La pâte à papier de Saint-Barth fait des émules

Le stand du Sargasse Project de Pierre-Antoine Guibout a fait des émules au salon Sarg’expo. Le juriste de Saint-Barthélemy a présenté son produit, un papier conçu uniquement en sargasses.


Un stand chic et épuré et un marketing léché : le style Saint-Barth était bien reconnaissable dans les allées de la Sarg’expo. Pierre-Antoine Guibout et son associé Yohan Adam, T-shirts et casquettes logotés Sargasse Project, présentaient leur papier conçu uniquement à base de sargasse fraîche. Avec, en quelques semaines, de belles avancées. Notamment l’impression sur le papier sargasse, nette et sans bavure, dans une imprimante de maison classique. Mais aussi la collaboration avec le Ceva (Centre d’études et de valorisation des algues), un laboratoire basé en Bretagne, région d’origine de Pierre-Antoine Guibout. « Nous avons envoyé un échantillon au département biomatériaux de ce laboratoire, ainsi que notre procédé, après avoir signé un contrat de confidentialité », explique ce dernier. « Les résultats des analyses sont prometteurs. Le but est de valider le process’ pour rendre le produit commercialisable. »

Depuis la publication de notre premier article sur le projet de Pierre-Antoine Guibout, d’autres ont suivi, et le papier sargasse de Saint-Barth a fait parler de lui. « Notre carnet de commandes est déjà plein!» sourit le juriste. Reste un sésame à obtenir : la certification alimentaire. Le Ceva y travaille en ce moment. Avec le mouvement global contre le plastique à usage unique, beaucoup de sociétés caribéennes et métropolitaines ont déjà sollicité le Sargasse Project pour concevoir des barquettes carton, servant à emballer les repas à emporter. Un vaste marché qui s’ouvre, à condition que les scientifiques ne trouvent aucune contre-indication sanitaire. Un curieux visiteur du Sarg’expo, en tenue d’apparat militaire, n’en a vu aucune, lui, puisqu’il a carrément mangé un bout de papier sargasse, sans plus de cérémonie, sous les yeux ébahis de Pierre-Antoine et Yohan. S’il a grimacé au goût du papier, à notre connaissance, il ne s’en porte pas mal !
Le stand orné de deux tableaux, des peintures sur papier sargasse réalisées par l’artiste de Saint-Barth Charles Moreau. « La première œuvre d’art en sargasses », s’enorgueillit Yohan. Une idée qui a fait des petits, puisqu’un galeriste italien a contacté Pierre-Antoine sur la possibilité de créer des toiles en papier sargasse. Encore une nouvelle option.

Vendre la pâte à papier
Maintenant, si les demandes affluent, difficile d’imaginer l’implantation d’une usine de fabrication de papier à Saint-Barthélemy. « Nous ne sommes pas fabricants de papier, nous n’allons pas le devenir », affirme Pierre-Antoine Guibout. Il enfile sa casquette de conseiller financier : « Ce qu’on veut faire, c’est vendre la pâte à papier en sargasses, quitte à faire une franchise de licence, comme une matière première transformée. Et l’idée de créer un laboratoire test à Saint-Barth est toujours d’actualité ; il suffirait d’un espace de 60m2. »

Le Sarg’expo aura aussi permis au Sargasse Project de se positionner sur le vaste éventail d’initiatives de valorisation existant. « Il y a un engouement, une belle synergie entre les différents acteurs», indique Pierre-Antoine, « content de voir que notre projet, bien que récent, est finalement assez abouti. » En effet, si plusieurs sociétés ont montré des assiettes ou contenants, la sienne est la seule à concevoir un produit uniquement en sargasses. Les autres les mélangent avec des bioplastiques ou d’autres matériaux naturels, comme le manioc.
« C’est sûr désormais que nous n’allons rien lâcher, et si possible prendre le lead sur la valorisation des sargasses en papier et carton. »



JSB 1348

Journal de Saint-Barth N°1348 du 31/10/2019

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