Le salon de coiffure B&G à Saint-Jean a ouvert moins de quatre mois avant le confinement. « Nous n’avons pas eu le temps de nous constituer une clientèle locale. On sait que ça va être très difficile. »

Chez les coiffeurs, l’envie de reprendre les ciseaux le dispute à l’inquiétude

Près de deux mois de fermeture pour tous les coiffeurs de France. Le 11 mai, ils pourront enfin rouvrir leurs portes. Soulagés d’avoir enfin une date de réouverture fixée, ce qui n’est pas le cas des restaurateurs, les professionnels de Saint-Barth se préparent à l’application de mesures de protection strictes dans leurs salons. 

La crise sanitaire a été un vrai coup dur pour Bruno et Giovanni, qui ont ouvert en novembre leur salon B&G, au centre commercial Vaval. « Effondrés », résument-ils. Les deux coiffeurs s’attendent à des mois difficiles : « Nous n’avons pas eu le temps, en trois mois et demi, de nous constituer une clientèle locale, de nous faire connaître. On a très bien travaillé avec les touristes, mais on sait que ça va être très difficile. On espère, à partir du 11 mai, avoir juste assez de clients pour payer nos charges. » Charges qui vont forcément grossir pour tous les salons de coiffure, avec les mesures de protection à mettre en place. « Les protocoles ne sont pas encore tout à fait définis par le gouvernement, mais on sait déjà qu’on va imposer le port du masque et des gants, se fournir en capes », énumère Mike, gérant du salon Lorient Coiffure. « Vu la surconsommation de plastique que tout cela va engendrer, on cherche des produits réutilisables et lavables, avec nos fournisseurs. Entre chaque client, il faudra désinfecter toutes les surfaces. Et on a prévu une désinfection totale, chaque soir, par une société spécialisée. Rien que ça, c’est un surcoût de 600 ou 800 euros par mois. » Un surcoût qu’il sera difficile de compenser par une forte activité, puisque le nombre de clients dans le salon sera réduit.

Bruno de B&G a déjà tout prévu : « On ne travaille déjà qu’à deux coiffeurs, sur deux stations bien séparées. Si le client arrive en avance, il aura un siège pour patienter à l’extérieur. On supprimera les magazines, on laissera la porte ouverte pour éviter le contact des poignées. Tout sera lavé entre chaque client, et on en recevra un par heure, pas davantage. » Eliane, l’une des trois coiffeuses indépendantes qui occupent le salon L’Atelier, à Gustavia, est avant tout soulagée d’avoir enfin une date de réouverture annoncée. « Le plus difficile, c’est de ne pas savoir. Ça commence à être long. » Concernant les mesures barrière à mettre en place, elle ne se fait pas trop de souci : « On fonctionne déjà exclusivement sur rendez-vous. Le port du masque, il me semble que la population devra s’y habituer, dans tous les commerces. En aura-t-on suffisamment sur l’île, c’est la question… De toute façon, nous allons tourner au ralenti, parce qu’on travaille bien avec les touristes et surtout les saisonniers. Avec moins de clients, ce sera plus facile d’appliquer les gestes barrière. » 

 

Le gouvernement a annoncé que pour compenser ces freins à l’activité, les horaires des salons de coiffure pourraient être élargis. « Moins de clients, plus d’heures de travail pour les coiffeurs », résume Mike. « De toute façon, on va appliquer à la lettre le protocole. On pense aussi réserver des moments en matinée pour les personnes âgées. » La crise Covid-19 aura reporté la réfection totale que devait s’offrir le petit salon de coiffure de Lorient, qui avait déjà beaucoup souffert de l’ouragan Irma.  « L’organisation et le surcoût de toutes ces mesures est énorme pour nous. Nos deux coiffeuses sont au chômage partiel, on a payé tout ce qu’on a pu, le loyer, et, grâce aux quinze premiers jours de mars. Mais en avril, c’est zéro chiffre d’affaires. Il ne faut pas que ça dure davantage. » « Ce sera un surcroît de travail, et financier », abonde Bruno. « Mais c’est pour la sécurité de tous, des clients, la nôtre, celle de l’île entière. »

 

L’envie de reprendre semble plus forte, chez nos trois pros des ciseaux, que l’inquiétude. « ça nous donne une perspective. Le peu qu’on fera, ce sera toujours mieux que rien ! » positive Bruno. « On a une ligne de conduite pour le départ, ensuite on improvisera », se satisfait Eliane. «Mais on sait que ce sera difficile et différent. » Ils sont impatients, et leurs clients échevelés le sont tout autant. « Le carnet de rendez-vous est plein, dès le 12 mai », indique Mike. « Tous les jours durant le confinement, nos coiffeuses ont répondu à des appels de clients qui voulaient des conseils pour leurs cheveux ! »

 

JSB 1373

Journal de Saint-Barth N°1373 du 29/04/2020

Vers un déconfinement anticipé
Faire venir des employés de l'extérieur
L'après 11 mai