La qualité thermique d’un bâtiment, premier pas vers la maîtrise de la demande en énergie

Laurent Frances et Jérémy Saupin ont créé en novembre le premier bureau d’étude thermique de l’île. Si aucune réglementation n’existe à Saint-Barth, la conception de maisons efficaces en termes d’isolation est un incontournable de la maîtrise de la demande énergétique.

 

à l’heure du réchauffement climatique et alors que la centrale EDF de Saint-Barthélemy ne parvient pas à satisfaire tous les besoins en électricité sur l’île, la maîtrise de la demande en énergie (MDE) est un enjeu central. La construction de bâtiments mieux isolés et le bon dimensionnement des équipements électriques font partie des clés pour réguler la consommation d’énergie sur l’île. C’est ce que Laurent Frances, expert en diagnostic thermique, s’était employé à démontrer dans son intervention aux Assises de l’environnement, en décembre 2018. Avec son associé bordelais Jérémy Saupin, ils ont créé en novembre 2019 la société HPE, premier bureau d’étude thermique de Saint-Barthélemy.

Plusieurs architectes de l’île ont déjà fait appel à HPE pour leurs projets. En investissant dans une étude qui permet d’optimiser la qualité thermique de la construction, cette dernière sera moins gourmande en énergie. Avec des matériaux adaptés et un dimensionnement adéquat des équipements, notamment la climatisation, la consommation d’un bâtiment peut être diminuée jusqu’à 50%.

 

« On commence au stade des plans, et on étudie la maison couche par couche : toiture, murs, plancher, surface vitrée», détaille Laurent Frances. Le but final étant, à l’inverse de la métropole, de diminuer l’arrivée et la conservation de la chaleur dans les pièces. HPE peut ainsi calculer la température qu’il fera à l’intérieur au cours d’une chaude journée d’août, et la consommation électrique qui en découlera. Pour une estimation la plus fidèle possible, elle se base sur l’exposition de la maison, les volumes, les matériaux utilisés, les équipements qu’elle comporte, le nombre d’occupants, et une utilisation sensée de la clim (24°C à l’intérieur, fenêtres fermées), qui représente à Saint-Barthélemy 60% de la dépense énergétique d’un bâtiment. « On conçoit des scénarios dynamiques sur 24 heures pour se rapprocher au maximum de la réalité. La seule chose que l’on ne maîtrise pas, c’est le comportement des occupants.» Cette étude permet de dimensionner de manière optimale les besoins de la future construction. « Sur certains projets, des devis de climatisation ont pu être divisés par deux ». Car un système de climatisation trop puissant par rapport au besoin réel augmentera la consommation, selon Laurent Frances : « Une voiture consomme davantage en ville que sur une Nationale à 90 km/h. C’est le même principe ici. Une machine surdimensionnée va tourner à 25 ou 50% de sa capacité ; c’est comme rouler en Ferrari sur les routes de Saint-Barthélemy. » Une étude thermique permet donc de dimensionner l’équipement nécessaire en climatisation, mais aussi la production d’électricité nécessaire en plus de ce qu’EDF fournit, que l’on opte pour un groupe électrogène ou des panneaux solaires. «S’il manque 6 kVa* à votre maison, c’est finalement plus rentable de bien l’isoler dès le départ pour ne pas les dépenser, que de l’équiper d’outils de productions supplémentaires. » Exemple concret avec une villa expertisée par Laurent Frances : EDF fournit 6 kVa, mais les besoins réels en journée atteignent des pics au-delà de 15 kVa. Une fois optimisée (matériaux d’isolation du bâti, calcul du vitrage, équipements électriques performants), la pointe maximale descend à 10 kVa. Cela permet de dimensionner au rabais l’installation solaire ou le groupe électrogène qui va venir compléter la puissance fournie par EDF. Avantage pour les architectes, comme pour les professionnels de la climatisation ou de panneaux photovoltaïques, c’est le bureau d’études qui prend la responsabilité juridique du bon dimensionnement de l’installation.

Le recours à des études thermiques est nouveau à Saint-Barthélemy, où la Collectivité dispose de son propre code de l’urbanisme qui ne comporte aucune réglementation sur le sujet. A contrario, en métropole et dans les départements d’outre-mer, il est obligatoire et selon le résultat fourni par le bureau d’études, c’est un même motif de refus de permis de construire.

 

(*) kVa : kilovoltampère, il mesure la puissance maximale du compteur.





Journal de Saint-Barth N°1364 du 27/02/2020

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