Le CESCE s’inquiète du futur Emeraude Plage

Le CESCE (Conseil économique social culturel et environnemental) a rendu un avis défavorable concernant la démolition et reconstruction de l’hôtel Emeraude Plage sur la plage de Saint-Jean, récemment racheté par Le Barthélemy.

 

Un gros chantier se profile sur la plage de Saint-Jean. Les bâtiments coiffés de tuiles de l’hôtel Emeraude Plage, racheté par Le Barthélemy, doivent être entièrement démolis. Le site accueillera un tout nouvel établissement d’une vingtaine de clés, avec parking souterrain sous la plage.

 

Sollicité par la Collectivité, le Conseil économique, social, culturel et environnemental de Saint-Barthélemy s’oppose au projet tel qu’il a été présenté, dans un avis publié la semaine dernière sur son site. L’institution redoute « des conséquences négatives et irréversibles sur l’environnement. »

 

Fouiller en toute sécurité

D’abord, le CESCE fait part d’inquiétudes concernant les aspects techniques. Le porteur du projet a visiblement proposé plusieurs options pour réaliser sans risque la vaste fouille sous la plage. Une opération délicate car elle doit garantir aux sols voisins de ne pas s’effondrer. « Des moyens de sécurisation très lourds et sans faille devront impérativement être employés », insiste le CESCE.

 

Pendant les travaux, il sera nécessaire de pomper l’eau du sous-sol dans la zone creusée. Le constructeur prévoit des filtres et des bacs de décantation pour traiter cette eau, afin qu’elle soit la plus propre possible au moment d’être rejetée. Insuffisant selon le CESCE, qui recomande une analyse biologique réalisée par l’ATE, avant chaque rejet, afin d’éviter toute pollution dans la baie de Saint-Jean.

 

Plus largement, le CESCE s’interroge sur les conséquences à long terme de cette construction, notamment sur les déplacements du sable et l’érosion de la plage. « Ce phénomène a été observé après la mise en oeuvre des palplanches devant la piscine de l’hôtel Filao. Il est reconnu que c’est la raison pour laquelle le sable a disparu devant l’Eden Rock », explique l’institution, qui demande une étude spécifique sur ce point.

 

Quels logements pour le futur personnel ?

Dans un autre domaine, se pose la question du personnel et de son logement. Le porteur du projet a indiqué qu’il étudiait la possibilité de construire de nouveaux hébergements, et qu’une mutualisation avec ceux de l’hôtel Le Barthélemy allait faciliter les choses. Le CESCE « propose que la Collectivité impose au pétitionnaire le logement, sur le site, de 50% de son personnel saisonnier ». Côté capacité d’accueil, il souligne que le projet propose 23 clés, mais compte cinquante chambres au total (une clé menant à plusieurs lits). L’ancien hôtel Emeraude comportait 26 chambres, dont quatre dédiées au personnel. «Dans un souci de sécurité des personnes, la surface habitable qui ne devrait pas permettre d’accueillir plus d’hôtes que l’ancien établissement », considère le CESCE.

 

Irma l’a rappelé : la baie de Saint-Jean est très vulnérable en cas d’aléa cyclonique. « Le CESCE s’interroge sur l’état d’avancement du Plan de Prévention des Risques naturels (PPRN) pour Saint-Barthélemy et rappelle qu’en cas de catastrophe naturelle, la responsabilité de la Collectivité pourrait être engagée si elle a autorisé une construction inadaptée dans une zone connue pour être dangereuse.» Il suggère aux élus d’opposer un sursis à statuer à la demande de permis de construire de l’Emeraude Plage, en attendant l’élaboration du PPRN. Celui-ci doit être adopté par le conseil territorial en novembre 2020 au plus tard.

 

Le CESCE préconise également d’abaisser la hauteur des bâtiments autorisée en bord de mer, en modifiant la carte d’urbanisme, tant pour limiter l’impact du vent en cas de cyclone que pour préserver le paysage de l’île.

 

Vient ensuite la question de l’approvisionnement en électricité. Comme pour les autres hôtels de luxe, l’énergie fournie par EDF ne suffira pas ; le manque sera comblé par des groupes électrogènes. Si le projet comporte l’installation de chauffe-eaux solaires, notamment, le CESCE appuie sur la nécessité de faire de ce projet un exemple en matière de mix énergétique.

 

Concernant l’assainissement, le porteur de projet a prévu d’investir dans un matériel haut-de-gamme. Qui ne convainc pas l’institution pour autant : « La station d’épuration, aussi performante et moderne soit elle, générera immanquablement une augmentation des taux de phosphates et de nitrates dans les sols. La proportion des eaux usées traitées rejetée en mer, même minime, favorisera ainsi la prolifération d’algues vertes et brunes et engendrera des effets néfastes sur le milieu marin, à l’instar des installations du Barthélemy et du Christopher et de leurs conséquences sur l’écosystème marin des zones situées à proximité. »

 

Enfin, l’institution suggère d’interroger le Comité territorial du tourisme concernant «l’opportunité d’augmenter l’offre hôtelière à Saint-Barthélemy (…) : a-t-elle les moyens d’accueillir plus de clients sans que cela n’ait de conséquences sur la qualité ? Quid du trafic routier, du stationnement, de l’acheminement aéroportuaire de la clientèle, de la distribution d’eau et du réseau électrique… »

 

Avis seulement consultatif

Conclusion : les membres du CESCE, hormis Me Pierre Kirscher et Thierry Dutour qui n’ont pas participé aux débats pour éviter une situation de conflit d’intérêts, émettent un avis défavorable.

Un avis uniquement consultatif, qui doit donner du grain à moudre aux élus du conseil exécutif lors de l’étude de la demande de permis de construire.

 

Contacté, le porteur du projet Emeraude Plage indique qu’il étudie les remarques du CESCE, mais n’a pas souhaité les commenter pour le moment.



JSB 1353

Journal de Saint-Barth N°1353 du 05/12/2019

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