©Albane Harmange

La saison estivale permet à l’hôtellerie de se relever après le confinement

A la fin du confinement, la plupart des hôtels cinq étoiles ont décidé de rester fermés jusqu’à la haute saison. Les plus petites structures, au contraire, ont rouvert leurs portes aux touristes dès le mois de mai. Ces hôteliers ont vécu un été inhabituel, avec une clientèle régionale, davantage d’Américains, et des séjours allant de trois nuits à trois mois.

 

Si le chiffre d’affaires est forcément inférieur aux années précédentes, le ressenti général à la fin du mois d’août semble être le soulagement. Après trois mois de fermeture complète pendant le confinement, l’été a permis aux “petits hôtels” de l’île de reprendre une activité avant d’entamer la haute saison. A Saint-Jean, Le Village fait exception à la règle, c’est le seul hôtel qui n’a pas suspendu son activité du mois de mars au mois de mai. « On n’a jamais fermé depuis 50 ans, même pendant Irma on avait huit chambres ouvertes », rappelle avec fierté la directrice Catherine Charneau. Un couple n’a d’ailleurs toujours pas quitté les lieux depuis six mois.

Pour tous les acteurs du tourisme, la période mars-avril est très importante avec les nombreux évènements nautiques : la Bucket, les Voiles, la Transat. Le report à l’année 2021 de la Bucket Regatta a ouvert le bal de cet épisode difficile. « Tout le monde a cru jusqu’à la dernière minute que ça allait tenir », s’attriste Marion Flamme, responsable du Pearl Beach. Le P’tit Morne réservait ses chambres pour le staff de la compétition. Son planning était complet sur trois mois, il s’est vidé. « De tout plein, on est passé à tout vide », commente la responsable Caroline Berry. D’autres établissements comme La Baie des Anges ont profité de cette longue période sans clientèle pour effectuer des travaux.
Heureusement, les touristes n’ont pas abandonné les hôtels pendant longtemps. La majorité des établissements qui ne portent pas les cinq étoiles ont rouvert dès le déconfinement, mais la reprise d’activité a réellement débuté au mois de juin.

La clientèle régionale est venue
A l’hôtel Les Mouettes, on affirme avoir reçu de nombreux séjours professionnels pour démarrer la saison estivale. Pour le reste, c’est une nouvelle clientèle, plus régionale, qui a permis aux hôteliers de remplir leur planning. D’ordinaire en cette période, ce sont les Européens et métropolitains qui viennent en vacances sur l’île. L’incertitude due au Covid semble avoir attiré ces touristes inter-îles qui n’osaient pas s’aventurer trop loin. Au Village,  les vacanciers étaient des habitants des îles françaises (Guadeloupe, Martinique) et « étonnamment des gens de Saint-Martin venus avec leur propre bateau », sourit Catherine Charneau. Certains se sont confiés à Caroline Berry, au P’tit Morne : «  Ils m’ont dit qu’ils allaient habituellement aux Etats-Unis, mais que cet été ils avaient pris la décision de rester aux Antilles. » Contrairement au Village, le P’tit Morne a vendu des séjours plus courts que d’habitude : «Ils ne savaient pas trop où ils arrivaient, ils découvraient l’île et donc ne restaient que trois, quatre jours. »

Au Pearl Beach, Marion Flamme a quant à elle reçu de nombreux Portoricains. « A un moment, ils ont imposé un couvre-feu et la fermeture des plages à Porto Rico, donc ils ont eu envie de sortir. En plus avec Tradewind, c’est simple.» Aux Ilets de la Plage, Laurie Smith a accueilli des touristes américains qui pour la plupart transitaient par San Juan. «Au départ c’était facile pour eux parce qu’ils pouvaient faire le test de dépistage à l’aéroport.» Comme d’autres hôteliers, elle note que la difficulté à fournir un test PCR à moins 72h pour les Américains en a fait hésiter plus d’un.

« Compliqué, c’est le mot qu’on peut utiliser pour qualifier la saison à venir », déclare Catherine Charneau. Ce n’est pas l’absence de clients qui effraie les hôteliers, les réservations ne manquent pas. Au P’tit Morne, Caroline Berry annonce même que son agenda est quasi complet: « Saint-Barth leur manque donc ils reviendront. On y croit ! »
Cependant, ces deux hôtelières notent un vrai besoin d’être rassuré du côté des voyageurs. Certains sont réticents à réserver par peur d’une recrudescence du virus qui les empêcherait de voyager. Face à cette appréhension naturelle en cette période, les hôtels adaptent leurs politiques d’annulation. Caroline Berry propose aux vacanciers la garantie d’un remboursement total si cette situation devait se produire.
Catherine Charneau a opté pour une autre stratégie. «J’ai tendance à dire aux gens qui hésitent, ne réservez pas et faites du last-minute. » Cela lui permet de valoriser les touristes qui désirent vivre pendant deux à trois mois sur l’île. «  C’est très nouveau, j’ai envie de les favoriser, quitte à leur faire un prix. » Cette tendance aux très longs séjours est une conséquence directe de la pandémie. « Ce sont des gens des villes qui veulent passer l’hiver ici. » Du côté du Pearl Beach, Marion Flamme offre la possibilité de reporter le voyage : «  On a une clientèle de fidèles qui vient trois à quatre fois par an. Donc si ils ne peuvent pas venir à Thanksgiving, ils viendront à Noël. »

Les hôteliers se plient en quatre pour que la prochaine saison se passe dans les meilleures conditions. Pourtant, la menace du virus les empêche d’être totalement sereins. « Le problème, c’est qu’on a une clientèle assez âgée », se soucie Catherine Charneau. La responsable des Ilets de la Plage remonte la même inquiétude : « Ils ont peur d’être malade sur l’île ». La capacité restreinte de l’hôpital comme du laboratoire préoccupe certains touristes et hôteliers. Afin de rassurer sa clientèle et son équipe, Laurie Smith a intégré des normes strictes à son établissement. «Pour être en sécurité, il faut être sûr que tout le monde fasse le test à J+7. » Elle raconte que certains touristes étaient réticents. Pourtant, aux Ilets de la Plage, on reste rigoureux sur cette mesure : « On insiste, et on veut voir les résultats. » La configuration en villas indépendantes de cet établissement permet aux clients de respecter facilement les distances de sécurité. A la Baie des Anges, Annie et son équipe ont mis l’accent sur le bien-être de leurs visiteurs : «  Après leur départ, on a envoyé un message à tous nos clients pour savoir s’ils allaient bien. » Elle résume en une phrase son ressenti pour cette période difficile : «Tant qu’on n’est pas mort, on n’a pas tout perdu. »
 

 

Journal de Saint-Barth N°1388 du 09/09/2020

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