Les élus s’interrogent sur la vente d’un terrain de la Collectivité à une jeune Saint-Barth

Le seul des seize points à l’ordre du jour qui a suscité un débat lors du conseil territorial de vendredi concernait la vente d’un terrain du quartier Merlette à une jeune Saint-Barth désireuse de construire sa maison.

 

Petit retour en arrière pour contextualiser le débat qui a agité les élus, vendredi : un terrain de quelques centaines de mètres carrés à Merlette avait été mis en vente par ses héritiers en situation d’indivision, en 2015. Le voisin s’était porté acquéreur. Mais la Collectivité, à la demande de Micheline Jacques, a préempté la parcelle, au motif qu’elle abritait « la case à Douchy », la maisonnette traditionnelle où vivait feu la doyenne de l’humanité, Eugénie Blanchard. L’idée de la vice-présidente, alors, était de transformer cette petite case en mini-musée dédié aux touristes.

 

Quelques années plus tard, vendredi 14 décembre dernier, le terrain de Merlette se retrouve devant le conseil territorial. Une jeune Saint-Barth qui souhaite s’installer près de son père s’est portée acquéreuse de ce terrain constructible. La parcelle appartenait autrefois à sa famille, et au vu des prix prohibitifs des terrains sur l’île, elle ne peut compter que là dessus pour bâtir sa maison. L’exécutif souhaite accéder à sa demande, tout en gardant une soixantaine de mètres carrés en cas de besoin pour la voirie ou la construction d’un transformateur EDF. Le terrain serait vendu selon le tarif estimé par France Domaine, de 662 euros du mètre carré.

« Cela s’inscrit dans les engagements que nous avons pris, de permettre aux jeunes de l’île d’accéder à la propriété quand ils en ont les moyens », souligne le président Bruno Magras.

 

Politique du logement

« Pourquoi ne pas plutôt construire ici un petit bâtiment, de quatre ou cinq logements, pour permettre à plus de jeunes d’accéder à la propriété ? » interroge Hélène Bernier (Saint-Barth Autrement). « Je suis favorable à ce que l’on construise des petits bungalows individuels, mais je ne suis pas pour mettre des gens dans des HLM », rétorque Bruno Magras. « La Collectivité aura l’obligation de chercher des systèmes pour héberger les jeunes de l’île. Mais sa première action, c’est de réaliser des équipements publics comme les parkings, terrains de sport, etc. Cependant, nous avons mené une politique du logement. Je vous rappelle qu’on a huit logements près de l’Ehpad, quatre proches du collège, une maison à Lurin, deux maisons à Flamands… Et on est actuellement en négociation pour des logements près de l’hôpital. »

 

D’autres questions sur le terrain de Merlette se posent: qu’en dira le voisin, qui n’a pas pu acheter en raison d’un projet patrimonial ? Qu’en est-il des éventuels autres membres de cette famille Saint-Barth, qui auraient pu eux aussi prétendre à l’achat de ce terrain ? Si on dit oui à l’une, comment pourra-t-on dire non à d’autres demandes similaires, au risque de vendre le foncier acquis ces dernières années par la Collectivité ?

Le voisin préempté est en droit de protester devant un tribunal. Présent dans la salle du conseil, il prend le micro : « J’étais intéressé en tant que voisin direct il y a trois ans. Mais je n’ai pas d’objection quant à votre vision des choses », rassure-t-il.

Concernant la case à Douchy, la vice-présidente Micheline Jacques explique qu’elle a été détruite par le cyclone Irma. Selon elle, le projet de musée aurait de toutes façons été compliqué, finalement, vu la difficulté de stationner pour les visiteurs.

Les autres membres de la famille qui auraient pu être intéressés par l’opération n’ont pas à être sollicités, selon Bruno Magras, puisque la Collectivité ne met pas en vente ce terrain mais répond à une demande dont elle a été saisie.

 

Quels critères pour être aidé ?

« Favoriser l’installation des jeunes Saint-Barth, personne ne peut dire que c’est une mauvaise idée », commence Xavier Lédée (Unis pour Saint-Barthélemy). « Mais y a-t-il des critères établis ? Beaucoup de jeunes vont faire des demandes pour récupérer des terrains de la Collectivité, qui ont appartenu à leur famille. » D’autres questions se posent : favoriser l’accès à la propriété des jeunes de l’île, est-ce que cela concerne seulement les Saint-Barth ? Les jeunes installés ici depuis leur petite enfance, mais de parents métropolitains, y ont-ils droit également ? Qu’en est-il de ceux dont un seul parent est Saint-Barth ? Les critères d’attribution de terrains à l’un ou l’autre ne sont pas prédéfinis, mais décidés au cas par cas, au fil des demandes que reçoit la Collectivité. « Beaucoup d’habitants auraient été intéressés par ce terrain s’ils avaient su qu’il était à vendre », note Maxime Desouches (Saint-Barth Autrement). « Quelle sera la politique des élus quand d’autres jeunes voudront acquérir des terrains ? Va-t-on vendre des dizaines de parcelles ? » s’inquiète Elodie Laplace (Saint-Barth d’Abord). « On ne discute pas d’un cadre général, mais d’une demande particulière », rappelle Bruno Magras. « Donc il faut se mettre sur votre liste pour bénéficier d’un terrain », tacle Hélène Bernier. La Saint-Barth qui a formulé la demande n’est pas élue, mais figurait sur la liste électorale Saint-Barth d’Abord menée par le Président, qui goûte peu la remarque de son opposante.

 

Avec deux voix contre et cinq abstentions, la délibération est adoptée, le terrain de Merlette peut être vendu. Avec un amendement ajouté par Bruno Magras : si l’acheteuse veut revendre le terrain, la Collectivité sera prioritaire sur l’acquisition, pour éviter toute opération spéculative.



JSB 1308

Journal de Saint-Barth N°1308 du 20/12/2018

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