La seconde usine d’incinération sur les rails

La construction d’une seconde usine d’incinération à Public, pour un montant de 15,5 millions d’euros, a été votée par les élus lundi soir. Avec une inconnue : l’actuel incinérateur n’étant pas éternel, il faudra dans les dix ans qui viennent que l’île réduise sa production de déchets.

 

La construction d’une seconde usine d’incinération, juste à côté de l’actuelle, peut débuter : les élus ont validé lundi soir la signature de l’avenant à la délégation de service public qui lie Dalkia Wastenergy et la Collectivité jusqu’en 2028. Montant : 15,5 millions d’euros. L’usine d’incinération actuelle brûle, dans la boîte verte qui domine la plage de Public, 11.000 tonnes d’ordures chaque année. Elle est au maximum de ses capacités, malgré la création de filières de valorisation pour diminuer le volume de déchets à incinérés : les pneus et cartons sont respectivement déchiquetés et compactés, et partent par containers vers la métropole ou les Etats-Unis, et les déchets verts sont transformés en compost et revendus.

 

« Nous n’avons pas le choix »

Ce sont les encombrants, principalement les restes des chantiers de construction et de démolition, qui arrivent en trop grande quantité à Public. 3.200 tonnes entre janvier et juillet 2019. Une fois broyés, ils doivent donc être stockés à Saint-Jean, sur un terrain mis à disposition par la Collectivité face au futur Marché U. Solution toute temporaire, mais qui dure car de son côté, la région Guadeloupe est en train de fermer ses portes aux déchets des îles avoisinantes.

 

«Nous n’avons pas le choix », résume Bruno Magras, après avoir présenté la situation au conseil territorial. « Cette nouvelle usine va-t-elle entraîner une hausse des tarifs pour les usagers ? » s’enquiert Maxime Desouches, élu Saint-Barth Autrement. « Non », répond franchement Sophie Durand-Olivaud, directrice des services techniques, présente dans la salle. « Mais quels que soient les choix des élus, une augmentation un jour ou l’autre n’est pas à exclure », complète le Président.

Ernest Magras (Saint-Barth d’Abord) s’inquiète de la présence éventuelle de molécules néfastes dans l’air et les sols autour de l’usine, et se demande s’il ne faudrait pas effectuer des contrôles. « Dalkia Wastenergy est condamné à le faire, l’exploitant a des obligations », répond Bruno Magras. « La qualité de la fumée est analysée chaque année. » « Et les résultats sont bons », souligne Sophie Durand-Olivaud.

 

Reste que l’incinérateur actuel, mis en service en 2001, n’a pas une durée de vie éternelle, surtout qu’il est poussé au maximum. Il est capable de brûler 1,5 tonne par heure, tandis que la future usine brûlera 1 tonne par heure. Elle sera spécialement conçue pour traiter en particulier les boues de la station d’épuration, et pourquoi pas, c’est à l’étude, les sargasses.

« Nous devrons diminuer le volume de déchets qui arrivent pour que, quand la première usine arrivera à bout de souffle, on n’ait pas à en racheter encore une nouvelle», prévient Bruno Magras. Pour ce faire, Ernest Magras suggère d’encourager «par des actions vigoureuses» le compostage individuel. «Je ne pense pas que le compostage sera suffisant quand on voit les volumes traités », rétorque Marie-Angèle Aubin, conseillère exécutive. Et d’interroger le Président : «Quelles solutions aurions nous pour diminuer les volumes, qui ont considérablement augmentés ces dernières années et pas seulement à cause d’Irma ?» «C’est aux élus d’en trouver», réplique Bruno Magras. «Il nous faut multiplier les filières, faire de plus en plus de tri sélectif… Il n’y a pas de solution miracle.» « Une réflexion a été entamée sur les bouteilles en plastique », informe Sophie Durand-Olivaud. « Mais ce n’est pas significatif, car elles pèsent très peu, c’est un faible volume. » « Le secteur où l’on pourrait faire un effort, c’est sur le verre », poursuit Bruno Magras. « Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas utiliser le sable de silice dans la production de béton.» « On a déjà le broyeur, mais pas de filière d’évacuation du sable. EDF n’en a pas voulu dans ses tranchées », précise la directrice des services techniques. « Une prise de conscience est nécessaire, elle est en cours avec un travail de sensibilisation qui se fait dès le plus jeune âge dans les écoles », ajoute Francius Matignon (Saint-Barth d’Abord). « C’est vrai que la population a augmenté, mais il faut que tout un chacun fasse des efforts pour maîtriser sa consommation. » Et de questionner : « Pouvons nous encore évacuer sur la Guadeloupe, et si oui jusqu’à quand? » « Le problème devient de plus en plus compliqué. L’espace de Saint-Jean devrait déjà être libéré», avoue Bruno Magras. « Des barges étaient attendues fin octobre, mais la Deal* a stoppé le processus. Nous sommes face à un blocage », explique Sophie Durand-Olivaud. Qui espère que le terrain de Saint-Jean sera libéré, ou au moins soulagé, d’ici la fin de l’année.

 

Xavier Lédée (Unis pour Saint-Barthélemy) invite, outre la réflexion sur le traitement des déchets, à « s’inquiéter de ce qui rentre sur l’île. On parlait des bouteilles en plastique, et du plastique en général, des mesures sont en train d’être prises en France et on n’a pas forcément besoin d’attendre, on peut être proactifs sur tous ces sujets là. »

 

Le projet a été validé par les élus, malgré les abstentions de Maxime Desouches, Hélène Bernier et Ernest Magras.

L’usine d’incinération doit entrer en service en septembre 2021, et sera couplée à une nouvelle unité de production d’eau potable à la Sidem voisine, pour répondre au manque récurrent sur l’île.

 

(*) Direction de l’équipement, de l’aménagement et du logement






Journal de Saint-Barth N°1348 du 31/10/2019

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