.000 nuitées ont été recensées sur l’île, dans les villas (52%) et les hôtels (38%). En cumulant ces offres d’hébergement, l’île comptait en 2019 2.874 chambres, en grande majorité dans les villas. En 2020, doivent (devraient ?) s’y ajouter les 22 chambres du Carl Gustaf (qui a prévu de rouvrir en octobre prochain), les vingt autres du Tropical, et les 66 clés du Guanahani, dont la réouverture est annoncée à la fin de cette année. Il faudra additionner à cela, dans les années qui viennent, les cinquante chambres du futur Emeraude, dix chambres d’un nouvel hôtel à Lurin, dont la construction n’a pas encore débuté, et surtout la nouvelle offre des nombreux gros projets de villas de location sur l’île (The Collection à Flamands, Autour du Rocher, etc.) Actuellement, l’Observatoire du tourisme en a recensé 850. Un chiffre jugé trop haut par beaucoup d’observateurs, et pourtant, Olivier Dehoorne précise bien dans son rapport qu’il a éliminé les doublons  (villas présentes dans plusieurs agences à la fois) et particulièrement appuyé son travail sur le comptage. Il souligne aussi une montée en gamme des hôtels : les cinq étoiles sont plus nombreux qu’il y a dix ans (huit hôtels pour 307 chambres en comptant les ouvertures annoncées de 2020). L’Observatoire du tourisme a aussi passé au crible l’offre AirBnb, sur une base de 280 villas qui y sont référencées. Il note le standing élevé des prestations : seulement 15% coûtent moins de 2.500 dollars la semaine, plus de 20% dépassent les 10.000 dollars la semaine. Selon ses calculs, l’estimation basse du revenu pour une villa de deux chambres est de l’ordre de 54.000 euros par an. La plupart des hébergements proposent au moins trois chambres.

Croisière en hausse,
séjour en baisse

L’an dernier, donc, Saint-Barth a accueilli 295.000 visiteurs au total. C’est un chiffre équivalent à celui de 2016, année record qui sert de référence. Mais le profil des visiteurs n’est pas le même. En effet, ce sont les croisiéristes qui ont boosté la fréquentation : plus de 126.000 personnes ont visité l’île, depuis leur bateau de croisière, contre 100.000 en 2016. A l’inverse, le tourisme de séjour a diminué, avec 5.000 clients de moins par rapport à 2016. Ils représentent tout de même plus de 40% des visiteurs.

L’aéroport dépasse son précédent record, et le port enregistre son second plus gros volume de ces dix dernières années : 342.900 personnes débarquées à la gare maritime en 2019, dont 36.000 passagers sur 4.800 bateaux de plaisance, qui viennent dans nos eaux entre décembre et mars en grande majorité (68%).

Un « rattrapage remarquable» après Irma, conclut le rapport. « Ces résultats confirment que la destination est opérationnelle et plus que jamais compétitive, dix-huit mois après le cyclone Irma ». La conclusion pointe plusieurs défis pour l’avenir de l’île, et notamment le logement à l’année, dont la situation ultra tendue a été aggravée par l’ouragan. « Sans doute qu’un point d’équilibre va se constituer progressivement entre les opportunités (et certaines limites) du marché, les impératifs de l’offre de service touristique (en matière de qualité du personnel, et donc de ses conditions de vie et de logement) et les enjeux sociétaux de Saint-Barthélemy ». Point final avec la problématique des infrastructures : le rapport souligne la nécessité « d’optimiser les structures et équipements existants, dans le souci de préserver l’attractivité et la qualité de vie au quotidien».

Avant cela, le futur de l’île est suspendu à l’évolution de la crise sanitaire localement et dans le monde. Un nouveau choc économique dont les dégâts pourraient être au moins aussi profonds que ceux causés par Irma.

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Le chiffre

51%

En mars 2020, mois le plus chargé de l’année à l’aéroport, le trafic voyageur a diminué de 50,72% par rapport à mars 2018, qui était déjà bien faiblard quelques mois seulement après Irma.

Journal de Saint-Barth N°1374 du 06/05/2020

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