L’île à court d’options face à des montagnes de déchets

Gros dossier au conseil territorial de vendredi 4 octobre. Il devra se prononcer sur l’investissement de 15,5 millions d’euros pour la construction d’une seconde usine d’incinération à Public. Un équipement lourd qui semble incontournable en raison de la quantité de déchets sur l’île, Irma ou pas, et de possibilités d’évacuation bientôt restreintes.

 

Un important investissement sera discuté au conseil territorial de demain soir : 15,5 millions d’euros pour la construction d’une seconde usine d’incinération dans la zone industrielle de Public.

 

Impossible de ne pas voir s’agrandir les dunes de déchets broyés à Saint-Jean, derrière le parking du centre commercial. Il s’agit d’encombrants principalement issus des chantiers de construction sur l’île. L’afflux de ces déchets n’est pas seulement lié à l’ouragan Irma. L’exploitant du site de propreté Dalkia Wastenergy, donne des chiffres éloquents. 3.200 tonnes d’encombrants et de déchets verts reçus en 2016, et 4.165 tonnes entre janvier et juillet 2019. La filière déchets verts est depuis un an traitée séparément, transformée en compost. Toutefois l’usine reste saturée depuis plusieurs années, bien que les apports soient limités à un camion par jour et par entreprise.

 

D’où le recours aux barges d’évacuation. Mais ces embarcations qui transportent nos déchets vers la Guadeloupe, principalement, sont très onéreuses : un demi-million d’euros tout compris pour chaque voyage. Quand elles sont indisponibles comme c’est visiblement le cas ces derniers mois, aucune autre solution n’existe. Pour couronner le tout, la Région Guadeloupe a entériné un plan de gestion et diminution des déchets drastique sur son territoire : les tonnes de broyats de Saint-Barth seront bientôt refusés. Santé publique, paysage, risque en cas d’aléa climatique, risque environnemental, ouverture prochaine du nouveau magasin U : le stockage sur le terrain de Saint-Jean ne peut être que temporaire.

Autre problématique, l’incinération des boues de la station d’épuration (et de celles des hôtels de l’île) dont le tonnage ne fait qu’augmenter, là aussi. Enfin, une éventuelle solution pour traiter les sargasses avant de les incinérer est toujours à l’étude par le délégataire.

 

Où caser une seconde usine ?

La situation est donc urgente. Bruno Magras a confirmé lors de son discours du 24 août sa décision d’implanter une seconde usine d’incinération. Ou plutôt de la faire construire par l’exploitant Dalkia Wastenergy, en ajoutant un avenant à la délégation de service public, sur lequel les élus devront débattre. Une autre délibération prévoit l’autorisation d’engagement des crédits nécessaires à la construction, 15,5 millions d’euros. Auxquels il faudra ajouter les frais d’exploitation, à terme. Les coûts d’investissement pourront néanmoins être réduits grâce à la défiscalisation de l’ordre de 30%, et à une demande de subvention auprès de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie).

 

Tout le défi consiste à faire de la place pour installer une seconde usine, dans la zone industrielle saturée de Public. Dalkia Wastenergy propose de l’installer juste à côté de l’usine existante, afin de limiter l’impact visuel et surtout de mutualiser des moyens entre les deux unités, et ainsi limiter les coûts de fonctionnement. Les deux incinérateurs partageront la cheminée actuelle. Le nouveau four aura une capacité légèrement plus faible que l’ancien, à raison d’une tonne par heure au lieu d’1,5 tonne, mais il sera mieux adapté à la nature des déchets qu’on lui demandera de brûler et donc plus efficient.

 

Le site de propreté inauguré il y a moins d’un an

Le chantier sera complexe. Installé sur un ancien étang, le bâtiment devra être doté de profondes fondations. Et surtout, l’ensemble du site de propreté, inauguré il y a moins d’un an, le 3 décembre 2018, après une réfection totale qui avait déjà coûté 16 millions d’euros à la Com. Une partie de l’aménagement devra être détruit pour accueillir la nouvelle usine, et le site devra relever un challenge ardu : continuer de fonctionner normalement pendant toute la durée des travaux. La place étant déjà limitée, le stockage est impossible ; les matériaux de construction devront donc être acheminés petit à petit sur le site. De nouveaux terrains mis à disposition de Dalkia Wastenergy il y a quelques mois par la Com, en bordure du site, seront mis à profit. 

 

Si le conseil territorial autorise le Président à signer l’avenant, les travaux débuteront dans la foulée. L’usine doit être mise en service en septembre 2021.

Parallèlement, la Sidem accueillera une nouvelle unité de production d’eau potable, reliée au futur incinérateur, qui doit répondre au manque d’eau sur l’île en saison grâce à une capacité prévue de 1.200 m3 supplémentaires par jour.

 

A plus long terme, une inconnue demeure. La durée de vie de l’usine d’incinération actuelle n’est pas éternelle, et d’ici dix ans environ, elle devrait se trouver hors d’usage. Le nouvel incinérateur permet d’anticiper, mais ne suffira pas, seul, à traiter tous les déchets produits sur l’île. Le président de la Collectivité a indiqué, lors de la fête patronale, qu’il comptait sur un programme de réduction des déchets dans la décennie qui vient. Ce qui semble très optimiste au vu des tonnages actuels, que le four vieillissant, plus grand que son futur petit frère, n’arrive déjà pas à absorber. Il faudrait une baisse d’activité considérable, ou un changement radical de mode de vie des habitants et touristes, pour que la seule nouvelle usine se suffise à elle-même.




JSB 1344

Journal de Saint-Barth N°1344 du 03/10/2019

Election des Miss
Disparition de Chirac
Nouvelle usine d'incinération

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